Après le prix Médicis, des critiques élogieuses et un succès populaire, le roman Que notre joie demeure de Kev Lambert prend le chemin du théâtre. En effet, l’histoire de Céline Wachowski, star internationale de l’architecture qui connaît un déclin dramatique, sera présentée au TNM du 17 mars au 16 avril, dans une adaptation et une mise en scène de Laurence Dauphinais et de Maxime Carbonneau, qui vient tout juste de nous offrir Corps fantômes chez Duceppe.
Maxime, que retiens-tu de l’impact de Corps fantômes?
Maxime : Après quatre ans et demi de création collective, on a vécu quelque chose d’hallucinant! J’ai reçu des témoignages extrêmement émouvants de centaines de personnes. On m’arrête encore dans la rue pour m’en parler. On me dit merci pour un spectacle plutôt que bravo. Au moment de la création, on sentait qu’on faisait quelque chose d’important, mais on ne pouvait pas se douter d’une telle réaction. Je ne sais pas si j’ai le droit de le dire… mais il y a des chances que les gens qui ont manqué la pièce puissent la voir dans le futur.
Mettre au monde Corps fantômes et mettre en scène Que notre joie demeure la même année, c’est un peu fou, non?
Maxime : C’est une énorme année, mais ce qui me sauve, c’est de collaborer avec Laurence pour Que notre joie demeure, car les deux projets se sont chevauchés dans leur écriture. Ne pas être seul à la mise en scène, c’est précieux. On retourne dans une zone de sécurité. Je me sens à la maison avec elle.
Pourquoi êtes-vous un bon duo créatif?
Laurence : Maxime et moi, on fait des choix de cœur et de passion. On y va de projet en projet, parce qu’ils nous apparaissent comme des urgences dans l’instant présent.
Maxime : On se rejoint dans notre appétit pour la recherche. Nos projets demandent toutes nos capacités cérébrales. On est excités quand on sent que toutes nos ressources sont mises à profit. On a l’impression d’aller encore plus loin à deux, car nos cerveaux se complètent.
Laurence : On est des obsessifs. On veut tout savoir et tout connaître. On a besoin de créer du sens avec nos projets, car c’est la chose la plus fragile dans le monde. On sublime beaucoup de nos peurs et de notre sentiment d’impuissance. Ensuite, Max est quelqu’un qui a une intelligence excessivement vive. Moi, je suis plus une coureuse de fond.
Quelles ont été vos impressions en lisant le roman de Kev Lambert?
Maxime : Un coup de foudre! Il y a très peu de récits québécois qui s’inscrivent dans ces enjeux internationaux d’un point de vue économique, avec un personnage de femme de 70 ans au sommet de sa carrière et de sa puissance. On dirait une version québécoise de Shakespeare. Les enjeux deviennent gigantesques, comme ceux des récits de royauté dans le théâtre classique.
Laurence : C’est un livre où il y a des propos confrontants sur le Québec, avec différentes visions de qui on est : celle de Céline Wachowski, la vedette de l’architecture, celle de sa meilleure amie qui a vécu à Hong Kong, et celle de personnages issus de l’immigration. Ça nous galvanisait. Ça fait du bien de se faire brasser la cage!
De quoi aviez-vous besoin pour en faire une pièce de théâtre?
Laurence – Dans le roman, il y avait déjà la matière pour en faire un thriller. Kev a créé un personnage plus grand que nature : une architecte internationale multimilliardaire avec autant de pouvoirs, qu’on voit tout perdre. C’est une histoire aux enjeux hyper élevés, alors ça n’a pas été difficile à adapter. Dans le roman, il y a beaucoup de choses qui sont relatées; on les a ramenées au temps présent et on a resserré le tout sur environ six mois. Donc, c’est haletant.
Des milliers de personnes ont lu le roman. À quoi doivent-elles s’attendre comme adaptation?
Maxime : On a mis en dialogues le roman. Il reste quelques fragments du texte original qui servent de monologues pour entrer dans la psyché des personnages, surtout ceux qui ne disent pas les choses face à Céline. Sinon, la pièce est composée à 90 % de dialogues. On a aussi inventé des scènes. On a fusionné, sacrifié et amplifié des personnages.
Laurence : On ne voulait pas faire un roman narré. On avait l’impression que c’était une histoire qui exigeait un autre type de storytelling si on voulait vraiment entrer au cœur des enjeux. Personnellement, je n’arrive pas à suivre les romans narrés au théâtre. Je perds l’attention après deux minutes. Je ne pouvais pas faire du théâtre que je serais incapable de suivre.
Kev était-elle impliquée dans le processus de création de la pièce?
Maxime : Elle était impliquée à tous les moments pivots. Quand on a terminé d’écrire le premier acte, on lui a lu. Elle nous a donné des commentaires et on est retournés en écriture. Il y a eu un vrai travail d’accompagnement dramaturgique. On voulait respecter l’œuvre.

Pourquoi avez-vous choisi Anne Dorval pour interpréter Céline?
Laurence : On voulait quelqu’un avec une intelligence féroce. C’est ce que représente Anne Dorval à nos yeux. Elle est hyper brillante, rigoureuse et investie. Son apport dans le travail dramaturgique a été très important. Elle arrivait avec des pages de notes. C’était très important pour elle qu’on s’attarde aux choix des mots et au rythme des phrases, pour que tout ait du sens par rapport à la psyché de Céline.
Maxime : En salle de répétitions, Anne plaide pour son personnage. Elle amène des débats. C’est ce type d’intelligence rhétorique qu’il nous fallait pour jouer Céline.
Laurence : On était contents de pouvoir lui donner un personnage puissant, fort, leader et groundé.
Maxime : Cela dit, on voit moins Céline dans la démonstration de sa puissance. Elle est devenue puissante parce qu’elle était intelligente et bourrée de talent. Laurence : Ce n’est pas une aristocrate, mais une fille d’immigrants self-made. En plus, Anne est une vraie passionnée d’architecture, de design, de mode et d’arts visuels. Elle ne fait qu’un avec son personnage.
INFOS | Que notre joie demeure, du 17 mars au 16 avril 2026 au Théâtre du Nouveau Monde
Une coproduction du Théâtre du Nouveau Monde et La Messe basse
https://tnm.qc.ca

