Jeudi, 14 mai 2026
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    Quand ChatGPT décide du sort des études LGBTQ+

    L’intelligence artificielle pourrait-elle décider quelles recherches méritent d’être financées — ou censurées? Aux États-Unis, un scandale en émergence suggère que la réponse est oui. Deux anciens employés du controversé Department of Government Efficiency (DOGE) — l’agence fédérale éphémère dirigée par Elon Musk après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 — ont admis sous serment avoir utilisé ChatGPT pour identifier et supprimer des subventions gouvernementales liées aux études sur la race, le genre et les communautés LGBTQ+.

    Leur mission? Couper massivement dans les dépenses fédérales. Leur méthode? Demander à l’intelligence artificielle de filtrer des centaines de projets universitaires.

    Un tri automatisé des projets universitaires
    Lors de leur déposition, les anciens membres du DOGE Justin Fox et Nathan Cavanaugh ont reconnu avoir utilisé ChatGPT pour analyser les descriptions de subventions.

    Fox a expliqué avoir soumis à l’IA une instruction simple : « Le texte suivant est-il lié à la DEI? Réponds en moins de 120 caractères. Commence par “Oui” ou “Non”. »

    DEI — pour Diversité, équité et inclusion — était l’une des cibles privilégiées de la nouvelle administration. Problème, Fox a également admis ne jamais avoir défini ce que signifiait réellement ce terme pour l’intelligence artificielle.

    Dans certains cas, la simple présence du mot « LGBTQ » dans une description de projet suffisait à déclencher un signal d’alerte.

    « Promouvoir des études LGBTQ » ou « financer des recherches sur la fluidité de genre » faisaient partie des exemples de subventions jugées problématiques lors du tri.

    Des mots-clés dans la ligne de mire
    Selon les témoignages, plusieurs mots pouvaient automatiquement attirer l’attention du système utilisé par les responsables : LGBTQ, BIPOC, genre, égalité, immigration, citoyenneté, ethnicité, « melting pot ». Justin Fox  a même expliqué avoir dressé une liste des subventions qu’il considérait comme les « plus folles » ou les « mauvaises » à partir des suggestions de IA.

    Des projets controversés annulés
    Parmi les programmes supprimés figure un projet intitulé « Examining experiences of LGBTQ military service », qui visait à documenter les expériences de soldats issus de groupes marginalisés — dont les femmes, les vétérans noirs, les Autochtones, les immigrants et les personnes LGBTQ+.

    Pourquoi ce programme a-t-il été supprimé? La réponse de Nathan Cavanaugh, lors de sa déposition, est brutale dans sa simplicité : « Parce que le projet mentionne explicitement LGBTQ. »

    Une autre subvention annulée concernait un programme universitaire sur l’héritage du militantisme contre le VIH et le sida. Selon Justin Fox, le projet posait problème parce qu’il évoquait des perspectives féministes et queer, ainsi que les études de genre.

    Une poursuite judiciaire
    Ces révélations proviennent d’une poursuite intentée par plusieurs grandes organisations universitaires américaines, dont la Modern Language Association, l’American Council of Learned Societies et l’American Historical Association

    Les plaignants accusent l’administration d’avoir illégalement annulé des subventions destinées à la recherche sur les minorités. Au total, plus de 1 400 subventions auraient été supprimées, représentant plus de 100 millions de dollars en financement.

    Quand l’IA devient un outil politique
    L’affaire soulève une question fondamentale : peut-on confier à une intelligence artificielle des décisions qui affectent la liberté académique et la recherche scientifique? Dans ce cas précis, l’IA n’aurait pas seulement servi à analyser des données, mais aussi — indirectement — à identifier et éliminer des projets liés aux minorités. 

    Pour plusieurs observateurs, cette affaire illustre un phénomène plus large : l’utilisation de la technologie pour légitimer des décisions politiques. Et pour les chercheurs dont les travaux ont été annulés, la conclusion est claire : ce ne sont pas seulement des budgets qui ont été coupés — ce sont des champs entiers de recherche qui ont été ciblés.

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