Dong-Gyun est complètement accro aux vidéos en direct de BJ Alex, un homme masqué qui dévoile son corps sculptural à l’écran et l’amène, ainsi que ses spectateurs, vers un orgasme fulgurant. Un homme qui demeurait à l’état de fantasme insaisissable jusqu’au jour où l’étudiant réalise qu’il fait partie des étudiants de sa classe ! Au cours des multiples visionnements du vidéaste dans son plus simple appareil, il a en effet noté la présence d’une tache de naissance à la taille, qui se retrouve également chez Ahn Jimon, le président du conseil des élèves. Ce dernier se présente comme l’incarnation d’une morale irréprochable et d’un contrôle de soi absolu, mais la réalité se révèle rapidement tout autre.
Jimon est décontenancé à l’idée de voir ses activités de camboy démasquées, sa façade se fissure peu à peu et révèle un homme vindicatif — parfois même abusif — qui tente de reprendre le contrôle de la situation. Il incarne ainsi deux personnalités bien distinctes, à la Dr Jekyll et Mister Hyde : d’un côté, l’étudiant et le camboy, au maintien assuré et à l’attitude bienveillante ; de l’autre, l’homme dont les deux masques sont tombés, manipulateur et parfois même cruel.
À l’opposé, Dong-Gyun se montre émotionnellement presque à nu, ce qui le place d’emblée en position de fragilité. Cela dit, l’évolution du récit nous amène à nous demander qui, des deux, est réellement le plus vulnérable. Alors que BJ Alex/Jimon considère tout d’abord avec mépris le freluquet qui s’intéresse à quelqu’un d’aussi « exceptionnel » que lui, il réalise bientôt qu’il éprouve des problèmes de performance lors de ses prestations en direct.
Comble de malheur, la seule chose qui semble raviver sa libido est — humiliation suprême — la fantasmatique qu’il développe pour un admirateur qu’il méprise pourtant. Il se surprend ainsi à fantasmer sur sa bouche, alors que l’étudiant y engloutit goulûment une brioche. Afin de retrouver son mojo, il lui propose alors un marché : baiser une fois ensemble. Il entend cependant bien garder une complète maîtrise de la rencontre, mais rien ne se déroulera comme prévu !
Le récit met en lumière la force et la fragilité des façades qui entravent toute possibilité de construire un lien authentique. L’utilisation d’archétypes masculins toxiques par Jimon se heurte ainsi à l’admiration, la curiosité et la dépendance affective de Dong-Gyun. Cette relation déséquilibrée sera sans nul doute développée au cours des prochains tomes. La sexualité est très crue et se met évidemment au diapason de la fantasmatique idéalisée de l’un et du besoin de contrôle absolu de l’autre. Par ailleurs, le rythme des cases et les cadrages rapprochés accentuent une tension psychologique à fleur de peau. On comprend sans peine pourquoi ce BL coréen, de l’autrice Mingwa, a acquis un statut d’œuvre culte, et l’on ne peut que saluer KBL pour une édition et une traduction de grande qualité, à la hauteur de l’œuvre. Ce premier tome réussit à piquer la curiosité et donne envie de se plonger dans la suite.
INFOS | BJ Alex (tome 1 de 9) / Mingwa. Paris : Delcourt, 2025, 326 p. (collection « KBL »)

