Révélé·e en pleine pandémie grâce à TikTok, Leith Ross s’est rapidement imposé·e comme l’une des voix les plus singulières de la scène indie folk contemporaine. À l’approche de son passage à Montréal, l’artiste canadien·ne — trans, ouvertement queer et non binaire — viendra présenter sur scène les pièces de son plus récent album, I Can See The Future, un disque profondément introspectif qui explore le deuil, l’amour et la possibilité — fragile mais tenace — d’un avenir meilleur.
Leith Ross sera de passage à Montréal le 2 mai prochain au Studio TD, où iel présentera sur scène les pièces de I Can See The Future, entouré·e de ses nouvelles textures sonores et de cette vulnérabilité qui fait sa signature.
C’est en 2020 que tout bascule pour Ross, lorsque la chanson We’ll Never Have Sex devient virale. Mais loin de se laisser enfermer dans ce succès fulgurant, l’artiste a depuis amorcé une démarche artistique résolument tournée vers l’authenticité — une valeur centrale dans les trajectoires queer contemporaines. Comme iel l’expliquait en entrevue avec Far Out Magazine, toutes les chansons du nouvel album sont écrites à partir de sa propre expérience : iel n’essaie pas de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre, mais bien de parler en son nom, de Leith à Leith.
Dans un paysage musical encore largement normé, cette posture prend une dimension politique. Refuser de performer une identité qui ne serait pas la sienne, c’est aussi revendiquer une forme de vérité queer, où l’expression de soi échappe aux attentes traditionnelles — qu’elles soient de genre, d’orientation ou de récit amoureux.
Cette sincérité n’est toutefois pas sans défi. Se dévoiler publiquement implique une forme de vulnérabilité extrême, que l’artiste apprend encore à apprivoiser. Toujours dans Far Out Magazine, Ross décrit ce processus comme un exercice constant pour apprendre à être à l’aise avec une exposition émotionnelle presque démesurée, admettant que le partage de ses pensées les plus intimes demeure parfois difficile . Mais cette vulnérabilité, chez Ross, devient aussi un geste profondément queer : celui de refuser la distance, de privilégier l’émotion brute et de rendre visibles des expériences souvent marginalisées.

Avec I Can See The Future, Leith Ross élargit aussi son langage musical. Si les bases folk demeurent bien présentes, l’album s’ouvre à des textures plus riches, flirtant avec la pop et même le jazz. Cette diversité sonore s’ancre notamment dans son héritage familial. Comme iel le racontait à Tastemakers Magazine, sa mère est née en Écosse et iel a grandi entouré·e de musique celtique et folk traditionnelle, une influence qui continue de marquer profondément sa manière de composer .
L’album a d’ailleurs été pensé comme une œuvre à écouter dans son intégralité, presque comme un parcours émotionnel. En entrevue avec Far Out Magazine, Ross expliquait vouloir que l’écoute, du début à la fin, permette au public de se reconnecter à lui-même, d’être pleinement présent et de réfléchir à sa propre vie à travers les chansons . Une démarche qui rejoint aussi une sensibilité queer contemporaine, où l’introspection devient un outil de réappropriation de soi.
Au cœur de cet univers se trouve le thème du deuil, notamment à travers la pièce Grieving, inspirée par la perte de son grand-père. Mais chez Leith Ross, le deuil n’est pas uniquement synonyme de tristesse : il devient aussi une manière de mieux comprendre l’amour. Comme iel le confiait à Tastemakers Magazine, cette expérience lui a fait réaliser que le chagrin est indissociable de l’attachement, et l’a amené·e à tenter d’apprécier davantage les personnes et les moments avant qu’ils ne disparaissent .
Cette manière d’habiter les émotions, sans les hiérarchiser, résonne particulièrement avec des vécus queer souvent marqués par l’intensité, la perte — mais aussi la résilience.
Cette réflexion s’inscrit dans une philosophie que l’artiste qualifie d’« optimisme radical ». Une posture qui consiste à choisir l’espoir, même après avoir été confronté·e à la douleur. Toujours dans Tastemakers Magazine, Ross expliquait que face à la tristesse, iel peut soit sombrer dans le désespoir, soit décider consciemment de croire que les choses peuvent s’améliorer . Dans un contexte où les communautés LGBTQ+ font face à des reculs et à des tensions politiques, cette idée prend une résonance toute particulière.
Au fil de l’album, une autre idée s’impose : celle de l’importance du lien aux autres. Ross ne conçoit plus l’identité comme une expérience solitaire. Dans la même entrevue, iel évoquait un processus de redéfinition de sa place dans le monde, cherchant à comprendre comment s’inscrire dans une communauté et entretenir des relations plus larges, au-delà du cercle intime .
Cette vision de la communauté — fluide, choisie, en constante redéfinition — s’inscrit directement dans des réalités queer, où les réseaux d’affinité et les familles choisies jouent un rôle central.
Cette volonté de créer du lien se transpose également sur scène. Dans une autre entrevue accordée dans le cadre de sa tournée, l’artiste affirme vouloir transformer ses spectacles en espaces de rassemblement, des moments de partage dans un monde où le sentiment de connexion semble de plus en plus fragile. L’objectif : offrir une expérience presque thérapeutique, où le public peut se sentir ensemble, ne serait-ce que le temps d’un concert .
Dans cette perspective, ses concerts deviennent aussi des espaces queer — non pas nécessairement explicitement militants, mais profondément inclusifs, où l’émotion, la fragilité et la présence à soi et aux autres sont valorisées.
Leith Ross porte aussi un regard nuancé sur l’industrie musicale contemporaine. Si les réseaux sociaux ont joué un rôle clé dans son ascension, iel en reconnaît autant les possibilités que les limites. Dans Far Out Magazine, iel soulignait que l’industrie est devenue plus accessible — permettant à quiconque de partager sa musique — tout en restant marquée par des inégalités persistantes .
Au fond, ce qui distingue Ross, c’est sa manière de ramener la musique à quelque chose de profondément humain. Loin des mythes entourant la création artistique, iel insiste sur le fait que la musique n’a rien de surnaturel : c’est une expérience partagée, enracinée dans l’émotion et le vécu. Comme iel le résumait dans Far Out Magazine, la beauté de la musique ne réside pas dans une forme de magie mystérieuse, mais dans le fait qu’elle est l’une des expressions les plus humaines qui soient .
Avec I Can See The Future, Leith Ross livre ainsi une œuvre à la fois intime, politique et universelle, où la vulnérabilité devient une force et où l’espoir, même fragile, demeure possible.
À Montréal, cette sensibilité prendra toute son ampleur sur scène — dans un moment de musique, mais surtout, de rencontre.
INFOS : Leith Ross sera de passage à Montréal le 2 mai prochain au Studio TD, où iel présentera sur scène les pièces de I Can See The Future.
BILLETS : evenko.ca



