Une jeune femme, traquée à travers la forêt, paraît au bord de l’épuisement. Filmée uniquement de dos, la scène suscite de nombreuses interrogations : qui est-elle ? Qui la traque, et pour quelles raisons ? Les réponses se feront cependant attendre, puisque le scénario opère ensuite un retour en arrière de trois semaines.
Sophie (Brittany Snow) et Graham O’Neil (Evan Jonigkeit) s’installent dans une petite ville du Texas, quittant un Boston progressiste et confortable afin de répondre aux impératifs professionnels de Graham. Sophie s’attendait bien sûr à un choc culturel, mais certainement pas à être plongée, dès le premier jour, au cœur d’un rassemblement conservateur où se mêlent religion et armes à feu, alors même que son mari adopte une attitude de béni-oui-oui.
Ce qui retient cependant son attention, c’est Margo Banks (Malin Åkerman) qui est à la tête du cercle des Hunting Wives : des épouses fortunées et influentes qui se targuent d’incarner les valeurs morales de la ville, du moins en apparence. En effet, derrière une façade mondaine faite de cocktails et d’événements communautaires, ces dernières révèlent un goût prononcé pour les armes à feu et se délectent des jeux de manipulation, de chantage et ont toutes des secrets bien gardés. Il y a cependant bien plus que ces jeux politiques qui fascinent Sophie, puisque la croupe de Margo la fait frémir. Le désir suinte de tous les pores de la peau des deux femmes et Margo ne manque pas une occasion de, peu subtilement, caresser la nouvelle venue. Le concept même de “body shot”, un shooter consommé à même le corps d’une autre personne, prend rapidement un tout autre sens.
La petite ville n’est cependant forgée que dans les faux semblants. Jed Banks (Dermot Mulroney), le mari de Margo, se prélasse dans les trips à trois; Brad Thompson (George Ferrier), le fils du pasteur, se masturbe allègrement alors que Abby, sa copine, prie à ses côtés et que Margo lui jette des œillades langoureuses par la porte entrouverte; la femme du pasteur, Jill (Katie Lowes), semble elle-même cacher des secrets. Par ailleurs, toutes les femmes du cercle semblent éprouver une intense jalousie devant l’intérêt que porte Margo à Sophie. En parallèle, un sombre secret semble hanter le passé de Margo, au point qu’à la moindre suspicion, elle dégaine une arme à feu. Mais Sophie elle-même est hantée par un événement récent qui semble expliquer l’exil de son couple pour le Texas.
Cet enchevêtrement de tensions forme une poudrière qui va exploser lorsque le meurtre d’une adolescente vient en fissurer l’équilibre, puisque chacun semble avoir eu de bonnes raisons ou d’opportunité pour la tuer.
Margo ne manque par ailleurs jamais une occasion d’utiliser son corps pour manipuler les hommes et les femmes de son entourage. Difficile de ne pas la remarquer alors qu’elle porte parfois moins de 25 grammes de tissus sur le corps (mais toujours avec un grand panache). On ne peut donc s’empêcher d’éprouver une fascination devant ce chant des sirènes auquel succombe Sophie et qui l’amène, dans un premier temps, à embrasser ses désirs véritables, mais également à trahir ses convictions profondes (dixit les armes à feu). Tandis que plusieurs s’emploient à étouffer le récent meurtre, afin de ne pas ouvrir la boîte de Pandore de leurs secrets, l’attention se porte sur une autre femme : l’adjointe du shérif Wanda Salazar (Karen Rodriguez). Elle ne se laisse pas impressionner par les manigances des bien-pensants de la petite ville, posant, au contraire, un regard froid, déterminé et perspicace sur chacun des témoignages et leurs mensonges cousus de fil blanc.
À mi-chemin entre Desperate Housewives (Beautés désespérées) et Big Little Lies (Petits secrets, grands mensonges), la série assume pleinement les débordements du soap et les codes du polar, navigant parfois même, par son outrance, dans les eaux des plaisirs coupables. La relation trouble entre Margo et Sophie interroge les notions de transgression et d’identité au sein d’un environnement ultraconservateur. Le décalage permanent entre un discours public rigide et moralisateur, les arrangements privés et les faux-semblants alimente une tension constante, mettant en lumière l’écart entre ce que la société exige et ce que les personnages désirent viscéralement. Et, avouonsle, il y a quelque chose de presque jubilatoire à voir le château de cartes de probité morale de la petite communauté se lézarder, puis s’effondrer lentement sous nos yeux ravis. À noter qu’une saison 2 est déjà annoncée, puisque la conclusion de cette première saison annonce clairement une suite!
INFOS | Les huit épisodes de « The Hunting Wives » sont disponibles, en anglais et en français, sur Netflix.

