Mercredi, 18 mai 2022
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    Pilgrim

    Le seul nom qu’on lui connaisse est Pilgrim. Le 17 avril 1912, il se pend dans le jardin de sa résidence londonienne et est déclaré cliniquement mort pendant cinq heures jusqu’à ce que, sans raison, son souffle reprenne.

    Il ne s’agit pourtant pas de la première tentative de l’homme pour mettre fin à ses jours et à chaque fois, la mort lui refuse son étreinte. C’est alors qu’il est institutionnalisé à la clinique psychiatrique Burgholzli de Zurich, où Jung en personne sera bien vite fasciné par ce cas étonnant.

    Pilgrim soutient en effet ne pas pouvoir mourir et avoir été notamment le contemporain de Léonard de Vinci, de sainte Thérèse d’Avila et d’Oscar Wilde. Ses descriptions sont à ce point détaillées que peu à peu Jung en vient à douter : l’homme est-il un mythomane de génie ou la victime d’une immortalité maudite?

    Un roman étrange et complexe qui nous fait pénétrer de plain-pied au cœur de questionnements liés à la notion même de l’identitaire et du passage du temps. Qui sommes-nous réellement? Suis-je le même à cet instant que je ne le fus il y a un moment à peine?

    Qu’est-ce que la folie? Qu’est-ce que la «normalité»? Ces deux concepts ne sont-ils que les deux faces d’une même pièce? Questions on ne peut plus existentielles que l’auteur, Timothy Findley, aborde par l’intermédiaire d’une myriade de personnages d’une grande richesse.

    Rarement m’a-t-il été donné de lire un roman où l’ensemble des protagonistes sont décrits avec un tel soin et un tel détail. De l’infirmier de garde à Jung, en passant par la comtesse de la lune qui s’imagine expatriée de l’astre lunaire, les motivations de chacun d’entre eux sont examinées à la loupe. Le procédé est particulièrement intéressant en ce qui concerne Jung et Emma, son épouse, dont les vies seront profondément modifiées à la suite de leur rencontre avec Pilgrim.

    L’un des intérêts du roman se situe par ailleurs dans cette combinaison de personnages issus de la réalité et de l’imaginaire de l’auteur. Des histoires complètement abracadabrantes surgissent ainsi devant nos yeux ébahis.

    Le roman comporte en fait deux pivots centraux. Le mystérieux Pilgrim, son passé nébuleux, et son désir de ne plus contempler, impuissant, le passage du temps. Et Jung qui s’obstine à vouloir le ramener à la vie, à nier l’évidence même de son immortalité.

    Jung, qui fait lui-même face à d’angoissantes remises en question, cessera-t-il, par exemple, de détourner son regard de ce qu’il considère être ses instincts primaires (le désir de la chair) et, si c’est le cas, comment son épouse y fera-t-elle face?

    «Pilgrim» est un mot anglais signifiant «pèlerin», un voyageur dont le but est d’atteindre un lieu saint. Qu’en est-il du Pilgrim de ce roman? La nature de son pèlerinage est-elle vraiment de simplement toucher à la mort sans jamais l’atteindre ou plutôt de traverser le temps afin de confronter les certitudes de ceux et celles qui croisent son chemin?

    Un roman fort intéressant, mais à l’articulation fort complexe.

    Pilgrim / Timothy Findley. Paris : Le Serpent à plumes, 2000. 498p.

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