Samedi, 25 juin 2022
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    La nef de Vénus

    L’art romain regorge de représentations d’organes génitaux masculins et féminins et la lecture populaire qui en est souvent faite est qu’il s’agit sans doute de la pointe de l’iceberg d’une société obnubilée par le sexe.

    Après tout, quel autre motif qu’une société extrêmement permissive expliquerait un nombre aussi important de vases, statuettes, céramiques, peintures, lampes, pendentifs, amulettes ou boucles d’oreilles à l’effigie de pénis en érection, de vulves ou de relations sexuelles?

    La réalité est cependant tout autre et beaucoup plus terre à terre puisque la Rome antique avait des codes moraux relativement stricts même s’ils différaient des nôtres. Alors, pourquoi donc porter un pénis en érection en boucle d’oreille? Pourquoi illustrer de relations sexuelles explicites le haut des murs des thermes (bains publics)? Qu’est-ce qui peut expliquer l’utilisation d’une urne funéraire sur laquelle on retrouve une double fellation?

    Dans son ouvrage, sous-titré Érotisme et mauvais œil dans l’Est de la Gaule et de l’Empire romain, Nicolas Mengus nous entraine à la découverte des liens profonds entre représentations sexuelles et croyances religieuses, plus particulièrement la notion de mauvais œil. Ce regard simplement envieux ou carrément malveillant qui pouvait être porté par l’Autre sur soi, sur sa famille ou sur ses biens et qui pouvait causer ruine, maladie ou mortalité.

    La fonction fondamentale de nombre de ces objets sexualisés était donc, non pas d’éveiller le désir, mais bien plutôt de détourner le regard des envieux ou malintentionnés. À titre d’exemple, la présence de représentations érotiques dans le haut des murs des thermes ne visait donc pas à susciter la passion, mais plutôt à détourner les regards de son corps et de l’envie que pouvait susciter sa santé physique et financière.  

    Un ouvrage bien documenté et abondamment illustré qui, bien que réduisant à zéro notre regard libidineux sur le passé, n’en demeure pas moins fascinant! 

    La nef de Vénus : Érotisme et mauvais œil dans l’Est de la Gaule et de l’Empire romain / Nicolas Mengus. Bernardswiller : I.D. l’Édition, 2018. 128p.

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