Vendredi, 30 juillet 2021
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    Ce que nos préjugés sur les bisexuels révèlent sur… nous

    Je pensais avoir entendu tous les préjugés sur les bisexuels, jusqu’à ce que je visionne la téléréalité Love is blind, dans laquelle une femme apprend au bout de quelques rencontres que son homme est bisexuel. Pétrifiée, elle l’accuse d’être menteur, hypocrite, infidèle et indigne de sa confiance, avant de lui balancer le contenu de son drink au visage. Dans mon salon, j’avais envie de crier: «Mais pour qui tu te prends?»


    Quiconque a regardé Love is blind peut douter de mes goûts télévisuels, qui ont trop souvent glissé vers le n’importe quoi depuis le début de la pandémie. En effet, dans cette émission diffusée sur Netflix, des hommes et des femmes font connaissance sans jamais se voir, jusqu’à ce que l’un d’eux demande l’autre EN MARIAGE! Pendant des jours, ils enchaînent les dates en discutant dans des pièces adjacentes, sans avoir le droit de dire un mot sur leur apparence physique, afin de prouver qu’on peut tomber en amour avec la personnalité d’un humain, sans connaître son allure. Évidemment, les producteurs ont choisi des coqs et des poulettes qui correspondent aux standards de beauté de l’époque, mais c’est un autre débat…


    Les couples formés durant ce speed dating à l’aveugle ont ensuite été invités à se fréquenter à l’extérieur durant quelques semaines avant de se marier (c’est fou dans tête, je sais). Dans le lot, un duo s’est formé entre une hétéro et un bisexuel. Lors d’un voyage, le stress s’est emparé du candidat lorsqu’il s’est mis à appréhender la réaction de sa douce en dévoilant cette facette de lui-même, comme s’il s’apprêtait à annoncer qu’il avait tué 12 membres de sa famille. Malheureusement, il avait raison d’angoisser, puisqu’elle a pété un plomb.


    Elle avait peur d’être trompée. Peur que son homme ait constamment besoin d’aller voir ailleurs. Peur qu’il soit sans cesse insatisfait de leur sexualité, comme s’il était dépendant au pénis qu’elle ne possède pas. Une série de craintes faisant écho aux préjugés qui collent aux
    bisexuels depuis trop longtemps.


    Quand de tels clichés se rendent à mes oreilles, tout ce que j’entends, c’est leur insécurité. C’est leur incapacité à croire qu’une personne qui désire être monogame et fidèle puisse le demeurer, simplement parce qu’elle est intéressée par des gens du sexe opposé et du même sexe. C’est leur impression qu’une personne bisexuelle va nécessairement vouloir coucher avec tout ce qui bouge, puisqu’elle ne restreint pas son attirance à un seul genre. C’est toute l’ignorance qui suinte de ce genre d’analyse, comme si un bisexuel n’avait aucune préférence en termes de personnalité et de corps.

    Tristement, ce ne sont pas les seuls stéréotypes sur le sujet. Quelques amis m’ont déjà conseillé de me tenir loin des bis, puisqu’ils seraient supposément incapables de se brancher et toujours sur le point de nous tourner le dos. Cette idée sous-entend que les bis sont des girouettes qui vont éventuellement retrouver le «droit chemin» de l’hétérosexualité. Selon moi, cette
    perception découle en partie du fait que quelques personnes se disent bisexuelles durant une courte période. Soit le temps de réaliser qu’elles sont gaies ou lesbiennes, contrairement à ce que croyait leur esprit formaté par la société hétéronormative depuis leur naissance. Soit parce qu’elles croient préférable de se dire attirées également par le sexe opposé, afin de se rapprocher d’une certaine forme de «normalité» aux yeux des autres. Pourtant, ce n’est absolument PAS le cas de tous les bisexuels. Il est plus que temps que les hétéros et les homos comprennent que certains humains peuvent réellement s’intéresser aux deux genres.


    Par ailleurs, les personnes bisexuelles n’ont aucune obligation de révéler leur orientation sexuelle lors d’une première discussion ou d’une première rencontre. Le fait de garder cette information pour elles n’a rien d’un mensonge. Il s’agit d’un seul aspect de leur personne. Et jamais je ne croirai qu’on dévoile absolument tout pendant les premiers échanges. À chacun son rythme pour présenter sa personne, ses intérêts, ses envies et son passé. Parce que non, le fait d’avoir couché et d’avoir aimé des hommes et des femmes n’est pas mieux ni pire que d’avoir eu 732 partenaires sexuels ou un seul depuis le début de sa vie. C’est une simple information à propos d’un humain complexe. Ça ne le résume pas.


    Autre élément auquel on devrait tous réfléchir: quand on discute avec une personne bisexuelle, évitons de lui demander d’illustrer son pourcentage d’attirance envers les hommes et les femmes. Et ne vérifions pas non plus à quand remonte sa dernière relation sexuelle ou son dernier couple avec un genre ou un autre, si c’est pour qu’elle nous prouve son degré de bisexualité. Ces personnes n’ont rien à nous prouver. Bien entendu, on peut s’intéresser à l’historique relationnel d’une personne dont on est proche pour mieux connaître son parcours et les expériences qui l’ont façonné. Mais en aucun temps, on peut leur faire passer un interrogatoire. En 2021, ce serait le temps qu’on lise le mémo: tout le monde ne fonctionne pas de la même façon et c’est tant mieux!

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