Mercredi, 22 septembre 2021
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    Faire résonner sa voix d’un océan à l’autre

    À 19 ans, Eugénie Lépine-Blondeau aspirait à devenir chanteuse classique. Plus d’une décennie plus tard, c’est un autre type de micro qui se trouve devant elle, alors qu’elle est chroniqueuse culturelle sur les ondes d’Ici Première à l’émission Tout un matin et qu’elle anime C’est ma tournée d’un océan à l’autre. Entretien.

    L’été dernier, à l’émission Tricotées serrées, que tu co-animais avec ta sœur, la comédienne Magalie Lépine-Blondeau, il a été question de tes aspirations en chant. Pourquoi ne pas avoir tenté une carrière?
    Le chant a toujours été ma passion, mais je suis arrivée très tard en chant classique, à 16 ans. J’ai obtenu mon DEC en chant classique et débuté un bac en chant classique, mais je n’avais pas la discipline pour en faire une carrière. À 19-20 ans, j’avais soif de plein d’affaires, alors que c’est une période charnière durant laquelle il faut vraiment travailler pour se développer. Ce sont des sacrifices que je n’étais pas prête à faire. Aujourd’hui, j’aime dire que je me sers de ma voix autrement.

    Tu sors d’une année de radio quotidienne en pleine pandémie. Que retiens-tu de cette période?
    Je termine ma deuxième année à Tout un matin. Durant les cinq premiers mois, avant la pandémie, j’ai débuté ce job avec un sentiment d’imposteur, alors j’ai beaucoup travaillé. Je sortais quatre soirs par semaine, ce qui est énorme, alors que je me levais à 3h30 du matin. Je voulais me faire voir du milieu, rencontrer les intervenants et assister à beaucoup de shows. Quand la pandémie est arrivée, j’ai pensé que j’allais me reposer. C’était un frein nécessaire. Cela dit, j’ai aussi été très proactive. J’ai voulu être la courroie de transmission entre le public et les artistes, pour bien comprendre l’impact de la pandémie sur eux.
    En tant que citoyenne, je vivais de la peur et je n’en revenais pas de ce qui se passait dans le milieu de la santé, mais au travail, il y avait une espèce d’effervescence.

    Certains auditeurs te reprochent de trop parler de ton homosexualité en ondes. Que disent-ils?
    Par exemple, à Tricotées serrées, ma sœur et moi présentions des fratries. On voulait témoigner qu’on peut avoir eu la même éducation, les mêmes parents et grandi dans un même environnement, en devenant tout de même très différentes. On débutait l’émission en lisant notre bio pour illustrer que tout différait. Elle disait qu’elle était hétéro et moi lesbienne. À ce moment-là, j’ai reçu des messages du genre : « Je ne suis pas contre ça, mais ai-je besoin de le savoir? » Ça m’affectait beaucoup et je répondais systématiquement aux gens. Ça me prouvait qu’il fallait que je continue de le dire.

    À Tout un matin, tu en parles aussi parfois, parce que ça fait partie de ta vie.
    Exactement. Je peux raconter ce que j’ai fait durant week-end ou ce que ma blonde m’a dit, comme l’animateur Patrick Masbourian parle de sa femme et de ses enfants. Je n’ai pas peur d’en parler et j’en suis fière, mais chaque fois, j’ai un petit vertige. C’est l’équivalent d’un coming out pour un auditeur et je ne sais pas comment ça va être reçu. Même si nous avons une égalité de droits, nous n’avons pas encore une égalité de faits. L’homophobie existe partout encore.

    Tu fais partie des rares professionnels des médias qui parlent de leur orientation sexuelle. Pourquoi est-ce si peu fréquent?
    Peut-être que certains ne veulent pas parler de leur vie privée ou qu’ils veulent respecter la neutralité journalistique. Moi, je ne me considère pas comme journaliste, mais chroniqueuse. En travaillant à Radio-Canada, je comprends que j’ai besoin de cette apparence de neutralité, mais il faut faire une distinction entre le militantisme et ce qu’on incarne tout court. Je comprends les journalistes LGBTQ+ qui trouvent ça trop facile de se faire confier tous les sujets queer, mais je comprends aussi ceux qui aiment en parler, parce qu’ils ont une meilleure compréhension et un lien de confiance. Tout dépend de l’intention.

    L’année dernière, tu as animé Fière allure sur Ici Première. Tu as aussi animé des activités en lien avec Fierté au travail et la Journée de la visibilité lesbienne. Pourquoi est-ce important pour toi de t’impliquer ainsi?
    J’ai développé assez rapidement une fierté d’appartenir aux communautés LGBTQ+. J’apprends énormément d’elles. Je me sens bien avec elles. Quand on pense à moi pour ces choses là, je suis vraiment heureuse. Je trouve ça important de m’impliquer. Je crois à ces organismes et à ces événements. Par exemple, la Journée de la visibilité lesbienne est fondamentale. Je trouve que les lesbiennes ont beaucoup été invisibilisées dans la culture et la politique, en plus d’être souvent réduites à des stéréotypes. À mes yeux, c’est primordial de continuer à démystifier les réalités des femmes lesbiennes.

    Cet été, tu es à la barre de C’est ma tournée. Parle-nous de l’émission?
    Notre but est de sortir de Montréal pour parler de culture, en visitant Rouyn-Noranda, Halifax, Vancouver, Moncton, Saguenay, Toronto, Régina et Ottawa-Gatineau. Depuis bientôt 18 mois, plusieurs personnes n’ont pas pu voyager physiquement, alors on veut les faire voyager par la magie des ondes et les plonger dans la vie culturelle d’une ville. Je co-anime chaque émission avec un animateur radio-canadien de la région. C’est important qu’on les entende partout au pays. Au final, on a tellement de matériel à partager sur chaque coin de pays qu’on aurait pu en faire une quotidienne!

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