Jeudi, 18 août 2022
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    Journée mondiale du sida 2021 : Quarante ans de VIH, quarante ans de progrès

    En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, prenons le temps de réfléchir au contexte actuel du VIH et du sida dans le monde; songeons aussi à la situation que nous avons connue à l’époque des premiers diagnostics et à ce que nous avons accompli en quarante ans. Cette journée nous permet également de célébrer les personnes qui vivent avec le VIH et de faire le point sur le chemin parcouru ainsi que sur les objectifs que nous souhaitons atteindre.

    Il y a quarante ans, le monde a réagi au VIH par la peur et la stigmatisation qui ont nourri la relégation aux marges de la société de celles et ceux touchés par la maladie. De nombreuses personnes contaminées se sont alors senties totalement perdues et beaucoup d’autres ont été poussées vers la clandestinité. La situation a commencé à changer avec la création de plusieurs organismes destinés à faire respecter les droits humains des personnes les plus touchées par le VIH et le sida, qu’il s’agisse des soins de santé de première ligne, de l’activisme centré sur l’amélioration de l’accès aux traitements ou de la contestation des lois et des politiques haineuses qui entravent l’accès tant aux soins de santé qu’au soutien. Le Réseau juridique VIH est actif dans ce domaine depuis près de trente ans et fait constamment pression pour que des changements juridiques et politiques soient apportés au Canada comme dans le reste du monde afin de respecter, protéger et garantir les droits des personnes vivant avec le VIH, des personnes LGBTQ2S+, des personnes qui utilisent des drogues, des prisonniers, des travailleurs du sexe, ainsi que de toute personne affectée de manière disproportionnée par le VIH.

    Au cours des dernières années, nous avons été témoins d’avancées majeures dans l’accès aux services de réduction des méfaits, tels que les programmes d’échange d’aiguilles et de seringues ou les services de consommation supervisée, ce qui a permis de réduire les risques de transmission du VIH ou de l’hépatite C par le biais de matériel d’injection réutilisé. Nous avons constaté une baisse constante des poursuites judiciaires contre des personnes vivant avec le VIH au Canada, même si une seule poursuite constitue déjà une poursuite de trop. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire en vue de réformer les politiques en matière de drogues au Canada comme à l’étranger, nous avons également observé une diminution des poursuites judiciaires à l’encontre des personnes qui utilisent des drogues au Canada.

    Il nous faut malgré tout aller plus loin.
    Alors que la pandémie de COVID-19 couplée à l’épidémie d’intoxications provoquée par des drogues exacerbe la menace pour la santé publique, nous devons procéder sans plus tarder à une réforme juridique au Canada pour décriminaliser les drogues et faciliter l’accès à un approvisionnement sûr et réglementé. Nous devons aussi améliorer l’accès aux services d’échange d’aiguilles et de seringues, ainsi qu’à tout autre service de réduction des méfaits dans les centres de détention. De même, nous devons abroger les infractions liées au travail du sexe, qui privent les travailleurs de l’industrie du sexe de leurs droits fondamentaux et de l’accès aux protections en matière de travail. Il est en outre nécessaire que les gouvernements qui continuent à criminaliser les personnes LGBTQ+ reconnaissent les droits humains des membres de notre communauté LGBTQ+. De surcroît, nous devons nous engager dès aujourd’hui à mettre fin à la criminalisation du HIV au Canada et partout dans le monde.

    Le Canada a souscrit à l’objectif de l’ONUSIDA d’éliminer le VIH en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. Pour autant, nous ne faisons pas partie des plus de 40 pays qui semblent pouvoir l’atteindre. Le nombre de nouveaux cas d’infections au VIH diagnostiqués chaque année au Canada continue de croître. Par conséquent, il est urgent d’améliorer le financement pour renverser cette tendance. En 2003, le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes avait recommandé de manière unanime que le Canada double le financement consacré à la lutte contre le HIV, afin que ce dernier atteigne 85 millions de dollars par an. De ce fait, le gouvernement du Canada s’est engagé en 2004 à augmenter progressivement son financement sur plusieurs années. Toutefois, cet engagement ne s’est jamais concrétisé. Au lieu de cela, nous avons constaté un déficit de plus de 123 millions de dollars qui auraient dû être consacrés à la lutte contre le VIH.

    Cette année marque les quarante ans d’existence du VIH et les quarante ans d’activisme destiné à lutter contre les inégalités sociétales qui ont permis à cette épidémie de se poursuivre. Le VIH, comme l’actuelle pandémie de COVID-19, se nourrit de la marginalisation et de la peur. Si nous voulons que le VIH cesse d’être une menace pour la santé publique, nous devons financer pleinement la lutte contre cette dernière et nous engager à combattre les injustices qui l’ont alimentée.

    En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous devons recentrer nos efforts pour bâtir un monde plus juste et plus équitable pour tous, y compris pour les personnes qui vivent avec le VIH et le sida ou qui sont touchées par ces maladies.

    Par le Réseau juridique VIH

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