Jeudi, 11 août 2022
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    Les LGBTQ+ iraniens plus en danger que jamais

    Le 20 juin dernier, on marquait la Journée mondiale des réfugiés. On peut penser aux millions de réfugiés à travers le monde. Parmi ceux-ci, il y a des centaines, sinon de milliers de réfugiés LGBTQ+ dans des camps en attente qu’un pays comme le Canada les accepte pour les accueillir afin qu’ils puissent vivre librement. Le 25 mai dernier, justement, tout un collectif luttant pour les droits des LGBTQ+ iraniens, y compris des réfugiés, s’est rendu à Oslo (en Norvège) pour recevoir le Prix international Vaclav Havel 2022 pour la Dissension créative (art contemporain). En même temps, ce collectif de diverses organisations participait au Forum de la liberté organisé par la Fondation pour les droits humains qui remet cet important prix international.

    On exposait ainsi à Oslo l’œuvre appelée «PaykanArtCar», de l’artiste Alireza Shojaian qui a peint cette auto pour dénoncer les atrocités commises par le régime de la République islamique d’Iran à l’égard de ses citoyens LGBTQ+.

    Mais vous allez me dire qu’est-ce qu’une «Paykan» ? La Paykan est une voiture fabriquée en Iran entre 1967 et 2005. Ici, on parle d’une Paykan, qui a été offerte par le dernier empereur (Shah) d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi au dirigeant roumain communiste Nicolae Ceausescu. Par la suite, cette voiture a été récupérée lors d’une vente aux enchères avant qu’elle ne soit peinte par l’artiste Shojaian mettant en lumière le sort des LGBTQ+ iraniens. 

    «C’est tout un honneur que de recevoir ce prix, c’est aussi de reconnaître que les Iraniens LGBTQ+ sont parmi les plus marginalisés, souligne Hiva Feizi, directrice générale et cofondatrice de la PaykanArtCar.  Ce Forum est une plateforme internationale et nous recevons ce prix au nom de toute la communauté. En elle-même, ce n’est qu’une auto, mais l’œuvre est le symbole de l’oppression que vivent les gens […]. Nous étions invités à en parler sur CNN lors de cet événement international. Donc, c’est crucial que les activistes soient là sur place avec nous parce que, justement, ce n’est pas seulement qu’une œuvre d’art, mais elle représente tout le travail accompli par les miliant.e.s et c’est une opportunité pour tous ces activistes de parler de ce que vivent quotidiennement les Iraniens LGBTQ+.

    «Pour nous c’était capital que ce ne soit pas que le côté artistique que l’on voit à Oslo, mais aussi que nous soyons ensemble, artistes et militant.e.s pour recevoir ce prix, de dire Matt Forouzandy, directeur artistique de la fondation 3.19.27(2) et commissaire pour les expositions de la PaykanArtCar à Toronto et à Montréal. À vrai dire, je suis encore sous le choc que nous ayons remporté ce prix prestigieux pour les droits humains. Il nous faut nous connecter avec les organisations des droits qui ne sont pas iraniennes afin de propager la bonne information sur ce qui se passe réellement en Iran.»

    Ici, Matt Forouzandy fait référence à une grande carte géographique affichée durant un panel du Forum par l’organisation internationale Rainbow Railroad. Elle affichait que l’Iran, comme d’autres pays du Moyen-Orient, «limite les droits» des personnes LGBTQ+. Mais on sait très bien que l’Iran exécute les LGBTQ+. Lorsque les miliant.e.s ont dit aux organisateurs de Rainbow Railroad que la carte ne reflétait pas la réalité «ils nous ont tout simplement dit que cette carte provenait de l’International Lesbian and Gay Association (ILGA) et ce, sans vouloir y apporter des correctifs, nous étions tous et toutes très peinés de voir ça car c’était présenté à toute l’assistance provenant d’une multitude de pays et qui, ainsi, n’avait pas la bonne information de ce qui se déroule là-bas en Iran», d’ajouter Matt Forouzandy.

    «C’est justement lorsqu’on voit quelque chose comme ça, qu’on a besoin plus que jamais de cette intersectionalité entre les arts et l’activisme, entre les artistes et les miliant.e.s, affirme pour sa part Shadi Amin, activiste depuis très longtemps et directrice générale du Iranian Lesbian and Transgender Network (6Rang) et vice-présidente du conseil d’administration du secteur Asie de l’International Lesbian and Gay Association (ILGA), depuis 2019. On voit comment c’est important d’être dans les médias de sensibiliser l’opinion internationale sur ce qui se passe sur le terrain, en Iran et ceux et celles qui souffrent […]»

    Il y a plus d’un an maintenant, soit en mai 2021, un jeune de 21 ans, Alireza Fazelo Monfared avait été assassiné puis décapité par son demi-frère et deux cousins parce qu’il était gai. Bien que ce meurtre sordide ait choqué l’opinion internationale, rien n’a été fait en Iran pour poursuivre les coupables. Après tout, il s’agissait de laver l’honneur de la famille… «Cela a causé un grand émoi en Iran, beaucoup de personnes LGBT m’ont envoyé des messages me disant qu’elles désiraient partir au plus vite. Mais voilà, beaucoup ne peuvent pas s’en aller pour différentes raisons», note Amira Zolghadri, activiste pour les droits LGBTQ+, étudiante en science politique et qui a vécu durant trois ans dans des camps de réfugiés en Turquie avant de pouvoir s’installer à Toronto. Et même là, elle continue de recevoir des messages haineux et des menaces de mort. «À un certain point, la police de Toronto a dû s’en mêler, de poursuivre Amira Zolghadri. L’Iran est encore très actif ici même au Canada par diverses organisations et individus, on ne s’imaginerait même pas de quoi ils sont capables.» «Même  à l’étranger, nous ne sommes pas en sécurité, continue Shadi Amin qui vit en Allemagne et qui a reçu des menaces elle aussi. Le cas de Alireza Fazelo Monfared ouvre la voie à d’autres assassinats, à d’autres personnes qui vont être torturées et ces personnes ne peuvent s’en sortir, surtout si elles sont dans de petites villes ou des villages, il n’y a pas un réseau suffisant pour les protéger […]»

    «Il ne faut jamais oublier que le code pénal iranien dans son article 234 indique que la peine de mort s’applique pour les personnes ayant des relations sexuelles avec une personne de même sexe. Et ils appliquent cet article, ils exécutent des gens là-bas», insiste Hiva Feizi.

    Pour ces militant.e.s, le problème vient du fait que la communauté internationale n’est pas assez au courant de tout cela. Même une organisation telle que Rainbow Railroad qui est sensée aider à accueillir des LGBTQ+ dans des pays sécuritaires, ne prend pas assez en compte ce type de réfugiés. Résultat : les réfugiés restent dans des camps, surtout en Turquie, durant des années avec un quotidien fait de menaces constantes et de violence. 

    «Le rôle de ce genre d’organisations comme Raibow Railroad est d’aider les réfugiés qui souffrent et qui n’ont aucune voix. Mais elles ne se concentrent pas sur la réalité, elles véhiculent des informations erronées et cela met la vie de beaucoup de LGBTQ+ en danger en Iran parce qu’on ne prend pas en compte leur quotidien. C’est désastreux [surtout si l’on prend en compte le contexte de ce Forum international] alors qu’il y a beaucoup de gens qui y assistent et qui n’auront pas l’heure juste, cela veut dire que beaucoup de LGBTQ+ en Iran ou en Turquie, ne recevront pas d’aide et seront abandonnés… C’est triste, on a envie de pleurer lorsqu’on constate ça […]», de terminer Omid Iravanipour, ambassadeur communautaire pour la PaykanArtCar et directeur de l’animation des réseaux sociaux. 

    Infos : https://319272.org

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