Samedi, 26 novembre 2022
• • •
    Publicité

    Lolita n’existe pas

    Même si on n’a jamais lu le roman éponyme de Nabokov paru en 1955, on sait ce que recouvre l’appellation de Lolita : une nymphette, une aguicheuse et, au pire, une salope. En fait, une adolescente qui allumerait des hommes mûrs victimes et, bien sûr, non responsables. Une belle inversion fallacieuse pour justifier le désir des hommes pour des adolescentes. Avec Lolita n’existe pas, la comédienne et dramaturge, Paméla Dumont souhaite déconstruire le mythe de Lolita en réfléchissant sur le concept du désir.


    Paméla Dumont ne remet pas en question les qualités littéraires du livre de Nabokov, même si elle considère que le talent de Nabokov a contribué à la construction du mythe de Lolita.

    « J’avais lu Lolita à l’adolescence et j’avais été séduite et en même temps je ressentais un malaise », explique Paméla Dumont en entrevue. « Mais à cet âge, je ne pouvais mettre de mots sur ce malaise. Bien sûr, à cet âge le désir sexuel préoccupe et on peut ne pas être insensible aux charmes d’un adulte, un prof, un coach, mais cela veut-il dire que l’on souhaite une relation sexuelle avec eux ? ». En fait, il s’agit de décortiquer l’ambiguïté du désir et de ne pas en jouer, puisqu’il est en fin de compte toujours aux bénéfices de l’adulte.

    Depuis longtemps, Paméla Dumont rêvait d’écrire sur ce sujet et donc de faire oeuvre à partir du malaise ressenti et qui ne l’a jamais quittée. Bien entendu, elle a lu tout ce qui a été écrit autour de Lolita et pas seulement sur le personnage de Nabokov, mais aussi sur ce que Lolita, devenue un archétype de jeune fille, représentait dans l’espace public. « Nabokov s’est inspiré d’un fait divers aux États-Unis », explique Paméla Dumont. « une jeune fille de 11 ans avait été kidnappée pendant 21 mois par un homme qui l’avait convaincue de la suivre. sarah weinman raconte cette histoire dans The Real Lolita et, bien évidemment, l’homme quand il a été arrêté a rappelé que la jeune fille était consentante, qu’il n’avait donc pas abusé d’elle. »

    Le fil conducteur de Lolita se fonde sur les interrogations de la dramaturge lors de sa découverte du livre de Nabokov, avec ses interrogations de l’adulte qu’elle est devenue. un jeu de miroirs mouvants entre deux âges où l’on est toujours soi-même et, dans le même mouvement, différent. Mais c’est aussi un regard porté sur le corps. « Je ne peux pas passer sous silence la fascination érotique de beaucoup d’hommes pour le corps des adolescentes et qui sont pour eux des objets de désir plus proches de la marchandise que de la rencontre réelle de l’autre », continue Paméla Dumont. « Il y a donc une violence insidieuse qui se pare de douceur, de bienveillance, en fait de toute une manipulation pour que les jeunes filles se laissent berner. »

    Lolita n’existe pas / Théâtre de la foulée
    – Crédit photo Léonie Blanchet

    Pour autant, Paméla Dumont refuse de tracer une frontière étanche entre d’un côté les prédateurs et de l’autre de simples victimes. « C’est effectivement complexe, car en tant que jeunes filles on veut aussi tester notre pouvoir de séduction, on se laisse aller à un jeu dans lequel on peut être heureuse de voir un homme plus âgé se laisser prendre dans les filets, mais cela ne fait pas pour autant de la jeune fille une aguicheuse, une salope, une Lolita », avance Paméla Dumont. « reste à savoir, dans cette relation qui peut s’installer, les conséquences qui s’en suivent. Parfois, il n’y en a aucune, parfois elles peuvent être désastreuses pour les adolescentes, alors que pour les hommes adultes, leur vie n’en est pas affectée, bien au contraire. »

    Le projet Lolita n’existe pas a essuyé plusieurs refus de la part des institutions théâtrales en raison du sujet, puisque la dramaturge refusait de sombrer dans le jugement du politiquement correct, c’est-à-dire de considérer les adolescentes comme des oies blanches et les hommes adultes comme des pervers. Paradoxalement, c’est le Théâtre Denise-Pelletier qui lui a ouvert une de ses scènes, théâtre reconnu pour être « réservé » à un public scolaire. « Mais c’est bien […] eux et […] elles que mon travail concerne, confie Paméla Dumont, et bien évidemment, la pièce est accompagnée d’un cahier pédagogique qui aborde toute la question des abus sexuels sur des jeunes. »

    Si Lolita n’existe pas se refuse d’apporter des réponses toutes faites et prémâchées, la pièce offre au moins la possibilité de se poser des questions, toutes les questions, et d’en discuter, ce que la dramaturge et comédienne (elle sera cette Lolita sur scène) espère. Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la perception négative que l’on peut avoir sur les jeunes filles et leurs désirs. Alors que pour les gars…

    INFOS | Lolita n’existe pas, de et avec Paméla Dumont.
    Mise en scène : Valery Drapeau.
    Production du Théâtre de la foulée.

    Présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 4 au 22 octobre 2022 :
    denise-pelletier.qc.ca

    Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité