Samedi, 26 novembre 2022
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    Iran : Manifestations ce weekend dans plusieurs villes à travers le monde, dont Montréal

    La République islamique d’Iran est actuellement en proie à une vague de contestation depuis la mort en détention le 16 septembre de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour non-espect du code vestimentaire strict pour les femmes (autrement dit pour ne pas avoir porté son foulard). Des rassemblements de solidarité sont prévus, ce samedi dans 70 villes à travers le monde à partir de 14h. À Montréal, le point de rencontre est devant l’université McGill, rue Sherbrooke, et les marcheurs se dirigeront vers le parc Jeanne-Mance, en empruntant la rue Sherbrooke puis l’avenue du Parc. 

    Le courage des femmes à la tête des manifestations actuelles en Iran force le respect de quiconque est attaché aux droits humains. Pas surprenant que mouvement touche en particulier bien des personnes LGBTQI+, car leur combat est aussi le nôtre. La filiation entre les luttes queers et la révolte des Iraniennes est renforcée par la crainte, chez les ultra-conservateurs au pouvoir à Téhéran, d’un effet domino qu’ils redoutent: si les femmes obtiennent plus de droits, ils savent que ceux des LGBTQI+ suivront.

    On a qu’à penser à Zahra Sedighi Hamedani, 31 ans, et Elham Chubdar, 24 ans, condamnées à mort début septembre par le tribunal de la ville d’Urmia, dans le nord-ouest du pays. Selon l’organisation kurde de défense des droits humains Hengaw, elles sont accusées de promouvoir l’homosexualité, ainsi que la religion chrétienne, et d’avoir communiqué avec un média opposé au régime iranien. L’Autorité judiciaire iranienne a confirmé leur condamnation à mort pour “corruption sur terre”, la charge la plus grave du code pénal iranien.

    Pourtant, une grande quantité d’œuvres littéraires perses montrent clairement l’existence de l’homosexualité entre les Iraniens, mais depuis la révolution de 1979, les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transcendes demeurent inexistants du fait du fondamentalisme de la république islamique d’Iran, qui voit l’hétérosexualité du mariage traditionnel comme l’unique orientation sexuelle autorisée.

    Rappel de la situation récente en Iran

    Depuis plus quinze jours, la répression a été dénoncée par plusieurs capitales occidentales,

    des cinéastes, des athlètes (y compris l’équipe nationale de football), des musiciens et des acteurs iraniens ont exprimé leur solidarité avec les protestataires. Dans une interview au magazine américain Time, une avocate réputée, Nasrin Sotoudeh, a dit s’attendre les manifestations se poursuivent à travers l’Iran malgré la répression.

    « Ce que veut le peuple c’est un changement de régime », a dit cette lauréate du prix Sakharov du Parlement européen. Mme Sotoudeh a été condamnée à 38 ans de prison, mais se trouve actuellement chez elle à Téhéran pour des raisons médicales. « Et les manifestations et les grèves qui se déroulent actuellement en Iran, représentent une vraie possibilité de changement de régime », estime-t-elle.

    Le bilan officiel incluant manifestants et forces de l’ordre fait état de 60 morts en dix jours de protestations. Mais ce bilan est assurément plus lourd : l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a décompté en début de semaine au moins 76 morts dans les manifestations dans 14 provinces du pays. Affirmant avoir obtenu des «vidéos et des certificats de décès confirmant des tirs à balles réelles sur des manifestants», l’ONG précise qu’au moins «six femmes et quatre enfants» figurent parmi les morts.

    En début de semaine, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a menacé de ne faire preuve d’«aucune indulgence» vis-à-vis des manifestants et appelé les forces de l’ordre à agir «fermement» contre «ceux qui portent atteinte à la sécurité».

    En plus du bilan humain, Téhéran a annoncé l’arrestation de 1 200 manifestants, dont des femmes, sur l’ensemble du territoire. De son côté, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a indiqué que les autorités iraniennes ont arrêté 18 journalistes depuis le début des manifestations.

    Selon un dernier bilan des autorités, environ 60 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre et plus de 1 200 manifestant·es arrêté·es. La police a fait état de 10 policiers morts mais il n’était pas clair si ceux-ci figuraient parmi les 60 morts.

    Le pays a déjà été le théâtre de plusieurs mouvements de protestation qui ont tous été réprimés dans une violence inouïe. De nombreuses vidéos publiées ces derniers jours sur les réseaux par des Iraniens montrent des femmes brûlant leur voile, des manifestants déchirant des effigies des dirigeants de la République islamique, mais aussi des forces de l’ordre tirant sur la foule.

    Avec la mobilisation et les troubles actuels, on s’attend à voir avec le président (ultraconservateur) Ebrahim Raïssi, un déchaînement de violence qui sera bien pire que celui qui avaient déjà choqué les Iraniens en 2017 et en 2019, qui ne s’attendaient pas à un tel degrés de violence pendant le mandat du président (plus modéré) Hassan Rohani. Selon Amnesty International, 304 hommes, femmes et enfants avaient été tués par les forces de sécurité iraniennes lors des manifestations de 2019. Mais l’ONG est convainsue que le nombre réel de morts est plus élevé.

    Un discours complotiste pour mobiliser la base militante

    Selon Fereydoun Khavand, universitaire et journaliste, spécialiste de l’Iran, le régime compte sur sa propre base sociale en jouant sur la fibre révolutionnaire. À l’appel des autorités, des manifestations ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs villes iraniennes, y compris à Téhéran, en faveur du gouvernement et du voile islamique, plus que jamais remis en question après la mort de Mahsa Amini.

    Cette base n’est certes plus aussi importante qu’au début de la révolution de 1979, mais elle reste une force traditionaliste très attachée aux valeurs religieuses de la République islamique, explique le spécialiste des relations internationales. Afin de la mobiliser, le régime emploie un langage particulier qui parle à cette base hostile à tout changement.

    Notamment en évoquant, comme lors de chaque grande mobilisation des Iraniens, un complot fomenté à l’étranger contre la République islamique, notamment à Washington, l’ennemi juré de Téhéran, ou en accusant les manifestants de collaborateurs et de traîtres.

    Dans le domaine du complotisme, qui — il faut le rappeler — est très répandu au Moyen-Orient, la République islamique a atteint des niveaux très élevés, avec ses accusés traditionnels que sont les États-Unis et Israël, auxquels il faut désormais ajouter les pays arabes voisins comme l’Arabie saoudite et les millions d’Iraniens basés à l’étranger qui sont également accusés de chercher en permanence à renverser la République islamique.

    Ce type de discours complotiste a principalement pour objectif de mobiliser la force militaire et la base sociale du régime, en se victimisant de la sorte, en expliquant que les difficultés rencontrées par la République islamique sont le résultat d’un complot existant depuis toujours contre l’islam et le chiisme.

    Pour venir rapidement à bout de la mobilisation actuelle, le pouvoir iranien cherche à déconnecter le pays du reste du monde, en imposant des restrictions drastiques sur un Internet déjà sous haute surveillance.

    La perturbation d’Internet créé un climat de peur parce que l’on sait que cela laisse les mains libres aux responsables sécuritaires pour commettre des violences dans une sorte de huis-clos», confie Sussan Tahmasebi.

    En 2019, une restriction similaire avait été déjà imposée à Internet pour bloquer le partage par les internautes des vidéos des troubles.

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