Samedi, 26 novembre 2022
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    Une fois de plus, place aux films queer d’ici et d’ailleurs au festival image+nation

    Depuis 35 ans, le festival image+nation présente pendant 11 jours la récolte du meilleur cinéma à thématique ou d’inspiration LGBTQ+ au monde, des images et des histoires queer tout aussi excitantes qu’émouvantes. Ce qui saute aux yeux après toutes ces années, c’est l’incroyable maturité du cinéma queer. La production d’images lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenrées et transsexuelles dépasse l’affirmation identitaire pour explorer les aspects et les influences multiples qui marquent nos vies.  Après deux éditions presque exclusivement numériques, image+nation est de retour en salles, du 17 au 27 novembre, pour une programmation anniversaire diversifiée.

    Bien que ça ne soit pas le premier (d’autres événements éphémères à Montréal l’ont précédé, dont la Semaine du cinéma gai, puis le festival Sans Popcorn au début des années 1980) image+nation est le festival de film LGBTQ+ canadien qui existe depuis le plus longtemps.

    «Image+nation a été fondé en 1988 par un groupe de cinéastes, d’universitaires et d’activistes avec l’intention de créer une plateforme permanente pour les voix LGBTQ+ à une époque où la communauté était très peu représentée ou l’était de façon réductive et négative dans les films de l’époque», rappelle Charlie Boudreau, à la direction du festival depuis 1996. «Image+nation est rapidement devenu l’endroit de prédilection où l’on présente des films abordant des thématiques LGBTQ+. Je n’y étais pas à ses débuts, mais j’ai rejoint l’équipe en tant que bénévole à la programmation quelques années plus tard et j’ai commencé à diriger le festival à partir de 1996. Tu étais déjà de l’équipe du festival avant mon arrivée, Yves, si ma mémoire est bonne». 

    Trois Nuits par semaine de Florent Gouëlou


    En effet j’étais arrivé au festival en 1992 (j’y suis resté jusqu’en 1999) un peu avant Charlie, à l’invitation du réalisateur Denis Langlois et de René Lavoie qui dirigeait le festival à l’époque, après que trois de mes courts métrages [NDLR : Corpusculaire, J’entends le noir with english subtiles et L’homme hippocampe] furent projetés dans le cadre du festival. À ce moment-là tout le monde était bénévole et ce n’était vraiment pas facile de monter un festival. «C’est vrai. L’ajout d’une équipe à temps plein et d’une personne responsable de la programmation [Kat Setzer] nous a permis de développer le festival sur tous les niveaux et de solidifier sa place en tant que festival de films montréalais d’importance.»

    Sur une base personnelle, le festival est synonyme, pour moi, de rencontres formidables avec des œuvres, parfois surprenantes, dérangeantes, touchantes qui ont provoquées réflexion et discussion. Difficile de faire un retour sur un riche passé de 35 ans de programmation, tant le nombre de films et de rencontres sont nombreux.


    «Il y a tellement de moments forts, effectivement!», s’exclame Charlie. «Depuis trois décennies et demie nous avons présenté des films remarquables et accueilli des cinéastes incroyables. Certains me viennent tout de suite à l’esprit, tels que Bruce Labruce, Barbara Hammer, John Greyson, Lisa Cholodenko, Isaac Julien, B. Ruby Rich, Patricia RozemaUlrike Ottinger, Daniel MacIiver et Silas Howard, pour ne nommer que ceux-là – la liste est si longue! On a présenté des films classiques comme Cabaret, La loi du désir d’Almodovar, ainsi qu’une rétrospective de films d’Elizabeth Taylor. On parle encore de nos projections d’après-midi de séries novatrices en rafale comme la version originale de Queer as Folk, Tipping the Velvet et d’autres séries axées vers les LGBT, bien avant que pratiquement tout soit disponible à tout moment comme on y est habitué maintenant. Avec des croissants et du café, nous embarquions ensemble pour quatre heures de télé sur écran géant! Ces représentations à guichets fermés réunissaient jusqu’à 500 spectateurs enthousiastes au Parisien pour voir nos vies représentées à l’écran et découvrir les toutes dernières productions qui osaient sortir des sentiers battus. Je m’ennuie un peu du Parisien et de la façon dont nous nous entassions dans ce complexe multisalles où nous présentions parfois quatre films en même temps. Bon souvenir aussi de l’époque où le Cinéma Impérial avait 1200 sièges et où notre série Showcase Saturdays était présentée à guichet fermé! J’ai aussi encore le souvenir vif d’assister du balcon à la projection du film d’époque Aimée et Jaguar C’était et c’est encore aussi notre rendez-vous annuel pour redécouvrir de vieux amis et vielles chummes, de nouveaux films et d’autres histoires à partager.»

    Girl Picture (Tytöt tytöt tytöt) d’Alli Haapasalo


    À bien des égards, ce festival se distingue des autres festivals de films queer. «Le festival est un événement artistique bilingue et multiculturel, au sens propre du terme» rappelle fièrement Charlie Boudreau. «À chaque année, nous offrons à nos audiences le meilleur du cinéma LGBTQ+ du monde en plus de soutenir de façon importante et d’encourager des productions locales à travers notre programme de courts Queerment Québec. Depuis ses débuts avec des films créés spécifiquement pour ce programme dans la série My Heart (préparée par Nelson Hendricks, Nik Forest, Joe Hiscott, Karina Mariano, Dayna Inkster, Anne Golden, Aaron Polard + Stephan Lawson, Lisa Graves, Deb VanSlet, Jackie Gallant), ce programme a évolué avec la création cinématographique québécoise pour devenir une soirée de rencontre et de discussion avec les cinéastes qui représentent le cinéma queer québécois contemporain et son storytelling qui se démarque toujours des autres avec son authenticité, son originalité et une voix culturelle qui reste à part (n’oublions pas que le Québec à produit C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée et tous les films de Xavier Dolan). Cette soirée — tant attendue et fréquentée par les cinéastes, les professionnel.les de l’industrie et, bien sûr, le public avide de découvertes — a lieu, depuis 2015, en partenariat avec le Centre PHI qui nous offre un lieu prestigieux pour accueillir et encourager les nouveaux talents. Nous avons aussi comme mission de promouvoir Queerment Québec auprès de nos collègues à l’international. C’est ainsi qu’un focus québécois a été présentés, entres autres, au GAZE International LGBT Film Festival de Dublin, au MOLODIST Kyiv International Film Festival et au KASHISH Mumbai International Queer Film Festival (dont il fait maintenant partie de la programmation régulière). On fait donc voyager les histoires québécoises partout dans le monde!»

    QUEERMENT QUÉBEC - KASHISH Mumbai International Queer Film Festival


    Au cours des premières décennies d’I+N, a majoritairement présenté des films anglosaxons (des États-Unis, de Grande-Bretagne, entre autres), car c’est de là que le premier boom du cinéma queer a émergé.

    «Bien sûr, les œuvres américaines ont toujours une place précieuse au festival, poursuit Kat Setzer, à la direction de la programmation. «Mais depuis une dizaine d’années, notre portée est devenue de plus en plus internationale et les films du monde entier nous offrent de nouvelles perspectives et de nouvelles façons de voir l’homosexualité et la diversité de genre. Dans cette optique, nous avons lancé il y a quatre ans la section Voix Émergentes pour mettre de l’avant les créateurs émergents de pays sous des régimes souvent considérés comme répressifs. Des films audacieux, qui montrent l’existence queer au sein de sociétés oppressives comme elle est de manière authentique et complexe sans victimisation. Cette année, nous présentons des films du Kazakhstan (Balaban), du Pakistan (Joyland) et de Pologne (Elephant). Et Bohdan Zhuk du Molodist, Kyiv International Film Festival sera des nôtre pour présenter et contextualiser une série d’œuvres queer ukrainiennes. C’est notre manière à nous d’exprimer notre soutien indéfectible à nos ami.es et collègues d’Ukraine. Ce sera aussi l’occasion de découvrir cette culture méconnue et d’en apprendre plus sur un pays dont les histoires trouvent rarement leur place sur les écrans d’ici. »

    The TEDDY Jury 2018 | #teddyaward
    Bohdan Zhuk


    Fait intéressant, cette année, un nombre record de longs métrages canadiens seront présenté à image+nation. «La majorité majorité d’entre eux sont des premières œuvres», explique Kat Setzer, responsable de la programmation. «Entre autres, notre film d’ouverture Rosie, mais aussi Compulsus, Golden Delicious, When Time Got Louder, This Place et Erin’s Guide to Kissing Girls.

    When Time Got Louder
    When Time Got Louder


    Les films LGBTQ+ permettent effectivement de montrer une diversité de regards et en particulier sur les corps et sur les désirs. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des festivals de films LGBTQ+, comme image+nation qui fait la part belle aux cinémas de tous les genres et de tous les continents. D’ailleurs, le festival maintient le format hybride (en salle et en ligne), né de la pandémie, puisqu’il permet une plus grande accessibilité à des films qui nous marquent et qui doivent être vus et partagés par autant de personnes possibles, qui pour toutes sortes de raisons ne peuvent se rendre dans les salles montréalaises.

    «Image+nation sert de baromètre social pour illustrer une culture en constante évolution. Il nous apparaît essentiel de présenter un vaste éventail d’histoires et d’expériences d’ici et de partout à travers le monde. Chaque édition du festival est un peu un polaroid des enjeux LGBTQ+ dans la société à ce moment-là. C’est un endroit où nous pouvons partager ces histoires — nos histoires — avec nos ami.es, nos familles et nos collègues. À l’époque super connectée qui est la nôtre, cela représente un moment collectif de discussion et de camaraderie à vivre en personne », conclu.e Charlie Boudreau.

    BILLETTERIE ET DÉTAILS DE LA PROGRAMMATION
    image-nation.org/festival-2022

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