Samedi, 22 juin 2024
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    Les icônes québécoises de la photo au Musée McCord

    Les photographes québécois travaillent partout sur la planète, créent les unes de magazines comme Vogue ou Vanity Fair, collaborent avec Madonna et Mika, prennent des clichés mémorables de Nelson Mandela, du Dalaï-lama et de Céline Dion. Si vous ignoriez la stature internationale de nos artistes de la lentille, il vous suffit d’aller au Musée McCord du 31 mai au 29 septembre, afin d’admirer l’exposition Portraits et mode – Photographes québécois au-delà des frontières, imaginée par le commissaire Thierry-Maxime Loriot, celui à qui l’on doit les expositions au succès planétaire sur les œuvres de Jean-Paul Gaultier et de Thierry Mugler.

    Quelle place occupe les photographes d’ici sur la scène mondiale ?
    Thierry-Maxime Loriot : On a fait une petite sélection de 17 artistes (Max Abadian, William Arcand, Richard Bernardin, Alex Black, Sacha Cohen, Cristina Gareau, Andréanne Gauthier, Royal Gilbert, Shayne Laverdière, Carl Lessard, Monic Richard, Norman Jean Roy, Étienne Saint-Denis, Nelson Simoneau, Oumayma Ben Tanfous, Xavier Tera et villedepluie), mais plusieurs autres ont des carrières internationales. On peut venir de Québec, de la Gaspésie, du Saguenay, de l’Estrie ou de Chibougamau et avoir une carrière internationale.

    Ça n’empêche rien. Pas besoin de grandir dans une famille jetset pour être créatif. Je pense que la créativité n’est pas quelque chose qui s’apprend.

    N’est-ce pas l’un de vos dadas : participer à la reconnaissance de nos talents ?
    Thierry-Maxime Loriot : Complètement ! Quand j’ai fait l’exposition sur Thierry Mugler, le public devait passer par une exposition mettant en lumière le travail de 10 designers québécois.e.s. Selon moi, les artistes d’ici ne sont pas assez célébré.e.s. Ou il y a toujours un propos un peu politique. Ce n’est jamais pour célébrer le travail, peu importe la couleur de peau, l’orientation sexuelle ou le genre. Beaucoup de personnes n’entrent pas dans ces cases-là et ont des carrières intéressantes aussi. Par exemple, Norman Jean Roy vient de Mont-Saint-Hilaire et il vient de shooter le cover du Vanity Fair avec Anne Hateway et celui du Vogue américain avec Nicki Minaj.

    En cinéma, en musique, en théâtre et en télévision, on dit souvent que le Québec offre quelque chose de différent. Peut-on en dire autant à propos des photographes d’ici ?
    Thierry-Maxime Loriot : Ce qui nous démarque, c’est qu’on est une terre d’accueil où tout est permis. En France, c’est hyper hiérarchisé en fonction de ton lieu d’études, de qui connaît ta famille et dans quel arrondissement de Paris tu habites. Ici, on se donne moins de limites et on les fait exploser davantage qu’ailleurs. On n’est pas dans une vision intrapériphérique. Y a-t-il une saveur québécoise ? Oui et non, car tout ce que nos photographes ont en commun, souvent, c’est le Québec comme terre d’accueil. Plusieurs ont commencé leur pratique ici avec une créativité qui vient d’ailleurs.

    À titre d’exemple, Max Abadian a grandi en Iran où il a eu accès à peu de magazines de mode, ce qui, je crois, a développé chez lui une vision très idéalisée de ce que sont Hollywood et la mode. Comme par hasard, il shoote les plus grands acteurs et les plus grands chanteurs en faisant des images hyper léchées. Je pense que son passé a une influence.

    Quand on parle de photo artistique, qu’est-ce qui démarque le grandiose de quelque chose de bien réalisé, mais sans plus ?
    Thierry-Maxime Loriot : C’est important de faire la différence entre une photo et une image. On vit dans un monde d’images qui est faux, complètement refaçonné et où les corps ne sont plus ce qu’ils étaient. Il y a une réalité en distorsion avec le vrai. Ce qui me plaît, c’est de créer une image, de comprendre le travail des rois et des reines de la composition qui font des photos de groupe et qui réussissent à contrôler la lumière, sans que Photoshop ou que l’intelligence artificielle viennent tout transformer. La valeur esthétique d’une image est très importante pour moi.

    Chaque photographe possède un immense portfolio. Comment avez-vous sélectionné leurs œuvres ?
    Thierry-Maxime Loriot : J’ai demandé à chaque artiste une sélection de ce qu’iels consi-dèrent comme leur top 10 ou top 20. Ensuite, j’arrive avec mes choix et on compare. J’aime montrer des classiques et ce qui est attendu, mais aussi ajouter des surprises, déstabiliser les gens et montrer qu’il y a autre chose que la perception initiale que le public a des artistes.

    CRÉDIT PHOTO : CARL LESSARD / Elisapie

    Avez-vous un exemple ?
    Thierry-Maxime Loriot : La pochette de l’album D’eux, de Céline Dion, tout le monde la connaît, mais personne ne sait que Céline est habillée « en homme » avec un costume 3 pièces. Et personne ne sait que c’est une femme qui a pris cette photo. Dans l’exposition, on va voir la planche-contact au complet. On a même des photos inédites de Céline enceinte. C’est important de raconter une histoire à travers ces photos, d’évoquer l’histoire du Québec et de célébrer les icônes d’ici et notre culture.
    Outre les photographies de mode, on va présenter une centaine de portraits iconiques, de Céline Dion à U2, en passant par Charlotte Cardin, Nelson Mandela, Isabelle Boulay, Adele, Elisapie, Mika, Zidane, Les Louanges, Barbie Ferreira et bien d’autres.

    Vous êtes derrière des expositions sur la mode qui mettaient en lumière le travail de grands créateurs comme Jean-Paul Gaultier et Thierry Mugler. Vous avez aussi collaboré à des expositions sur des photographes de renom comme Peter Lindbergh. Qu’est-ce qu’il y avait dans le mandat d’une expo sur la photo artistique québécoise qui vous stimulait assez pour plonger ?
    Thierry-Maxime Loriot : J’ai commencé à faire de la recherche sur le talent local et j’ai voulu créer une exposition sur les photographes canadiens. En demandant des suggestions à plusieurs contacts du milieu, je recevais toujours plein de noms québécois. Je trouvais ça extraordinaire ! Je suis vraiment fier d’être Québécois. Je viens de travailler avec Rodeo FX sur la tournée de Mika et mon exposition de Hector Harold. Paprika a fait tous mes livres, même ceux pour Mika et Madonna. C’est important de travailler avec des gens d’ici. Je fais tout pour que cette exposition voyage à l’international. Il y a déjà de l’intérêt.

    INFOS | Portraits et mode – Photographes du Québec au-delà des frontières
    https://www.musee-mccord-stewart.ca

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