Le nombre de professionnel·le·s de l’industrie cinématographique ayant signé un engagement à ne plus travailler avec des institutions israéliennes du cinéma jugées « impliquées dans le génocide et l’apartheid contre le peuple palestinien » approche désormais les 4 000 signataires, parmi lesquels des vedettes hollywoodiennes et queer.
Publié le 8 septembre par le collectif Film Workers for Palestine, le texte avait d’abord recueilli 1 300 signatures, dont celles d’Ayo Edebiri (The Bear), Olivia Colman (The Roses), Josh O’Connor (The History of Sound) et Aimee Lou Wood (The White Lotus). Deux jours plus tard, le 10 septembre, le nombre de signataires avait déjà plus que doublé, dépassant les 3 900.
Parmi les personnalités qui ont depuis rejoint l’initiative figurent plusieurs artistes queer, tels que Joe Locke (Heartstopper), Bowen Yang (Saturday Night Live), Elliot Page (Close to You), Emma D’Arcy (House of the Dragon) et le québécois Xavier Dolan.
S’ajoutent également Nicola Coughlan, Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Andrew Garfield, Harris Dickinson et Guy Pearce.
En signant, les artistes s’engagent « à ne pas projeter leurs films, à ne pas participer ni collaborer avec des institutions cinématographiques israéliennes » — qu’il s’agisse de festivals, de compagnies de production ou d’agences — accusées d’être « impliquées dans le génocide et l’apartheid contre le peuple palestinien ».
Le collectif souligne que la « complicité » inclut « blanchir ou justifier le génocide et l’apartheid » ainsi que « s’associer au gouvernement qui les commet ».
« Dans ce moment de crise urgente, alors que de nombreux gouvernements soutiennent le carnage à Gaza, nous devons tout faire pour dénoncer et contrer cette complicité », peut-on lire dans leur déclaration publiée en ligne.
Selon le groupe, la grande majorité des entreprises israéliennes de production, de distribution et de diffusion de films, bien qu’intégrées dans « le système d’apartheid israélien » et en bénéficiant directement, n’ont jamais soutenu les droits pleins et reconnus internationalement du peuple palestinien.
Le mouvement répond à un appel lancé par des cinéastes palestiniens et s’inspire de l’initiative Filmmakers United Against Apartheid (datant de 1987), qui refusait de diffuser ses films en Afrique du Sud tant que l’apartheid y était en place.
Réactions en Israël
Face à cette mobilisation internationale, des voix s’élèvent aussi à l’intérieur de l’industrie cinématographique israélienne. Dans une déclaration transmise au Guardian le 10 septembre, Nadav Ben Simon, président du syndicat israélien des scénaristes, qualifie ces appels au boycott de « profondément troublants ».
« Depuis des décennies, les créateurs, artistes et conteurs israéliens – moi y compris – se consacrent à refléter la complexité de notre réalité », écrit-il. « Nous avons constamment donné la parole aux récits palestiniens, aux critiques des politiques gouvernementales et aux diverses perspectives qui façonnent notre société. »
Il ajoute que le boycott n’« avancera pas la cause de la paix », mais risque plutôt de « nuire à celles et ceux qui s’engagent à bâtir des ponts » entre les communautés.
Le débat sur la qualification de génocide
La controverse survient alors que, plus tôt ce mois-ci, l’Association internationale des spécialistes du génocide a dit estimer que les actions d’Israël à Gaza répondaient à la définition de génocide établie par la Convention de l’ONU.
En août, un groupe soutenu par l’ONU et chargé de surveiller la faim dans le monde a pour sa part confirmé que Gaza connaissait une situation de famine extrême.
À l’inverse, quelques gouvernements dont celui de la Grande Bretagne a conclu cette semaine qu’Israël ne commet pas de génocide, estimant « qu’il n’existe pas d’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

