Directeur général de la COCQ-SIDA
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans la communauté LGBTQ+ ?
Ken Monteith : J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un petit village de
Colombie-Britannique. C’est à Montréal que j’ai trouvé ma place au sein de la communauté LGBTQ+. En sortant du placard, étape par étape, j’ai découvert le soutien et l’acceptation de ma famille et de ma communauté, ce qui a facilité mon dévoilement comme personne vivant avec le VIH. L’accueil de la communauté, après des années d’isolement durant ma jeunesse, m’a convaincu de l’importance de préserver sa force et sa diversité.
Quel moment de ton parcours militant t’a le plus marqué·e ?
Ken Monteith : Je nommerais trois choses : la colère, l’accueil et la joie. La colère de l’été 1990 et la descente policière au Sex Garage. J’y étais, mais je suis parti avant l’arrivée de la police. J’étais toutefois présent lors des nombreuses manifestations qui ont suivi. L’accueil que je ressens au sein de la communauté en tant que personne vivant avec le VIH. Oui, il reste des choses à changer en lien avec le VIH dans notre communauté, mais c’est encore l’un des milieux les plus propices à la compréhension et à la solidarité. Et la joie d’être ensemble, de trouver de l’humour dans les pires situations, de pouvoir rire et s’amuser malgré tout. Cette joie a une valeur inestimable.
Pourquoi l’engagement communautaire reste-t-il important aujourd’hui ?
Ken Monteith : Nous avons obtenu de nombreux gains au fil des années, mais il reste
encore des luttes à mener. Les dernières années nous rappellent que ces acquis sont parfois fragiles et qu’il faut les défendre, tout en continuant à revendiquer ce qui n’est pas encore obtenu pour notre communauté.
Est-ce que le militantisme queer d’aujourd’hui est différent de celui d’il y a 10 ou 20 ans ?
Ken Monteith : Le militantisme queer a toujours défendu le droit à la différence,
mais je crains que nous ayons perdu une partie de notre solidarité en cours de route. Nous devons nous indigner face au non-respect des droits de tous·tes les membres de notre communauté, que cela nous touche personnellement ou non.
Quelles luttes sont les plus urgentes pour la communauté LGBTQ+ actuellement ?
Ken Monteith : Les droits sont en recul dans plusieurs régions du monde. Des lois homophobes sont adoptées dans certains pays, tandis que des mesures et des actions anti-trans et anti-drag émergent plus près de chez nous. Nous devons tous·tes monter aux barricades et faire preuve de solidarité envers l’ensemble des membres de notre communauté.
Si tu devais résumer en une phrase pourquoi il faut encore s’engager aujourd’hui, que dirais-tu ?
Ken Monteith : Celles et ceux qui cherchent à priver des membres de notre communauté de leurs droits comptent sur nos divisions pour y parvenir. Il est plus que jamais essentiel de faire front commun et de défendre la différence.

