Directrice générale du Conseil québécois LGBT
Quels enjeux queers vois-tu poindre à l’horizon?
Magali Boudon : On commence à prendre conscience que la plupart des droits acquis au cours des dernières années sont menacés. S’ils ne le sont pas aujourd’hui, ils vont l’être. On le voit de plus en plus aux États-Unis et dans certaines provinces canadiennes. Ça peut aller très vite et c’est toujours la même recette : ça commence par les groupes les plus marginalisés.
Dans la dernière année, au Québec, on l’a vu avec les personnes trans incarcérées, surtout les femmes trans. On s’attaque à leurs droits fondamentaux. C’est un premier pas pour ce qui va se passer pour les autres ensuite. En fait, on peut parler des queers, des femmes, des personnes racisées et des personnes migrantes : on est dans une ère à venir où tous leurs droits seront menacés.
À quel point faut-il une force de caractère pour travailler dans le communautaire
queer, avec le recul des mentalités des dernières années et le sous-financement des
gouvernements?
Magali Boudon : Depuis le début de son existence, le milieu communautaire est porté par des personnes dévouées, prêtes à faire le deuil d’une évolution de carrière ou de certaines conditions financières pour s’assurer que leur travail corresponde à leurs valeurs.
Dans l’écosystème queer, je trouve ça admirable de voir des personnes aussi impliquées et professionnelles. Elles sont présentes quoi qu’il advienne, alors qu’on parle de leur existence : elles reçoivent directement cette violence, mais elles se représentent tous les matins au travail. Il y a beaucoup de force dans notre milieu.
Y a-t-il des personnes militantes qui t’inspirent?
Magali Boudon : Dans la dernière année, je suis particulièrement bluffée par nos leaders trans qui sont en première ligne et qui doivent composer avec un tas de politiques transphobes et un ressac de la société civile, mais qui continuent de monter à la tribune. Je suis aussi impressionnée par nos membres en région. C’est incroyable ce que ces organisations queers font avec tout juste deux ressources et demie. Elles doivent couvrir un territoire immense et énormément de problématiques, avec très peu de ressources. Personnellement, mes modèles sont les anciennes joueuses de soccer Megan Rapinoe et Marinette Pichon : elles ont su exploiter leur notoriété pour faire avancer l’égalité entre les hommes et les femmes, en plus de faire progresser les causes queers.

