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    Piche, allier drag et rap

    Si la drag française Piche se distingue facilement de ses consœurs, ce n’est pas uniquement en raison de sa barbe. Ces derniers temps, Piche, que l’on a notamment retrouvée lors d’un segment de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, en 2024, a développé sa carrière de rappeuse, entre autres grâce à son EP Festin, mais aussi grâce à ses nombreuses dates de spectacle au cours des derniers mois, qui comprenaient notamment un arrêt aux Francos de Montréal, en juin.

    Comment s’est passé ton spectacle aux Francos de Montréal?
    PICHE : Ça s’est hyper bien passé. Franchement, j’avoue que j’étais malade comme un chien, mais je ne sais pas par quel miracle de l’univers j’ai réussi à chanter sans trop tousser. Le public était vraiment hyper réceptif. Les festivals, c’est toujours un petit challenge de base, en plus quand tu vas aussi loin de chez toi… Tu te dis : « Est-ce que les gens vont se déplacer? Est-ce qu’ils connaissent un peu tes chansons? » Et j’ai été agréablement surprise, en vrai. Genre, toute la place était full, l’ambiance, c’était trop bien. J’ai kiffé.

    Tu bûches présentement sur ton projet musical. Qu’est-ce que cela veut dire pour ta carrière drag?
    PICHE : Ben en vrai, je ne décorrèle pas [le drag et la musique]. Pour moi, c’est un peu la même chose. Genre, je me vois plus comme une performeuse, comme n’importe quel chanteur ou chanteuse qui a des looks un peu extravagants. C’est con, je prends toujours le même exemple, mais je pense à Lady Gaga, tu vois, qui, en vrai, sur papier, fait du drag, mais personne ne lui pose la question : « Est-ce que c’est du drag? », parce que ce qui est mis en avant, et ce qu’elle prône avant tout, c’est sa musique, son projet artistique, etc. C’est juste qu’en France, on a moins l’habitude d’avoir ce type de représentation dans la musique. Donc, du coup, les gens ont parfois besoin de catégoriser : « Mais du coup, c’est du drag? C’est de la chanson? » Non, c’est les deux.

    Sens-tu parfois qu’il est compliqué pour toi de concilier le rap et la drag?
    Ou de « vendre » ta proposition auprès du public?

    PICHE : Le concilier, pour moi, non, parce que je pars du principe que le rap est une stylistique musicale qui parle aux personnes opprimées, marginalisées. C’est un cri du cœur qui vient de la rue. Et je trouve qu’il n’y a pas de communauté avec laquelle ça fait plus de sens que les communautés LGBTQIA+, parce qu’on est aussi des personnes minorisées, opprimées, etc.

    Là où, en effet, il y a un peu plus de difficultés — et on parle purement de marketing, là —, c’est : comment on vend ça aux gens? Comment ça devient quelque chose de viable? Comment je peux en vivre?
    PICHE : Je te répondrais qu’il y a encore du chemin à faire. J’ai l’impression que ça paraît naturel aux gens qui m’entourent, que ce soit mes équipes artistiques, etc. C’est OK, tout le monde a capté le projet. Je suis hyper bien entourée, j’ai vraiment beaucoup de chance pour ça.

    Mais c’est sûr que tu as des gens qui ne comprennent tout simplement pas ou qui se disent que c’est complètement antinomique d’avoir du drag, qui performe le féminin, dans une stylistique où on performe en grande partie le masculinisme. Ça veut dire qu’en permanence, avec mon équipe, je sais qu’on doit toujours se prouver dix fois plus que d’autres artistes. Mais, en même temps, c’est un peu aussi l’apanage des personnes queer de devoir prouver dix fois plus que tout le monde, en permanence.

    Et donc, malgré ces embûches, tu fonces? Tu n’as pas de regrets?
    PICHE : Non, en vrai. Je le fais avant tout pour que les gens se reconnaissent dans cette stylistique-là. Moi, j’ai écouté du rap, et c’est vrai qu’il y a beaucoup de personnalités queer qui en consomment, qui font marcher cette économie-là, qui dépensent de l’argent pour les concerts, pour le merchandising, pour des choses comme ça, et qui, en vrai, écoutent en permanence des personnes qui ne parlent jamais d’eux.

    Je trouve ça juste fou, en vrai. Je sais que je reçois pas mal de messages depuis que je fais de la musique, justement par rapport à ça. Des gens qui me disent que, soit ils n’écoutent pas de rap, mais qu’ils m’écoutent, moi, parce que ça déconstruit un peu les idées qu’ils avaient sur le rap, ou, inversement, tu as des gens qui écoutent du rap, mais qui ne sont absolument pas sensibilisés aux réalités de la communauté, et qui se disent : « Ah ben, du coup, ton rap, ça fait une espèce de porte d’entrée vers une communauté que je ne connaissais pas du tout, avec des codes que je ne connaissais pas », etc. C’est cool, parce que ça crée des ponts, en vrai. J’ai vraiment pas envie d’arrêter de faire du rap pour cette raison : parce que je trouve vraiment que ça lie les gens, et c’est le but.

    Tu as participé à un long segment de la cérémonie des Jeux olympiques de Paris honorant, entre autres, la communauté LGBTQ+. Quand on te parle de cette cérémonie-là, c’est quoi la première chose qui te vient en tête?
    PICHE : La pluie. C’est toujours la pluie. Ça a rendu ce moment un peu iconique. Je pense que ça n’aurait pas du tout été la même chose s’il n’y avait pas eu de pluie, en tout cas en termes d’expérience vécue. Je ne sais pas si les gens se rappellent vraiment de la pluie, si c’est le truc qui les marque!

    Mon makeup n’était clairement pas waterproof, donc ça a été très intense. Je coulais, mon makeup était dégueulasse, j’ai dû enlever mes lentilles et mes faux cils sur le pont pendant que j’étais en train de danser. Ça me brûlait, je ne pouvais pas ouvrir les yeux, j’avais tout dans la gueule. Tout le truc a duré 50 minutes… [À la fin,] les paddings, tu pouvais les essorer. C’était terrible. Et, en même temps, c’était incroyable.

    C’est un très, très, très beau souvenir. C’est fou, tu réalises un peu après, en vrai — pas tant sur le moment — que, quand on te parle de chiffres et qu’on te dit que tu as un milliard de personnes qui vont te voir, c’est con, mais tu te dis : « Ben voilà, il y a une personne sur huit dans le monde qui, à un moment donné, aura vu ma petite tronche. » Quel que soit ce que tu fais après, tu ne recrées pas quelque chose de cette ampleur-là. C’est un truc que tu vis une fois dans une vie.

    Même un Super Bowl, ça ne réunit pas autant de personnes devant la télévision. C’est fou de se dire que, même si tout ce que je crée ne reste jamais dans l’histoire, pour x raisons, ça, c’est un truc qui va rester. Et d’avoir participé à quelque chose comme ça, c’est incroyable, j’avoue.

    INFOS | Pour suivre PICHE, https://www.instagram.com
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