Mercredi, 13 mai 2026
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    Misogynie et responsabilité collective

    Je pensais que c’était un poisson d’avril. Apparemment, non. Donald Trump insulte les journalistes femmes lors de ses conférences de presse à la Maison-Blanche. Pour un homme qui a construit sa persona en inondant de désinformation les médias (sociaux et traditionnels), c’est plutôt ironique de mordre la main qui le nourrit. J’oubliais : il se croit au-dessus des lois — quoique certains faits semblent démontrer qu’il l’est — et assez intelligent pour penser qu’il s’est lui-même construit. Certes, dans ce monde de devises, c’est ce qu’on prêche : “Make America Great Again”, cause I’m “Made in America”, with the « American Dream » and, of course, I’m “Proud to be an American”. Une fierté ternie, avec le clown MAGA au pouvoir…

    Une journaliste adresse une question à Donald Trump sur l’affaire Epstein et il lui répond : « quiet piggy! » / « ferme-la, cochonne! » Déjà, cette affirmation mériterait des excuses de la part du président d’un pays qui se dit pour les droits et libertés de la personne. Sans vergogne, il récidive pratiquement à chaque conférence de presse.

    Un second point qui manque d’éthique dans cette affaire? Personne autour de la journaliste humiliée ne réagit ou ne prend sa défense : « Les gens font comme si de rien n’était. C’est cela qui frappe l’imaginaire : le fait que personne autour d’elle ne se soit opposé » (1) à cette conduite dégradante, rapporte Fatima Gross Graves, présidente du National Women’s Law Center, aux États-Unis. L’absence d’opposition pourrait notamment s’expliquer par la peur de perdre l’accès « à la Maison-Blanche, qui a vite fait de se venger » (1), explique Richard Latendresse, correspondant de TVA à Washington.

    Ce cas est loin d’être isolé. Puisque tout ceci est capté par les caméras, vous pouvez aussi voir le président dire à Mary Bruce, d’ABC News, qu’elle est une journaliste horrible qui pose des questions horribles pour un réseau minable qui désinforme, ou reprocher à la journaliste vedette Kaitlan Collins, de CNN, de ne jamais sourire et d’être une mauvaise journaliste, à l’origine de présumées piètres cotes d’écoute de la station. « Le président m’a traitée de tous les noms, il s’en est souvent pris à moi. Il cherche à détourner l’attention des questions que nous posons » (1), a-t-elle déclaré.
    Ainsi, Trump utilise la tactique d’un intimidateur pour réduire au silence ses victimes, ciblant les journalistes femmes et soulignant au passage sa misogynie. On peut comprendre que les collègues n’interviennent pas, par peur de perdre leur emploi, mais n’y a-t-il pas un tribunal qui pourrait intervenir? Ou mieux : si tous interviennent collectivement, il ne peut pas « virer » tout le monde! D’ailleurs, Terry Moran, ex-correspondant à ABC, le soulignait judicieusement : « Si quelqu’un s’en prenait ainsi à un caissier au comptoir d’une épicerie, la plupart des gens prendraient sa défense. C’est la chose à faire. » (1) Bref, ce n’est pas parce que le travail d’un journaliste est de poser des questions (parfois difficiles) qu’il doit se faire insulter en guise de réponse. Collectivement, nous devons nous opposer à cette forme d’intimidation, comme nous le faisons dans les écoles! Pourquoi est-il plus acceptable de voir ce genre de comportement en conférence de presse?

    Sommes-nous dégoûtés de voir Trump agir de la sorte? Oui. Sommes-nous surpris? Non. Malheureusement. On parle ici du même président qui fait la guerre à l’Iran et qui, à coups d’ingérences étrangères, tente de nous faire oublier son implication dans l’affaire Epstein. Pendant ce temps, on fait témoigner l’ex-président Bill Clinton, lui-même reconnu, dans les années 90, pour ses scandales sexuels — et son parjure — bien qu’acquitté…

    C’est-tu moi ou tout ce boys clubest une grosse mascarade visant à abrutir les contribuables avec leur propre argent? Malheureusement, ce boys club fait aussi office de modèle de masculinité toxique pour les jeunes garçons d’aujourd’hui. Le 1er mars dernier, à l’émission Tout le monde en parle, les invités Francis Dupuis-Déri, politologue à l’UQAM et spécialiste de l’antiféminisme, et Sony Carpentier, doctorant en sociologie sur le sujet des masculinités, expliquaient qu’« une minorité d’élèves suffit à fragiliser le climat scolaire et briser la dynamique de toute une classe ». Leur analyse, effectuée en partenariat avec la Fédération autonome de l’enseignement, fait état d’une hausse de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie chez les garçons. Sans surprise, si les réseaux sociaux amplifient les discours masculinistes, ces jeunes garçons sont nourris par des figures comme Donald Trump, Elon Musk ou Andrew Tate (qui contrôlent d’ailleurs leurs discours en les finançant!) et dont ils s’inspirent en reprenant leurs thèses (misogynes, homophobes, transphobes, racistes, etc.). Sans modèles masculins progressistes et viables, l’avenir comportemental des jeunes de demain est inquiétant. Sans compter l’influence des discours et idéologies liées à la religion musulmane, comme celle observée dans certaines équipes de hockey en milieu scolaire, mentionnent les chercheurs.

    Qui plus est, ils donnent des exemples d’insultes provenant de témoignages d’enseignantes, les principales visées : « Tu devrais pas être ici, mais à la maison en train de faire des bébés ou de t’en occuper », « C’est normal qu’un homme soit mieux payé qu’une femme, car une fois par mois vous avez des menstruations et êtes moins efficaces ». Ce sont des insultes fréquentes prodiguées aux femmes enseignantes par des élèves du primaire et du secondaire. Après les enseignantes, ce sont les filles et les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre qui se font intimider par leurs collègues garçons. Il n’est pas rare qu’un groupe d’élèves fasse des saluts nazis ou même se présente au comité diversité de l’école et profère des insultes, voire brûle le drapeau arc-en-ciel, explique le chercheur Francis Dupuis-Déri : « J’en ai dénombré une vingtaine dans différentes écoles. Imaginez que vous êtes un jeune gai ou une jeune lesbienne et qu’une dizaine ou une vingtaine de vos camarades brûle le drapeau qui représente votre identité, c’est atroce! Imaginez si on avait une vingtaine de drapeaux du Québec brûlés dans les écoles, ce serait la guerre civile! » (2) L’autre jour, de retour d’une marche pour la Journée internationale des droits des femmes dans le centre-ville de Montréal, une amie à moi racontait comment elle avait dû s’interposer dans le métro parce que trois jeunes hommes intimidaient une jeune femme seule. « Trois garçons d’environ 15 ans qui poussaient des cris d’animaux autour d’elle et qui collaient leur corps au sien. C’est la deuxième fois en moins d’un an que je suis confrontée à ce type de situation dans le métro de Montréal… mais qu’est-ce qui se passe?! », écrivait-elle sur Facebook. « Pourquoi ai-je été la seule à m’interposer alors qu’on était une vingtaine de témoins? Pourquoi ces trois jeunes se sentent-ils autorisés à être violents en plein lieu public, sans crainte?! » (3) Malheureusement, ce type de comportement irrespectueux est peu étonnant quand on regarde les « modèles » de ces jeunes : des chefs d’État non éthiques qui ne respectent pas les femmes et qui demeurent impunis…

    On recule. On nivelle vers le bas. Les droits des femmes sont de plus en plus bafoués : certaines sont humiliées au quotidien dans l’exercice de leurs fonctions, d’autres sont menacées, extorquées, etc. On assiste à des procès aux sentences dérisoires, où les victimes femmes se font ridiculiser — et ça, c’est quand les criminels, souvent des hommes d’État qui abusent de leur pouvoir, ne demeurent pas impunis! On regarde, impuissants, mais nous avons tous une responsabilité collective!

    Ces hommes ont d’abord été des gamins… Parents, éduquez vos garçons au respect des rapports égalitaires avec les femmes dès leur jeune âge. Citoyens, si vous constatez une
    violence envers une femme dans un lieu public, intervenez. Qui plus est, utilisez votre
    pouvoir : votez pour imposer des sanctions aux égos démesurés de politiciens abusifs envers les femmes.

    Nous nous sentons d’emblée impuissants lorsque nous constatons certaines violences faites aux femmes. Mais si nous fermons les yeux et n’agissons pas, notre inaction nous rend tous collectivement responsables.

    1 – Louise Leduc. « Quand la misogynie de Trump est lancée à la face des journalistes »,
    La Presse, 9 mars 2026. https://www.lapresse.ca

    2 – Émission Tout le monde en parle, diffusée sur les ondes de Radio-Canada,
    le 1er mars 2026, segment « L’intolérance et les discours haineux dans nos écoles »
    https://ici.radio-canada.ca

    3 – Publication Facebook de Julie Antoine, coordonnatrice de la Coalition féministe
    contre la violence envers les femmes (CFVF) qui était parmi les 3 porte-paroles
    de la Marche mondiale des femmes 2025.

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