Mercredi, 13 mai 2026
• • •
    Publicité

    Nathalie Doummar fait parler les hommes dans « Frères »

    Quatre ans après l’immense succès de sa pièce Mama, la dramaturge et comédienne Nathalie Doummar, une des voix queers les plus fortes du moment, retrouve la scène chez Duceppe avec sa nouvelle création, Frères. Du 15 avril au 16 mai, le public pourra découvrir 8 hommes égypto-québécois réunis dans un chalet qui profiteront de l’occasion pour réfléchir à leurs attentes envers les femmes et le mariage, à l’argent et à la hiérarchie sociale au sein même de leur clan.

    Une aussi grande scène, qu’est-ce que ça signifie pour toi?
    Nathalie Doummar : Ça me donne beaucoup de liberté! Je peux avoir plus de personnages que dans un petit théâtre. J’adore faire parler plein de gens en même temps. J’ai grandi là-dedans. Du côté de ma mère et de mon père, on est très nombreux. C’est bruyant. Quand je suis là-dedans, je suis bien, mais quand j’invite quelqu’un de l’extérieur dans ma famille, j’ai toujours une petite inquiétude : est-ce que ça va être too much? Avec Mama, j’ai réalisé que c’était vraiment payant au théâtre d’utiliser cette richesse. Ça m’a confirmé que c’était possible d’écrire pour un grand plateau et que les foules seraient au rendez-vous.

    Pourquoi voulais-tu signer ta première mise en scène?
    Nathalie Doummar : Je n’avais jamais eu le désir de faire de la mise en scène de ma vie. Je n’ai pas un cerveau pour ça. Je pense à trop de choses en même temps. Mais pendant la création de Mama, je me suis surprise à vouloir donner des notes de jeu, alors que ce n’était pas ma responsabilité. Comme j’écrivais sur des femmes avec des spécificités, je sentais l’urgence de diriger les actrices, même si Marie-Ève Milot a fait un travail extraordinaire! Cette fois-ci, je me suis permise de demander à Jean-Simon Traversy de faire la co-mise en scène avec lui. Il a 15 ans d’expérience. Il s’occupe de plein de choses que je n’aurais jamais pu faire moi-même. Ça me permet de me concentrer sur le jeu, le récit et les dynamiques entre les personnages.

    Dans Frères, tu fais parler des hommes égypto-québécois. C’est aussi une première, non?
    Nathalie Doummar : Oui, avoir le droit de faire parler des gars, c’est nouveau pour moi. Avec mon bagage de femme arabe, j’ai eu à observer les garçons, je les connais, je les aime, j’essaie de les comprendre. Tout d’un coup, de pouvoir les faire parler, c’est vraiment réjouissant et ça me fait peur.

    Dans la pièce, on découvre plusieurs hommes âgés de 25 à 65 ans. En quoi est-ce inspirant de faire se rencontrer, se parler et se confronter les générations?
    Nathalie Doummar : Les générations se parlent constamment en moi. On est plusieurs à se sentir écartelés. Surtout les enfants d’immigrants ou les immigrants de première génération, qui sont écartelés entre leur notre culture d’accueil et leur culture d’origine. Petite, je pensais qu’il y aurait un jour une adéquation, mais non, ça va toujours continuer. Donc, faire parler des générations, c’est très heureux pour moi. Ça fait du bien de sortir tout ça de moi et de sublimer ce qui a causé beaucoup de détresse.

    Ai-je raison d’affirmer que tes personnages abordent plusieurs sujets importants à travers des discussions sur des petits riens?
    Nathalie Doummar : Oui. Mes personnages ont moins de facilité avec les mots, alors ils se répètent beaucoup. Ça a l’air d’être des riens comme tu dis, mais c’est pour exprimer des choses vraiment plus grandes. Leur pensée est vaste, mais leur parole est parfois limitée. Dans notre milieu, on est chanceux d’avoir accès aux mots et de pouvoir s’exprimer comme ça, mais quand on sort de notre cercle, peu importe la culture d’origine, on voit des gens pour qui les mots manquent.

    Les interprètes de Frères ont-ils été plus faciles à trouver que celles de Mama?
    Nathalie Doummar : Dans Mama, j’étais inquiète de ne pas les trouver quand j’écrivais la pièce. Je me demandais si ces actrices-là existaient. Heureusement, la réponse était oui. On a fait des laboratoires d’écriture avec différentes scènes pour rencontrer des interprètes et on a pu choisir. Cela dit, on a été chanceux de trouver l’actrice pour jouer la grand-mère : elle était la seule qui pouvait jouer Nana. Dans le laboratoire menant à la création de Frères, on a aussi fait lire les interprètes. On voulait les connaître. On les faisait échanger de personnages. On a vraiment pris notre temps. Même si on a pas l’embarras du choix pour les acteurs arabes, on les a trouvés.

    À l’automne 2025, on a eu droit à l’adaptation du roman Milles secrets milles dangers au cinéma. As-tu l’impression que des œuvres comme celle-là et comme Mama et Frères, même si elles ne sont pas pensées directement pour faire changement les mentalités, ont le pouvoir de contre-balancer les propos anti-immigrants qui sévissent au Québec et ailleurs dans le monde?
    Nathalie Doummar : J’espère que ça peut contribuer à déconstruire toutes sortes de préjugés. C’est la raison pour laquelle on écrit. On se raconte pour faire tomber les barrières entre nous. Après Mama, personne ne m’a dit qu’elle jugeait les Arabes et qu’elle ne les jugeait plus après la pièce, mais beaucoup de spectateurs se sont identifiés à la famille, autant des personnes issues de la diversité que des personnes québécoises de souche, qui avaient reconnu leur famille du Saguenay ou de la Mauricie. C’est tout ce que je souhaitais.

    Tu écris, tu mets en scène et tu joues beaucoup. À quel genre d’équilibre aspires-tu entre tes différentes disciplines?
    Nathalie Doummar : Ouf… Je me sens toujours un peu submergée. C’est très difficile de trouver des périodes d’écriture. Je suis mère aussi de deux enfants. Quand on veut écrire pour que ce soit le moindrement bon, il faut entrer dans un genre de tunnel et c’est très compliqué à faire quand tu as une audition ou un tournage à travers ça. Pourtant, j’adore tourner. Ma vie est un peu chaotique pour l’instant.

    Quels sont tes prochains projets?
    Nathalie Doummar : Je vais tourner dans la deuxième saison de Dernière seconde, l’été prochain. Puis, l’an prochain, deux de mes textes seront joués dans deux théâtres différents. Ça n’a pas encore été annoncé. Je dois d’ailleurs écrire ces pièces, alors que je fais la mise en scène de Frères présentement. Je vais aussi jouer dans un des deux shows. Ça fait longtemps que je n’ai pas jouer au théâtre. Ça va me faire du bien.

    INFOS | Frères de Nathalie Doummar, Mise en scène de Nathalie Doummar et Jean-Simon Traversy, Au Théâtre Jean-Duceppe, du 15 avril au 16 mai. https://duceppe.com/freres

    Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité