Du 23 avril au 13 juin, le Centre des arts actuels SKOL propose Spaces We Make · Les espaces que l’on crée, une exposition collective qui met en lumièrele travail de quatre artistes queer issus de différentes régions du Québec. Alex P. (Mauricie), Laurence Lenesse (Sept-Îles), GABRIEL DIONNE (iel/il) (Saguenay–Lac-Saint-Jean) et Rose Desrosiers (Gaspésie) y déploient chacun·e un univers singulier, ancré dans leur réalité territoriale.
Avant même la sélection des artistes, un appel à candidatures a été lancé afin d’explorer les expériences queer en région — à travers les pratiques artistiques, les récits et les ancrages locaux. L’exposition s’intéresse notamment aux dynamiques d’isolement et de solidarité, aux relations avec les communautés, aux questions de mémoire et de transmission, ainsi qu’aux stratégies de visibilité, de soin et de résistance.
« Ces thématiques ne sont pas limitatives : les artistes sont invité·e·s à s’en emparer librement ou à en proposer d’autres, en lien avec leurs réalités », précise Florent To Lay, directeur général et artistique de SKOL. « Les approches peuvent prendre des formes variées, allant de l’installation à la performance, en passant par les pratiques sonores ou interdisciplinaires. »
Nous avons voulu en savoir plus sur leurs démarches et sur ce qu’ils et elles présenteront dans le cadre de cette exposition.
Qu’allez-vous présenter au Centre SKOL ?
ALEX P. : Je présenterai une série issue de mon exposition L’Allégorie du placard, montrée à Trois-Rivières en janvier dernier. Il s’agit de textes découpés dans de l’acrylique transparent et pailleté, composés à partir de témoignages de personnes LGBTQIA2S+ portant sur le coming out. C’est une forme d’archive en construction — un projet évolutif qui vise à recueillir et faire circuler ces récits.
GABRIEL DIONNE (iel/il) : Je présente Fête au village, une installation issue de ma recherche-création à la maîtrise en arts à l’UQAC. J’y explore l’autoreprésentation comme témoignage du vécu queer en région. L’installation regroupe trois corpus : des sculptures humanoïdes en cire, une vidéoperformance et des œuvres picturales ancrées dans mon village natal. Le tout forme un environnement où cohabitent des figures étranges dans une ambiance festive.
GABRIEL DIONNE (iel/il) : Le fruit du rosier ou les ailes du désir est une installation nouvelle qui rassemble des sculptures réalisées au cours des trois dernières années, des autoportraits en œuf et des rebuts ramassés sur la grève. Une poésie visuelle intime.
Laurence Lenesse : Je présente deux tapisseries en crochet et une vidéo autour d’An Antane Kapesh. Une œuvre rend hommage à une féministe lesbienne de la Côte-Nord ; l’autre reproduit une capture d’écran Tinder indiquant l’absence de profils à proximité — un reflet des limites de la connectivité queer en région. La vidéo met en avant des extraits de Kapesh, afin d’éviter toute dépolitisation de sa parole.
Comment ces œuvres représentent-elles votre pratique ?
ALEX P. : C’est une continuité naturelle de mon travail, qui explore l’identité, l’appartenance et la mémoire. J’y intègre davantage la parole des autres, ce qui enrichit ma démarche.
GABRIEL DIONNE (iel/il) : L’œuvre est fidèle à ma pratique : je construis des banques de documentation que je déploie à travers différents médiums. Je puise dans mon expérience personnelle pour proposer une vision poétique du vécu queer en région.
Rose Desrosiers : Je vis dans une forme d’ermitage où la solitude devient un portail vers une relation intime avec le paysage. Ce que je crée naît de cette fusion. En apportant ces fragments à la ville, j’espère ouvrir une brèche.
Laurence Lenesse : Le crochet est au cœur de ma pratique : un processus lent qui me permet de créer des archives visuelles de figures lesbiennes et queer. Avec cette exposition, j’élargis mon langage vers le numérique et les expériences vécues.
Quel est votre lien avec les communautés LGBTQ+ ?
ALEX P. : Ma démarche est autoethnographique : je tisse des liens entre mon vécu et celui des autres. Travailler à partir des réalités LGBTQIA2S+ est essentiel pour moi.
GABRIEL DIONNE (iel/il) : Mon identité queer est au cœur de ma pratique. L’art m’a permis de me comprendre et d’explorer les différentes facettes de mon identité. Aujourd’hui, je souhaite contribuer à la visibilité des expériences queer.
Rose Desrosiers : Je suis trans, je suis queer : ce que je fais vient du même endroit.
Laurence Lenesse : Mon travail s’ancre dans une position située, notamment autour de la déconstruction de la lesbophobie intériorisée. Le crochet devient un outil politique et relationnel.
Qu’est-ce qui vous a mené vers l’art ?
GABRIEL DIONNE : L’art s’est imposé très tôt comme un espace d’expression. Mes études m’ont fait comprendre le pouvoir des images et leur potentiel pour transmettre des expériences.
Rose Desrosiers : J’ai été assigné artiste à la naissance.
Laurence Lenesse : C’est une accumulation de microdécisions. Le crochet m’a permis de retrouver un espace de création où l’erreur est possible et fertile.
ALEX P. : J’ai toujours gravité autour de l’art. C’est une manière pour moi d’entrer en relation avec les autres et d’aborder des sujets autrement.
Être artiste queer en région : quelle réalité ?
Laurence Lenesse : La région offre un rapport au temps différent, propice à la
création. Mais il ne faut pas l’idéaliser : racisme, homophobie et transphobie persistent.
D’où l’importance de soutenir les espaces artistiques locaux.
Rose Desrosiers : La nature est au cœur de ma pratique. Le fleuve, la forêt, la matière
nourrissent mon travail : ils sont indissociables de ce que je crée.
ALEX P. : La Mauricie est une région culturellement riche. Il existe des lieux et des artistes remarquables hors des grands centres.
GABRIEL DIONNE (iel/il) : Il y a des défis, mais aussi une grande richesse. Les réseaux sociaux permettent de rester connecté·e aux autres milieux, tout en valorisant ce que la région offre.
INFOS | paces We Make · Les espaces que l’on crée, jusqu’au 13 juin 2026,
au Centre des arts actuels SKOL, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, bureau 444, Montréal
https://skol.ca
À noter : Laurence Lenesse présentera aussi Icône, une exposition solo à Baie-Comeau, du 19 juin à août, dans le cadre de Passage Émergent.

