La Terre est au bord d’un effondrement écologique, générant une poudrière géopolitique sur le point d’exploser. Il y a 20 ans, un mince espoir subsistait encore avec un vaisseau expérimental — le Providence — qui devait mener à une nouvelle planète habitable. Mais l’équipage a disparu sans la moindre explication et, depuis lors, le vaisseau demeure abandonné au fond d’un entrepôt. Du moins, jusqu’à ce que Cléo y fasse irruption !
Passionnée d’astronomie, elle s’introduit à bord du vaisseau avec ses ami.e.s Abe, Ros et Kaleisha afin de faire la lumière sur ce qui semble être une conspiration gouvernementale visant à étouffer la vérité. Une fausse manœuvre déclenche toutefois les moteurs du vaisseau, qui les arrache brutalement à l’orbite terrestre et les propulse en direction de Proxima du Centaure. Bien sûr, personne n’était préparé ni équipé pour une telle odyssée. Alors que tout semble perdu, une présence inattendue se manifeste : Billie, une intelligence artificielle holographique calquée sur la capitaine disparue du vaisseau.
L’IA se révèle sarcastique, autoritaire et émotionnellement complexe : elle possède des souvenirs fragmentaires de la mission originale, mais aussi de nombreuses zones d’ombre, dont certaines qui semblent avoir été volontairement verrouillées. Quelles terribles vérités se cachent derrière ses souvenirs occultés ? Le caractère volatil de Billie ne fait qu’aggraver la cohabitation forcée à bord du vaisseau, générant de nombreux conflits, particulièrement avec Cléo, qui oscille entre affrontement et fascination. Une relation qui, au fil du temps, évolue vers une romance troublante, soulevant de profondes questions sur la nature de la conscience et sur la possibilité d’aimer au-delà même d’un lien biologique.
Hormis le duo formé par Cléo et Billie, le roman accorde également une place importante aux différents personnages secondaires, qui sont tous développés avec finesse et profondeur. Il propose également une diversité marquée d’identités de genre et d’orientations sexuelles, bien évidemment avec Cloé et Billie, mais également à travers Ros, qui offre une représentation aromantique, asexuelle et non binaire encore trop rare en fiction.
Les personnalités, tout comme les forces et les faiblesses de chacun.e, sont clairement définies, et l’autrice réussit à faire émerger, avec beaucoup de justesse, le développement progressif de liens affectifs au sein du groupe. Un cheminement par ailleurs accéléré par l’urgence de faire face à de nombreuses anomalies qui viennent perturber le voyage : instabilités gravitationnelles, dilatations temporelles et visions inexplicables. Ces phénomènes révèlent peu à peu la vérité entourant la disparition du premier équipage en lien avec des expériences risquées menées à bord du vaisseau. Le roman distille efficacement un ton qui valse allégrement entre suspense, humour et drame romantique, tout en livrant son lot de révélations surprenantes. À noter également le remarquable travail des éditions Elder Craft, qui proposent une superbe édition en couverture rigide.
INFOS | J’ai trop aimé les étoiles / Emily Hamilton. Pantin, France :
Elder Craft, 2025, 381 p.

