Le Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) a pris la route pour les célébrations de la Journée de visibilité lesbienne (JVL). En plus de la traditionnelle journée de conférences et de remises de prix à Montréal, tenue le 2 mai à l’Ausgang Plaza, le réseau a aussi organisé , le samedi 25 avril, un événement inédit à Québec, au centre créatif Le Hub, situé sur la Côte d’Abraham, entre la Haute-Ville et la Basse-Ville.
Selon Tara Chanady, directrice générale du RLQ, amener la JVL ailleurs au Québec était un rêve que le réseau chérissait depuis longtemps. « On voulait le faire, mais on n’avait pas le financement [par le passé]. Mais cette année, il y a trois collectifs vraiment super qui organisent des événements à Québec et on a pu collaborer avec eux pour mettre sur pied la JVL. »
Les célébrations à Québec ont donc été organisées en collaboration avec le collectif artistique Ravivez l’amour sorcier — nommé en hommage à un défunt bar lesbien de la Côte Sainte-Geneviève —, le collectif lesbo-queer féministe Plurielles et le collectif événementiel Dancing Queer. Elle a souligné que l’organisme n’a reçu aucune subvention. « On a puisé dans nos économies pour le faire… parce que le momentum était là ! » L’événement à Québec avait une forte saveur régionale, avec un marché artistique et une foire communautaire réunissant des artistes venu.e.s d’un peu partout au Québec, ainsi que deux conférences — l’une sur la visibilité des lesbiennes en région et l’autre sur le sport lesbo-queer inclusif. Les conférences étaient suivies de performances des membres de Raviver l’amour sorcier et du drag king Will Charmer, ainsi que d’une soirée festive. Le réseau a aussi profité de l’occasion pour lancer Lezbi Uni.e.s, un annuaire bilingue recensant des organisations communautaires, sportives et artistiques lesbiennes à travers le Québec. Tara Chanady a observé qu’entre le boom des bars lesbiens des années 1990 et environ 2017, il y a eu une sorte de vide dans l’offre culturelle lesbienne — un vide que des collectifs comme L’Amour Sorcier et des espaces événementiels « queer-friendly » commencent à combler.
Lors de la conférence, Clara Vecchio et Gabrielle Morin, du collectif Raviver L’Amour Sorcier, ont retracé les grandes lignes de l’histoire du bar, qui a accueilli les lesbiennes de la Vieille Capitale de 1992 à 2007 avant de céder sa place à un pub irlandais. « Récemment, on a appris que ce n’était pas un bar lesbien à la base, mais des filles se le sont approprié au fil du temps, un peu comme on le fait », raconte Gabrielle. « C’est un beau parallèle. » Tous les premiers mercredis du mois, le collectif se réapproprie une section du pub. « On n’a pas connu L’Amour Sorcier; on était trop jeunes », ajoute Clara. Les cofondatrices du collectif, trois artistes locales, font renaître l’esprit du bar en s’appuyant sur des témoignages historiques et sur leurs « fantasmes » du bar lesbien idéal. Le collectif Plurielles a été fondé en 2017 à la suite d’une initiative de l’Alliance Arc-en-ciel, organisatrice de la Fierté de Québec. « Le directeur général [Louis-Filip Tremblay] a demandé à ma collègue : “Est-ce que tu veux faire une soirée Plurielles, une soirée pour les femmes lesbiennes ?” C’est devenu quelque chose qu’on fait à chaque Fierté », relate l’une des organisatrices, Joanie Moreau. « On est rendues à faire trois ou quatre soirées par année dans différents lieux à Québec. » Elle mentionne que les lesbiennes et les personnes de la diversité de genre ne se sentent pas toujours à l’aise dans les quelques bars gais de la ville et que ces soirées visent à « démocratiser » la vie nocturne.
Marie-Ange Bugeaud a cofondé le collectif Café Marsha, nommé en hommage à une icône de Stonewall. Elle est venue s’inspirer des panélistes pour son propre projet. « On veut créer un espace où on peut se sentir en sécurité, où on peut se rassembler, créer et voir des spectacles d’artistes, dit-elle. C’est une réponse à toute la haine qu’on vit depuis la pandémie. » En parallèle avec la renaissance de la vie nocturne lesbienne à Québec, on observe aussi une émergence d’activités sportives et associatives. Déjà populaires à Montréal, le roller derby et le bateau-dragon s’enracinent dans la Vieille Capitale et ailleurs en région, selon les conférencières Séverine Moreau et Laurence Tremblay. Enora Jeanne Cordier Le Vot, du collectif Brome-Missisqueer, a également raconté la naissance de la première Fierté de Cowansville, en Estrie, et annoncé la tenue d’une deuxième édition le 22 août prochain.
Le RLQ rêve encore plus grand pour les années à venir. L’organisme a récemment reçu une subvention du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie du gouvernement du Québec pour un projet intitulé Cartographie des espaces lesbo-queers rêvés, à Montréal, Québec, Sherbrooke et dans trois autres villes à déterminer. « Rimouski, ce serait vraiment le fun. Il y a aussi un collectif qui se forme sur la Côte-Nord, dit Tara Chanady. On a rencontré des gens qui font des initiatives ailleurs, on a fait de belles rencontres. On a l’impression que la province devient de plus en plus gouine ! »
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