Jeudi, 21 mai 2026
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    Apprendre du passé pour bâtir l’avenir au Festival Fierté Trans

    Revenons brièvement à Montréal en 1980. Les mouvements pour la reconnaissance des communautés gaies, trans et queers étaient encore embryonnaires. Un seul rassemblement organisé de la Fierté avait eu lieu jusque-là (en juin 1979). Fugues était encore à quelques années de publier son premier numéro. Cinq femmes trans — Marie-Marcelle Godbout, Manon Frigon, Marie-Claude Daigle, Marie-Josée Marcil et Vanessa Giovannito — venaient de fonder Aide aux Trans du Québec (ATQ), le premier organisme par et pour la communauté trans au Québec. La table de cuisine de Mme Godbout devient alors le quartier général de la première ligne d’aide téléphonique destinée aux personnes trans et en questionnement. Quelques mois plus tard, les premières rencontres de soutien en personne — appelées à l’époque les Ateliers de Transformation du Québec — montrent à plusieurs qu’elles et ils ne sont pas seuls.

    Quarante-six ans (!) plus tard, une centaine de personnes trans et alliées ont rempli le théâtre du Centre des mémoires montréalaises (MEM), au coin de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, pour donner le coup d’envoi au 20e Festival Fierté Trans (FFT), souligner les 45 ans de l’ATQ et lancer une ligne du temps numérique (accessible sur le site web de l’ATQ sous l’onglet « Histoire ») retraçant l’histoire de l’organisme, fruit d’un vaste travail archivistique. La soirée était au cœur d’une programmation du FFT axée sur l’histoire et la mémoire, avec des conférences sur l’archivistique, la solidarité « par et pour » et les leçons du passé pour l’avenir. Elle était animée par la resplendissante artiste drag La Bille Hatch, qui soulignait l’importance de la continuité de l’ATQ à une époque où les acquis de la communauté LGBTQ+ sont fragilisés.

    Après les discours d’ouverture d’April Daneau, présidente de l’ATQ, et de Marie-Gabrielle Ménard, députée fédérale d’Hochelaga—Rosemont-Est et secrétaire parlementaire de la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Victoria Legault, directrice générale de l’organisme, a procédé au lancement de la ligne du temps interactive, dont la coordination a été assurée par l’artiste photographe Julie Langenegger. Le projet a été réalisé en collaboration avec Club Sexu.

    « Les archives jouent un rôle essentiel dans la préservation de la mémoire collective, en documentant et en transmettant les récits des communautés trans, non binaires et queers. Or, très peu d’archives existent à ce sujet — souvent parce qu’elles ont été effacées au fil de l’histoire, ou simplement parce qu’elles n’ont jamais été préservées adéquatement », détaille Victoria Legault. « Dans un contexte où les discours sont polarisés et où la désinformation circule, il est essentiel d’humaniser les réalités trans. De rappeler que la transidentité n’est pas un phénomène nouveau et que des communautés trans actives, vivantes et engagées font partie de Montréal depuis des décennies. » La grande majorité des personnes dans la salle étaient trop jeunes pour avoir vécu les débuts de l’ATQ. Audrey St-Pierre et Véronique Bastien appartiennent à la génération des fondatrices, mais leur implication active dans la communauté est beaucoup plus récente.

    « Dans les années 1980, il y avait beaucoup d’improvisation; aujourd’hui, [l’ATQ], c’est un peu comme un enfant qui grandit », observe Audrey St-Pierre, une connaissance de Marie-Marcelle Godbout, décédée en 2017. « Regardez autour de vous et demandez-vous pourquoi il y a si peu de têtes grises. C’est dommage qu’il n’y ait pas plus d’intergénérationnalité, parce que l’ATQ n’existerait pas si ces femmes-là n’avaient pas été là. »

    Véronique Bastien a entamé sa transition en pleine pandémie, après des décennies de remises en question déchirantes, afin de se donner une raison de vivre. On l’a surnommée « le tank rose », tant sa hâte et sa détermination à entreprendre ce nouveau chapitre étaient évidentes. Elle tenait à remercier l’ATQ de lui avoir offert des conseils par Zoom, de l’avoir dirigée vers les bonnes ressources et aidée à naviguer à travers le flot de désinformation en ligne. Lorsque l’auteur de ces lignes l’a retrouvée pour la remercier de son temps, elle était plongée dans une conversation profonde avec une femme dans la vingtaine, tentant de tisser les liens intergénérationnels dont son amie avait souligné l’absence. Après le lancement de la ligne du temps numérique, les festivités se sont déplacées au Ritz pour la soirée Transtopia 2. Le lendemain, en parallèle avec les conférences au théâtre du MEM, le traditionnel Marché Trans battait son plein, réunissant plusieurs organismes communautaires, artistes ainsi que des créateur.rice.s de prothèses et autres produits.

    Althéa Langevin est stagiaire chez AlterHéros, un organisme communautaire qui offre des activités de démystification, des groupes de soutien et diverses autres activités pour la communauté queer montréalaise, avec un accent particulier sur les jeunes, les personnes autochtones ou racisées et les personnes neurodivergentes. « Un événement comme ça, ça aide à ne pas se sentir toute seule, mais c’est aussi utile de savoir qu’il existe des services », observe-t-elle.

    « C’était très intéressant de créer des liens avec d’autres organisations, ça nous a donné des idées de collaboration », lance Dawson Ovenden-Beaudry, chargé de projets aux Jeunes Identités Créatives, dans la vingtaine comme la vaste majorité des personnes présentes au marché.

    Victoria Legault, elle-même dans la vingtaine, a souligné l’importance de la collaboration intergénérationnelle dans un bref bilan livré après la fin des conférences. « On est extrêmement fier.ère.s de la réussite de cette vingtième édition — c’est un espace nécessaire en ce moment un peu trouble pour nos communautés, et ça nous fait du bien. On voulait honorer la mémoire de Marie-Marcelle Godbout. Sans elle et sans les autres pionnières, nous ne serions peut-être pas ici. Il faut reconnaître et apprécier cela pour bâtir une base plus solide pour l’avenir. »

    INFOS | https://aideauxtrans.com

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