La lutte mondiale contre le VIH traverse l’une de ses plus importantes crises de financement depuis plus de vingt ans. Selon une récente enquête menée auprès d’organisations de terrain dans 46 pays, plus de 1 700 structures offrant des services liés au VIH ont cessé leurs activités au cours des derniers mois, tandis que plus de 16 000 emplois ont été supprimés dans ce secteur.
Ces fermetures touchent directement les services de prévention, de dépistage, d’accompagnement et d’accès aux traitements antirétroviraux. Elles surviennent dans un contexte de profondes perturbations de l’aide internationale, en particulier à la suite des réductions et des réorientations des financements américains.
Le PEPFAR, un pilier historique aujourd’hui fragilisé
Au cœur de cette crise se trouve le President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR), lancé en 2003 sous la présidence de George W. Bush. Considéré comme l’un des plus importants programmes de santé publique de l’histoire, le PEPFAR est crédité d’avoir contribué à sauver plus de 26 millions de vies grâce à l’élargissement massif de l’accès aux traitements contre le VIH et au financement de programmes de prévention dans les pays les plus durement touchés par l’épidémie.
Pendant plus de deux décennies, ce programme a permis de soutenir des milliers de cliniques, de former des professionnels de la santé, d’assurer la distribution de médicaments antirétroviraux, de financer le dépistage ainsi que l’accès à la prophylaxie préexposition (PrEP), devenue un outil essentiel de prévention.
Mais depuis plusieurs mois, les retards dans l’adoption des budgets américains, les incertitudes politiques entourant l’aide internationale et la réorientation des priorités de Washington ont profondément déstabilisé plusieurs programmes financés par les États-Unis. Dans certains pays, des subventions ont été suspendues, réduites ou retardées, forçant des organismes à fermer leurs portes ou à réduire considérablement leurs activités.
Des conséquences immédiates sur le terrain
Les effets se font déjà sentir dans plusieurs régions du monde. Des cliniques spécialisées ont dû interrompre leurs services, des campagnes de dépistage ont été annulées, la distribution de préservatifs et de traitements préventifs a diminué et certains patients éprouvent désormais des difficultés à obtenir un suivi médical régulier.
Les organisations communautaires rapportent également une diminution des services de proximité, pourtant essentiels pour rejoindre les personnes les plus vulnérables.
Les premières victimes de cette situation sont souvent les populations les plus exposées au VIH : les personnes LGBTQIA+, les travailleuses et travailleurs du sexe, les personnes migrantes, les consommateurs de drogues injectables ainsi que d’autres communautés déjà confrontées à la stigmatisation ou à des obstacles importants dans l’accès aux soins.
Pour plusieurs experts, ces interruptions de services risquent d’entraîner une hausse des nouvelles infections et une augmentation du nombre de personnes interrompant leur traitement.
« Chaque fermeture de centre, chaque interruption de traitement, peut se traduire par des contaminations évitables », rappellent plusieurs organisations internationales engagées dans la lutte contre le VIH.
Un risque de recul historique
Si les chiffres avancés — plus de 1 700 structures fermées — proviennent d’une enquête menée auprès d’organisations dans 46 pays et ne constituent pas un recensement exhaustif, ils illustrent néanmoins l’ampleur des difficultés auxquelles est confronté le réseau mondial de lutte contre le VIH.
Depuis plus de vingt ans, les progrès réalisés contre l’épidémie reposaient sur un modèle fondé sur la continuité des soins, la prévention, le dépistage précoce et une étroite collaboration entre gouvernements, agences internationales et organismes communautaires.
Ce sont précisément ces fondements qui sont aujourd’hui fragilisés.
Les Nations unies se sont fixé comme objectif de mettre fin au sida en tant que menace de santé publique d’ici 2030. Or, plusieurs spécialistes craignent que les interruptions actuelles de financement compromettent sérieusement cette cible et effacent une partie des gains obtenus au cours des deux dernières décennies.
Au-delà de la lutte contre le VIH elle-même, de nombreuses cliniques financées par ces programmes constituent souvent le premier point de contact avec le système de santé pour des populations marginalisées. Elles offrent non seulement des traitements, mais aussi de l’écoute, du soutien psychosocial, des services de santé sexuelle et un accompagnement vers d’autres ressources médicales et communautaires.
Leur disparition risque donc d’accentuer les inégalités d’accès aux soins et d’aggraver les conséquences sociales de l’épidémie.
Un appel à une mobilisation internationale
Face à cette situation, plusieurs organisations internationales et réseaux communautaires appellent les gouvernements et les grands bailleurs de fonds à rétablir rapidement un financement stable et prévisible.
Pour les acteurs de la lutte contre le VIH, le constat est clair : les progrès réalisés depuis vingt ans ne sont pas irréversibles. Sans investissements durables, la prévention recule, les traitements sont interrompus et les systèmes de santé les plus fragiles risquent de perdre, en quelques mois seulement, des acquis qui ont nécessité des décennies d’efforts.
À l’heure où les outils biomédicaux permettent plus que jamais de prévenir les nouvelles infections et d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH, plusieurs experts rappellent qu’aucune avancée scientifique ne peut produire ses effets sans un accès réel, équitable et continu aux soins.

