Mardi, 28 juin 2022
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    Des chirurgies pour contrer la lipodystrophie

    Depuis plusieurs années, on sait que, s’ils ont leur bon côté, les traitements de trithérapies entraînent chez les séropositifs d’autres problèmes allant d’une augmentation de cholestérol aux maladies cardiovasculaires. Il y a aussi la perte de gras à certains endroits du corps (joues, fesses, jambes), tandis que d’autres parties, elles, reçoivent un apport en gras (bosses de bison dans le cou et gonflement des seins chez les femmes), c’est ce qu’on appelle en effet, la lipodystrophie. Les personnes qui en sont victimes souffrent énormément, leur physique se modifie, et le psychologique s’en ressent.

    Ces individus se déprécient, ne s’aiment plus tels qu’ils sont, n’osent plus sortir ni faire quelque activité sociale que ce soit de peur d’être catégorisés, étiquetés «sidéens» et discriminés ou ridiculisés. Les regroupements de personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH) réclament déjà depuis quelques années que des traitements leur soient accessibles mais, jusqu’à présent, les gouvernements continuent à les classer comme relevant de l’esthétisme et donc, non gratuits. Pourtant, une gamme de produits existent et peuvent faciliter la vie des séropositifs, que l’on pense au New Fill, mais aussi à BioAlcamid, DermaLive ou DermaDeep… Cependant, ce n’est pas pour toutes les bourses… 

    Lorsque la lipodystrophie atteint la zone du visage, soit l’amaigrissement des joues, on appelle cela la lipoatrophie. Si l’on connaît désormais assez bien le Botox, qui sert à embellir et à rajeunir le visage — pour les femmes surtout, mais utilisé de plus en plus par des hommes — d’autres produits sont aussi en usage en Europe et aux États-Unis. Mais attention, s’il est bien courant de le voir injecté en France, le New Fill n’est pas encore officiellement accepté par Santé Canada ni par la FDA (Food and Drug Administration) des États-Unis. Et c’est le cas pour plusieurs de ces produits qui sont employés par les médecins, mais par la marge, par accès spécial auprès de Santé Canada. C’est notamment le cas du BioAlcamid. Ce dernier est utilisé par le Dr Yves Hébert qui a repris la clinique du Dr Michel Prescott.

    Le BioAlcamid vient d’Italie et existe depuis l’an 2000. Surtout associé aux soins de beauté, il est actuellement utilisé par une cohorte médicale de 2000 séropositifs afin d’en analyser les avantages et effets secondaires. «Avec le recul de cinq ans, on constate que les résultats sont généralement très bons et que, une fois injecté, on croit qu’il va rester pour une période de 7 à 10 ans. Donc, sa durée de vie est plus longue que celle du New Fill, dont les effets ne durent pas plus que deux ans», d’indiquer le Dr Hébert. Le BioAlcamid est un gel mou, encapsulé par du collagène, il contient beaucoup d’eau et est constitué de polymère. Il est donc différent du New Fill qui, lui, stimule la formation de collagène. Il nécessite un à deux traitements maximum coûtant chacun de 2 à 3 000 $, mais, pour les cas les plus lourds, il faudra débourser près de 5 000 $. «Au départ, c’est un plus gros déboursé, mais considérant le coût du New Fill, il est moins cher à long terme», de dire le Dr Hébert. En effet, il faudra injecter plusieurs fois le New Fill pour atteindre les résultats désirés. La procédure est simple, on l’injecte sous la peau et, doucement, avec les doigts, on le modèle, comme avec une pâte jusqu’à ce qu’il remplace tout le gras perdu. C’est donc comme une sorte d’implant. «C’est un produit drastique parce qu’il va créer une certaine inflammation pendant deux semaines; il y aura possiblement des bleus, jusqu’à ce que la peau l’ait bien assimilé n assimilé […] C’est pourquoi on prescrit aux patients des antibiotiques avant et après l’injection de BioAlcamid», explique le Dr Hébert.

    Le Dr Yves Hébert emploie également un autre traitement nommé DermaDeep. Plus cher que l’Alcamid, il a l’avantage de la discrétion, pour les patients qui veulent un effet graduel, qui va apparaître progressivement, d’une manière moins choquante. «Avec le DermaDeep, on y va au rythme du patient, on peut y aller étape par étape, on rembourre un peu plus à chaque fois, en douceur», dit ce médecin qui connaît bien la problématique du VIH puisqu’il a œuvré à la Clinique L’Actuel pendant quelques années tout en poursuivant sa pratique de l’esthétique. Bien qu’il ne l’utilise pas, le Dr Hébert mentionne également un autre médicament, l’Artecol, qui est encore peu connu.

    Du côté de la France, on apprenait par le magazine Têtu de septembre qu’un autre traitement, le Outline, fait en ce moment l’objet de recherche. Cet autre produit de comblement pour la lipoatrophie du visage est à l’étude par des dermatologues de la ville de Lyon qui suivent ainsi 81 personnes dans une recherche clinique (par compassion). Après six mois, il semblerait que le «Outline a montré des effets satisfaisants», peut-on y lire… C’est donc prometteur.

    Revenant chez nous, notons qu’un autre expert, le Dr François Laplante, de la Clinique médicale du Quartier latin, est aussi un des rares médecins de la région de Montréal à répondre aux besoins des séropositifs en effectuant des traitements pour contrer la lipodystrophie.

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