Mercredi, 29 juin 2022
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    Ken Monteith de la COCQ-SIDA, l’état des choses

    Depuis le 3 novembre dernier, Ken Monteith, jusque-là directeur d’ACCM, est assis dans le fauteuil de directeur général de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-Sida). À l’aube de 2009, Ken Monteith fait le point ici sur la situation du VIH au Québec et sur les défis qui attendent durant les prochaines années ceux qui œuvrent dans le domaine. Quelle est, selon toi, l’état actuel de la situation du VIH/sida au Québec ?


    J’ai trois réponses à cette question. Premièrement, au niveau de l’épidémiologie, il y a une augmentation des taux d’infection dans certains groupes, notamment les hommes gais/hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH), alors que d’autres groupes semblent maintenir des taux plutôt stables. Les ressources investies dans les activités de réduction des méfaits, surtout auprès des personnes utilisatrices de drogues injectables, continuent d’avoir des effets très positifs sur l’épidémie à l’intérieur de cette population et leurs proches. Il est temps d’investir davantage dans la prévention auprès des hommes gais/HARSAH sans toutefois désinvestir dans les autres ressources.


    Deuxièmement, depuis des années, il est évident que nous vivons à une époque de banalisation du VIH. Une banalisation véhiculée par les médias et appropriée par notre société, et même par les populations les plus touchées tels les hommes gais et les HARSAH. Le manque de conscientisation aux réalités du VIH et l’idée que le VIH est devenu une maladie facilement gérable contribuent au relâchement des comportements, ouvrant ainsi la porte aux nouvelles infections.


    Finalement, et paradoxalement par rapport au point précédent, il faut absolument souligner le phénomène de la discrimination et de la stigmatisation des personnes séropositives. Un phénomène qui se manifeste trop souvent par le rejet, l’exclusion, le congédiement ou le refus de certains services, les assurances par exemple. Il se manifeste, et ce, de plus en plus, en accusations criminelles, parfois reliées à des actes qui ne comportent aucun risque de transmission du virus.

    Tu dis qu’il faut investir davantage dans la prévention auprès des hommes gais; est-ce qu’il faut de nouvelles campagnes spécifiques ?
    Oui, il nous faut de nouvelles campagnes et des ressources. […] Nos budgets sont assez restreints, mais notre Comité HARSAH travaille déjà sur le dossier. Cette année, je sais que la campagne du ministère de la Santé s’adresse spécifiquement aux HARSAH, donc c’est un bon pas en avant. Mais il faudra faire pression sur le gouvernement pour qu’il dégage de nouveaux budgets pour faire de la prévention et de la sensibilisation auprès des hommes gais.

    Les cliniques médicales nous rapportent qu’il y a une augmentation des cas de VIH chez les jeunes, mais aussi chez les 35-55 ans… Est-ce que les cliniques rapportent une nouvelle réalité ?
    Nouvelle réalité ou réalité qui continue ? Oui, j’ai entendu des histoires de jeunes nouvellement diagnostiqués et les statistiques qui sortent du ministère de la Santé et des Services sociaux nous démontrent que le plus grand nombre d’infections se retrouve chez des hommes plus âgés que nous l’aurions pensé (chez les femmes, l’âge est un peu plus bas). Les hommes gais/HARSAH représentent encore plus que la moitié des personnes diagnostiquées […]

    Est-ce que tu penses que les dépendances à la drogue sont de plus en plus des facteurs de la prise de risque qui fait qu’on a du sexe sans condom ?
    Il est intéressant pour moi de voir que nous attendons des décisions éclairées dans des situations chargées d’émotion comme la sexualité. Si nous ajoutons des facteurs comme l’isolement, le manque d’estime de soi ou bien les drogues et l’alcool qui diminuent les capacités de discernement, il n’est pas surprenant que tous ces facteurs ou l’un d’entre eux puissent contribuer à l’augmentation de la prise de risque […]

    Qu’est-ce que tu te donnes comme mission à la COCQ-Sida ?
    La grande tâche qui s’impose, à la demande des organismes membres de la coalition, est l’organisation d’états généraux du mouvement de lutte contre le VIH/Sida. Après plus de 25 ans, où en sommes-nous ? Qu’est-ce que nous faisons ? Que devrions-nous faire de plus, ou faire mieux et comment ? Ce sont des questions auxquelles nous devons répondre afin de prendre la bonne route pour l’avenir.


    À un niveau plus pratique et concret, il m’importe de soutenir la diversité des actions des groupes membres de la COCQ-Sida et de les encourager à collaborer entre eux et avec leur Coalition afin d’avoir un plus grand impact sur le terrain. Nous allons poursuivre nos diverses activités de développement de connaissances et de compétences auprès des intervenants des groupes membres […]


    Il demeure important que la population visée par les actions des organismes, que ce soient des personnes vivant avec le VIH ou des personnes ciblées par des actions de prévention, aient la chance et l’intérêt de participer, à tous les niveaux, à la vie et au développement de l’organisme. Après tout, les organismes appartiennent à leurs communautés et nous voulons tout faire pour soutenir ce niveau d’implication chez nos membres.

    Il y a aussi de plus en plus de cas de «criminalisation» de la transmission du VIH au Canada. Est-ce inquiétant ?
    Fortement inquiétant. Le droit criminel est un instrument lourd qui ne fait pas grande distinction lors de son application. Il peut y avoir un rôle pour le droit criminel dans les cas extrêmes, mais ces cas sont beaucoup plus rares que le nombre de poursuites acceptées par les tribunaux. Le droit criminel est devenu un instrument de vengeance, ce qu’il ne devrait jamais être.
    Nous avons eu, cette année, le cas d’une femme séropositive accusée d’agression sexuelle et de voies de fait grave suite au non dévoilement de son statut sérologique auprès d’un partenaire sexuel. Le juge, ayant reconnu chacun des partis non crédibles, a tout de même inféré l’absence du condom et a trouvé cette femme coupable sur les deux chefs. Peu importe qu’il s’agit d’un seul acte qui a eu lieu voilà plus de quatre ans, peu importe que les deux aient poursuivi une relation pendant des années suite à cet acte et après que cette femme ait dévoilé son statut sérologique positif, soit dès la deuxième rencontre […] Notre société fait très peu pour réduire la stigmatisation du VIH, mais elle attend que les PVVIH dévoilent leur statut sérologique et s’exposent à la discrimination. Non, ça ne veut pas dire que les PVVIH ne doivent pas dévoiler leur statut sérologique ou prendre les précautions qui s’imposent pour protéger leurs partenaires. Mais la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des PVVIH. Ça fait plus de 25 ans que notre société connaît le VIH et connaît aussi les moyens de se protéger et de protéger les partenaires. Où est la responsabilité du grand public de se protéger et de protéger les partenaires ? Où est sa responsabilité de protéger les droits des plus stigmatisés ? André C. Passiour

    Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ – sida) 1, rue Sherbrooke Est, Montréal T 514-844-2477

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