Lundi, 27 juin 2022
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    Souvenirs et paillettes — Entrevue avec Luss Martin

    On n’entend pas beaucoup parler de lui, pourtant Luss Martin poursuit paisiblement une longue carrière de personnificateur féminin qui se célèbre en décennies… Plus de quatre pour être exact, puisque celui-ci fête ses 45 ans de vie artistique ! Le 27 août prochain marquera ainsi officiellement 45 ans de carrière puisqu’il a fait ses débuts sur les planches du Cabaret PJ’s, situé sur Peel, c’était le 27 août 1970 ! Et Luss Martin n’est pas prêt à remiser ses costumes et à prendre sa retraite définitivement !

    Mais d’où vient ce nom-là de «Luss Martin» ? Ah, c’est une bonne question. «Lorsque j’ai commencé à faire des spectacles, à l’époque, j’avais deux artistes préférées, il y avait Luce Guilbeault [comédienne et actrice décédée en 1991] et la chanteuse Nicole Martin… Entre temps, en 1975, sortait le film Ilsa la louve des SS, alors j’ai fini par écrire le nom Luss, avec deux s. C’est donc sous ce nom que j’ai débuté ma carrière et cela continue aujourd’hui», de dire avec un brin d’humour ce personnificateur féminin.

    Luss Martin au Rocky en 2008

    Parler avec Luss Martin c’est revivre tout un pan de l’histoire des cabarets de Montréal et du Québec puisqu’il a souvent été sur les routes de la province, invité à diverses festivités, spectacles et concours. Il a côtoyé les Armand Monroe, Jean Guilda et Lana St-Cyr, ces deux-là étant partis rejoindre d’autres cieux il y a quelques années déjà…

    Originaire de Saint-Paul du nord, sur la Côte-Nord, Luss Martin quitte son village natal pour pouvoir mordre dans la vie à pleines dents et devenir personnificateur. «Faire des spectacles, monter sur scène, interagir avec le public, c’était mon rêve… J’avais vu Guilda en 1968 à Forestville, c’était un gars qui s’habillait en femme et qui chantait ! J’étais émerveillé. Je me suis dit voilà, c’est ça que je veux faire. Un an plus tard presque, en 8e année, je disais tout haut à la classe ce que je voulais faire. Évidemment, les autres voulaient être médecin, avocat, etc. donc ils ont ri lorsque je leur ai expliqué que je voulais faire comme Guilda. Alors j’ai pris mes affaires, je me suis levé et je suis parti. J’ai travaillé quelques mois dans un bar de danseuses nues de la région et, le 21 janvier 1970, j’ai pris l’autobus et je suis arrivé à Montréal à minuit ! Je suis parti de Saint-Paul du Nord, j’avais 15 ans, je croyais que j’étais le seul au monde à être gai là-bas, j’ai bien vu en arrivant à Montréal que je n’étais pas seul…»

    50 ans de Luss Martin à L’Entrepeau

    Malgré son jeune âge, il ne tarde pas à fréquenter les personnificateurs et les artistes de cabaret du moment. C’est ainsi qu’il devient l’un des amis du légendaire Armand Monroe et que, pour la fête de ce dernier, il s’habillera en femme pour la première fois et gravira les marches de l’estrade… La suite est un enchaînement de contrats et de clubs qui ouvrent et qui ferment : il est sacré «Miss Cléopâtre» en 1977 (l’année de la descente du TRUXX); puis le premier Entre-Peau, sur la rue des Carrières, en 1979, avec Jean Guilda; puis il fait le Salon Bleu, en 1984, avec le défunt Vicky Richard ; en 1985 il sera de la partie avec Anita et Mimi de Paris au club La Différence avant que celui-ci ne devienne le Sans Limites, un club de danseurs nus. Luss Martin ouvre aussi le Bulu (1454, Sainte-Catherine Est), en dessous de La Différence, c’était un club de personnificateurs féminins. Mais ce bar, ainsi que La Différence/Sans Limites, fermeront leurs portes pour faire place plus tard au… Complexe Sky ! Il sera aussi des planches du Blue Boy qui deviendra peu de temps après le 2e Entre-Peau (aujourd’hui le Cabaret Mado) de Richard Leblanc… Et la liste se poursuit ainsi pendant ces décennies… Il ne faut pas oublier le bar Venus à Québec. «C’était une époque extraordinaire, on avait du plaisir, j’ai toujours aimé le public, j’ai toujours été respectueux envers lui, car c’est lui qui nous fait vivre. C’est pour ça que cela a toujours été important pour moi de saluer les gens, de parler avec eux et de leur faire sentir qu’ils sont importants, car ils le sont. J’ai toujours été très proche du public», avoue Luss Martin.

    50 ans de Luss Martin 2003 à L’Idem

    Petite anecdote en passant… Il a été Miss Saguenay en 1976 pendant une demi-heure. «J’ai été couronné et, une demi-heure plus tard, la police rentre dans le bar, c’était une descente et ferme le bar! C’en était fini!», dit aujourd’hui en rigolant Luss Martin qui fait, également, de l’esthétique depuis 30 ans maintenant.

    Miss Cléo en 1977

    Mais d’où vient cette passion pour le spectacle, pour la scène ? «Ma mère m’a appris à danser le cha cha, je n’avais que six ans. Je tenais de mon père qui vivait de danser la claquette dans une troupe qui faisait des tournées. Donc, j’ai ça en moi depuis que je suis très jeune», dit Luss Martin. Ginette Reno, Pier Béland, Diane Dufresne, Michel Richard, etc., Luss Martin a personnifié ainsi la plupart des divas québécoises. Mais il a ses préférées, comme Ginette Reno et Alys Robi…

    La longévité de Luss Martin s’explique aussi par son professionnalisme. «Certains me critiquent parce que je suis rigide, mais je suis quelqu’un de professionnel, je n’aime pas lorsqu’on boit ou qu’on se drogue et qu’on monte sur scène pour s’adresser au public comme certains le font. Ça ne fonctionne pas avec moi, j’aime que l’on soit professionnel et que l’on respecte le public en lui présentant de beaux numéros et que cela soit le mieux organisé que possible…»

    INFOS | Luss Martin sur www.facebook.com/lussm

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