Mardi, 28 septembre 2021
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    Claude «Réglisse» Barabé tourne une page dans sa carrière

    Après une quinzaine d’années à faire partie de la famille du Drague Cabaret Club presque au quotidien, Claude Barabé a décidé de marquer une coupure dans son parcours professionnel en abandonnant son titre d’animatrice maison. Réglisse aura encore des contrats au Drague, mais à titre d’artiste indépendante, sans loge privée sur place. Fugues en a profité pour réaliser une entrevue avec ce personnage qui n’a pas la langue dans sa poche.

    Claude Barabé est né dans le secteur Courville de l’ancienne ville de Beauport il y a 47 ans. À 16 ans, il suit sa mère à Shawinigan avant d’entamer un DEC en sciences humaines. « J’ai toujours eu de la misère à l’école, mais personne ne comprenait pourquoi. Un jour, en regardant une vieille émission de Janette Bertrand sur la dyslexie, j’ai su que c’était mon cas. J’ai vu un spécialiste qui a confirmé le diagnostic il y quelques années seulement. » raconte Claude Barabé. Voilà qui explique les difficultés de Réglisse quand vient le temps du lipsynch en anglais! 

    La vie à Shawinigan n’a jamais plu à Claude Barabé. Et trouver un travail s’est avéré très ardu. Dès son arrivée en Mauricie, Claude a déclaré qu’il allait retourner à Québec. Quand une sortie scolaire le ramenait dans la capitale, il pleurait lors du chemin de retour. C’est la fermeture d’une station de radio locale et l’accession de Jean Chrétien, député de Shawinigan, au poste de premier ministre du Canada qui vont finalement motiver son départ en 1993. De retour à Québec, Claude Barabé s’établit dans Saint-Jean-Baptiste sans savoir qu’il s’agit du faubourg le plus gai de la ville. « J’ai été attiré par l’énergie du quartier. Je vais toujours habiter ici, c’est chez moi. » explique celui qui a proposé un projet au Comité populaire Saint-Jean-Baptiste peu après son retour. Claude y a travaillé en tant qu’organisateur communautaire pendant trois ans en cherchant à améliorer le sentiment de sécurité et d’appartenance des résidents envers les lieux du quartier. En parallèle, il s’est impliqué au sein du Magaizine, de la Coalition gaie et lesbienne du Québec et de la toute première Fête Arc-en-ciel en 1998 sur les Plaines d’Abraham.  

    À travers ses engagements grandissants au sein de la communauté gaie de Québec, Claude Barabé a  travesti le personnage de clown Réglisse qu’il avait créé pour des contrats d’animation à Shawinigan. Petit à petit, Réglisse est devenu une drag queen! D’abord au Pub du Carré, puis au 321 et au 889. En 1999, le Drague est venu le chercher pour en faire son animatrice maison, un poste qu’il a occupé pendant une quinzaine d’années presque sans interruption. Avec le temps, il a également porté les chapeaux de directeur artistique et de responsable du marketing, siégeant au comité de direction du Drague. Puis, il y a quatre ans, Claude a fait une « écoeurite » et a voulu changer de vie. Il s’est inscrit à un cours en intégration web au Collège O’Sullivan et a tenu une vente de feu de ses costumes. Mais on ne se débarrasse pas de Réglisse si facilement! Après réflexion et après discussion avec son collègue personnificateur féminin Michel Dorion, Claude Barabé a compris que Réglisse ne mourra jamais et qu’il fera du spectacle au moins jusqu’à 60 ans. « Après un an d’absence, j’ai racheté tous mes plus beaux costumes. J’ai tordu le bras des drags queens à qui je les avais vendus! » se souvient-il en riant. 

    Alors, pourquoi annoncer à nouveau une forme de départ? « Je veux que Réglisse serve à payer mes loisirs et mes voyages et non plus mon loyer et mon épicerie. » Ces jours-ci, Claude Barabé travaille d’ailleurs comme conseiller chez Créations Face à Faces, le grand magasin de costumes de son ami Patrick Lavallée dans Limoilou. «Les spectacles au Drague, c’est plus ce que c’était. La pression a monté et les clients passent leur temps sur leur téléphone en regardant à peine la scène. Pour les drags, les applaudissements et l’amour du public, c’est fondamental. » déplore Claude. Ajoutons à cela que la mode est aux chorégraphies élaborées et que matante Réglisse n’a jamais été très douée en danse. « Je pars dans l’harmonie et je suis très reconnaissant envers les patrons Pierre L’Heureux et Sylvain Bourgault. Je leur ai donné beaucoup et ils me l’ont bien rendu. » 

    Réglisse n’abandonne pas son statut de reine-mère des drag queens de Québec. Elle prendra encore plaisir à conseiller et à accompagner les artistes de la relève. Elle animera d’ailleurs la soirée « Les auditions d’une star » le vendredi 20 novembre prochain au Drague. Visitez la page Facebook Réglisse Québec pour vous inscrire à cette activité de recrutement de nouveaux personnificateurs féminins. Par ailleurs, Claude a beaucoup apprécié ses expériences d’animation pour Fierté Montréal et pour la Fête Arc-en-ciel de Québec cet été et il est fort probable qu’il récidive l’an prochain. 

    Parmi les autres expériences que Claude Barabé répéterait n’importe quand figure son séjour de huit mois en France, pays d’adoption de ses idoles Annie Cordy et Dalida. En 2001, après avoir passé une audition à Québec pour les Folies de Paris à Lille, il a reçu un appel lui annonçant que son avion s’envolait quelques heures plus tard! « J’ai dit oui sans hésiter. C’était mon premiervoyage à vie. J’ai trouvé que les Français étaient comme moi : ils parlent fort, ils ont des idées, ils marchent vite. Je me suis créé des contacts très rapidement et j’ai pris l’accent français en un temps record. Je suis un vrai camé-léon!» dit-il. Il faut dire que la reconnaissance des personnificateurs est beau- coup plus grande chez nos cousins. « On m’avait dit que le statut d’artiste était très valorisé là-bas. J’y croyais pas trop, mais on passait effectivement devant les autres dans les commerces et on avait du vin gratuit! » 

    Côté vie privée, Claude Barabé demeure un éternel célibataire. « C’est un choix de vie que j’ai fait. Les gars ne veulent pas sortir avec une drag queen alors j’ai des amants. » On peut aussi parier que ses prises de position tranchées l’éloignent des amoureux potentiels qui n’aiment pas les débats d’idées. Car Claude a toujours milité. Membre du Parti québécois depuis ses seize ans, il a été bénévole pour Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau, et pour Christiane Gagnon, ex-députée bloquiste de Québec, et il se fait un devoir d’aller voter. Comme le dit si bien Réglisse sur scène : « Occupez-vous de la politique, sinon c’est la politique qui va s’occuper de vous! » À l’échelle municipale, Claude aime beaucoup Régis Labeaume. « Il a le même manque de tact que moi, mais il fait avancer les choses, il passe à l’acte. Il y a un momentum et je vois des jeunes gais qui s’étaient exilés à Montréal revenir à Québec. Bravo! »  

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