Jeudi, 16 septembre 2021
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    Jocelyn Lebeau et Martin Proulx : Le dynamique duo

    Hyperactifs? Je les soupçonne de l’être. Verbomoteurs? Ça, c’est certain! Après une heure passée avec Jocelyn Lebeau et Martin Proulx, le dynamique duo humoristique derrière les émissions « Le 16 heures » et « Ça fait un bye! », je repars, tombé sous le charme de leur humour autant que de leur intelligence. Compte-rendu d’une rencontre qui oscillait entre une sitcom comique et un épisode de « Parler pour parler»!

    Sortez-vous ensemble? Avez-vous déjà été un couple?

    JOCELYN : Non! On s’est même jamais touché!

    MARTIN : C’est une belle histoire que la nôtre et probablement la seule histoire du Village…

    JOCELYN : …où il n’y a pas eu de contacts physiques! Bon, y’en a eu dans le cadre de sketchs, mais jamais dans l’intimité!

    MARTIN : On marche ensemble devant le sauna à tous les jours mais on n’arrête jamais! (rires)

    Comment vous êtes-vous rencontrés?

    JOCELYN : C’est en 2007, au Théâtre de la Ville, à Longueuil. On était tous les deux étudiants et on travaillait là. Moi, comme gérant de salle et Martin, comme placier. Aussi, on avait une amie commune : Léane Labrèche-Dor. Les astres étaient alignés pour qu’on se rencontre.

    MARTIN : Oui, Mercure était en rétrograde!

    JOCELYN : (rires) Je trouve Martin drôle depuis le jour 1 de notre rencontre.

    MARTIN : Jocelyn est mon meilleur public! Les journées où je me trouve ben plate, je l’appelle, j’y raconte 3-4 affaires, pis il rit!

    JOCELYN : En tournée, après les shows, y’a des fois que je me roulais à terre dans notre chambre d’hôtel. Je braillais de rire.

    MARTIN : Moi, après être monté sur scène, je peux pas me coucher. Faut que je continue à cabotiner. J’ai tellement besoin d’attention!

    Martin, 27 ans, et Jocelyn, 31 ans, ont parcouru le Québec l’hiver dernier avec leur spectacle « 2015 dans le tordeur », une revue de l’année humoristique mêlant parodies, musique et vidéos humoristiques, le tout dans une formule cabaret. Dix-sept représentations à enfiler costumes et perruques pour se moquer des événements marquants de 2015.

    Comment en êtes-vous venus à faire des imitations, à vous lancer dans le monde de l’humour?

    MARTIN : Tout a commencé en 2012, en face d’ici, au resto qui s’appelait le Steak Frites. C’est là que j’ai fait ma première imitation d’Anne-Marie Dussault. Je commandais ma salade en imitant l’animatrice de Radio-Canada. Et c’est là que Jocelyn a lancé « Pourquoi on ferait pas des capsules vidéos ? »

    JOCELYN : C’était tout de suite après les manifestations étudiantes du printemps érable. On faisait partie des jeunes mobilisés. Comme y’avait des élections provinciales prévues en septembre, on s’était dit qu’on pourrait mixer notre désir de faire rire les gens tout en s’impliquant socialement dans le débat politique. On a commencé à filmer des petites vidéos chez moi, dans mon loft. On a partagé ça sur notre chaîne Youtube sous le nom «Projet 4 septembre ». On se disait que s’il y avait 500 personnes qui regarderaient nos clips, on serait contents. Finalement, Dominic Arpin et même Anne-Marie Dussault en ont parlé à la télé. On s’est couchés avec 500 vues et quand on s’est levé, le compteur était à 15 000 vues! On faisait ces vidéos avec les moyens du bord. Par exemple, la perruque d’Anne-Marie Dussault était frisée non pas parce dans la vraie vie, ses cheveux le sont, mais parce que c’est tout ce qu’on avait sous la main!

    MARTIN : Moi, en même temps, je commençais à travailler pour un cabinet d’avocats.

    JOCELYN : Il venait de finir le Barreau. Je peux le dire parce qu’il ne le dira pas : il a fini premier de sa cohorte. C’était le meilleur nouvel avocat au Québec! Donc, au moment de faire ces premières imitations en vidéo, Martin commençait un emploi dans un cabinet d’avocats. Son histoire est extraordinaire!

    MARTIN : Je suis entré le matin. Tout le monde au bureau avait reçu un courriel annonçant mon arrivée. À peine entré, on demande à me rencontrer. Pendant l’entretien, on me parlait de mes perruques que je mettais pour faire mes imitations! Je leur ai dit : « I love my wigs » ! J’ai demandé s’il y avait un malaise. On m’a répondu que oui. Alors, je suis sorti réfléchir dehors. J’ai appelé maman. Elle m’a conseillé de quitter ce cabinet-là. Je suis remonté et j’ai donné ma démission.

    JOCELYN : Donc, la même journée, les employés de ce cabinet d’avocats recevaient un autre courriel qui annonçait cette fois-ci le départ de Martin! (rires)

    MARTIN : On s’est laissés en bons termes. Ensuite, j’ai sonné à la porte des « Productions J ». Je les ai même harcelées pour travailler là. Ils m’ont finalement offert une job de stagiaire en droit. À un moment donné, Julie Snyder, qui était la présidente de cette boîte de production, a compris que c’était moi qui imitais Céline Dion, Anne-Marie Dussault et les autres. Elle a capoté ! Elle s’est assise sur mes genoux et (ici Martin prend la voix de Julie): « Wow! C’est toi qui as imité Léo Bureau-Blouin (Martin imite le rire de Julie). »

    •••

    Encore une fois, les astres devaient être alignés, car après une visite à Télé-Québec, Martin et Jocelyn tombent en mode création pour produire des capsules humoristiques web hebdomadaires, «Jeudi 16 heures», sous la houlette de deux productrices aguerries : Julie Snyder et Marie-France Bazzo. « On a connu un bon succès!, dit Jocelyn. Les gens embarquaient dans nos niaiseries. On a même eu des caméos de Céline Dion et Janette Bertrand. » Ensuite, les capsules sont devenues quotidiennes sous l’appellation «Le 16 heures». Les nominations aux Olivier et aux Gémeaux ont suivi.

    •••

    C’était votre rêve de gagner votre vie en humour?

    MARTIN : Moi, je pensais jamais faire de l’humour plus vieux! Je voulais devenir chanteur populaire! Faire le Stade de France comme Céline Dion! Je voulais faire du showbiz. Je trouvais que c’était un monde fascinant. Après, j’ai voulu être pilote d’avion… c’est là que j’ai été médicamenté pour la première fois (rires). Finalement, j’ai fini comme avocat… qui fait des shows avec des perruques!

    Enfant, j’imitais Céline. J’ai toujours imité mes profs d’école. On me voyait aller et on me demandait pourquoi je ne voulais pas devenir comédien. Je ne voulais pas jouer au théâtre, je ne voulais pas faire de figuration, ni jouer dans « 30 vies ». Pourquoi? Parce que ça me rend complètement insécure! Je viens d’un milieu relativement bourgeois. Moi, j’ai besoin d’avoir un revenu annuel stable. J’assume ça complètement, ça fait partie de moi. J’ai besoin de cette stabilité qui me permet, après coup, de m’éclater en faisant du cabaret, de porter des perruques.

    JOCELYN : Moi, j’ai toujours eu une fascination pour le monde des arts et de la culture. À 5 ans, j’ai traumatisé mes parents en leur di-sant que je voulais animer l’émission culturelle « Les beaux diman-ches »! D’ailleurs, enfant, j’ai rencontré Henri Bergeron, l’animateur de cette émission. Je me rappelle lui avoir dit « Moi, quand je serai grand, je vais être comme vous! » et il m’avait répondu : «Crois en tes rêves!» J’ai fait mon bac en télé à l’UQAM et ensuite, j’ai étudié en théâtre. Et depuis ce temps, je touche à tout : la télé, la radio, la scène. L’été dernier, j’ai créé la pièce de théâtre « Y paraît », une réflexion sur la génération Y. J’ai vraiment un plaisir à faire tout ça!

    MARTIN : On est de cette génération où tu ne fais pas qu’une carrière. On se fait souvent dire qu’on devrait faire des choix professionnels. Moi, j’ai le goût de faire tout ce que j’aime. Ma job, c’est d’être le meilleur avocat quand je suis avocat et le meilleur cabotineur quand je fais rire dans des sketchs vidéos ou sur scène.

    JOCELYN : On est particulièrement heureux de faire de la scène, car ça réunit tout ce qu’on aime : animer, chanter, parodier…

    MARTIN : C’est le lieu idéal pour séduire et accrocher les gens. Une fois séduits, ils se rappellent de toi, même plus que sur le web ou à la télé. Après deux années à monter «Dans le tordeur», on a confian-ce de faire une nouvelle production de cette revue de l’année. Et pourquoi pas une formule semblable mais à d’autres moments dans l’année? Ça serait bien de jouer dans le Village. Notre style d’humour marche beaucoup auprès des gais.

    JOCELYN : Oui! On se fait reconnaitre beaucoup dans le Village! Beaucoup de gais nous suivent!

    Jocelyn Lebeau et Martin Proulx photo Philippe-Olivier Contant

    Martin, tu as déjà parlé de ta sortie de placard dans le livre de Robert Pilon « Modèles recherchés ». Jocelyn, je me trompe ou tu t’es fait plus discret sur le sujet?

    JOCELYN : J’étais pas prêt à faire de coming out à ce moment. Moi, j’ai pas eu de sexualité avant l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir eu d’amoureux quand j’étais ado. J’avais un blocage. Je ne sais pas d’où ça vient. J’avais peur que mon père policier ne soit pas ouvert à ça. J’en avais mal au ventre tellement le secret était lourd à porter. Mon plus grand rôle de comédien aura été de jouer le straight pendant toute mon adolescence. À un moment, je me suis dit, faut que je le dise sinon je vais me tirer une balle. Je me rappelle être allé souper chez mes parents. Moi qui suis très verbomoteur, là, je ne parlais pas. J’étais sur le point de partir quand ma mère m’a demandé : « Qu’est-ce que t’as? ». Je me suis mis à pleurer. J’ai finalement réussi à leur dire. Et c’est là que ma mère s’est écrié : « Oh! Mon dieu! Il le dit enfin! » C’est bizarre à dire, mais c’est comme si ça me donnait une légitimité pour ensuite aller vivre ma vie de gai. Mais ça m’a pris un certain temps d’avoir des repères, de vivre cette vie-là, j’étais comme un enfant dans un corps d’adulte.

    MARTIN : Moi, je ne l’ai jamais vraiment caché, mais je n’ai jamais fait de conférence de presse. Robert Pilon m’avait approché pour que je témoigne dans son livre. J’ai parlé avec lui pendant quatre heures, à me rappeler pour la toute première fois de ma vie, comment ça c’était passé. Finalement, c’est comme une thérapie gratis que j’ai eue! (rires)

    C’est vraiment simple comment ça s’est passé. Je venais d’avoir 14 ans, j’ai dit à ma mère : « J’ai quelque chose à te dire » et elle m’a répondu « Je le sais que t’es gai! » Ça a été tout! Tout ça dans l’indifférence, dans la normalité.

    Céline Dion et Martin Proulx

    Je me rappelle avant ça, au début du secondaire, je portais des baggies, j’avais de la barbe, j’étais chill. Je poignais avec les filles, j’avais des blondes. J’écoutais du hip hop à l’école, mais dès que je mettais les pieds chez nous, j’écoutais du Céline Dion! Du jour au lendemain, en secondaire 3, j’ai eu un chum! J’ai tout jeté mon linge et je suis allé me refaire une garde-robe dans une boutique Buffalo. J’ai changé ma coupe de cheveux : je me suis fait faire un balayage blond! Moi qui avais passé tant d’années à entretenir le mythe d’un gars que j’étais pas, fallait que ça se termine par ce geste d’éclat : un balayage! J’ai eu un chum. Il était en secondaire 5, deux ans plus vieux que moi. J’arrivais main dans la main avec lui à l’école. Je l’ai même accompagné au bal des finissants.

    •••

    Martin raconte avec moult détails cette partie de son adolescence. Je suis tellement absorbé par ses histoires que je ne remarque pas que mon enregistreur a profité de mon inattention pour mourir devant moi. Kaput. Plus rien n’enregistre. De son premier chum, on est rendus à parler de son désir d’expérimenter la sexualité avec une fille. Impossible de vous le citer dans ses propres mots. Tout ce que je me rappelle, c’est que c’est sa bonne amie, la comédienne Léane Labrèche-Dor qui lui a permis de vivre cette expérience. Et qu’il est content d’avoir pu vivre ça avec son amie de longue date. Jointe après l’entrevue, Léane précise : « Je suis très heureuse d’avoir fait l’amour avec Martin! C’est même quelque chose que je trouve beau!»

    Retour au café avec les deux gars. Je remets une nouvelle pile dans l’enregistreur et l’entrevue se poursuit. Jocelyn ajoute : «Des fois je me dis que je devrais faire comme Martin et essayer avec une fille! »

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    Après l’amour, revenons à l’humour! Qui ont été vos idoles en humour?

    MARTIN : Moi, j’ai jamais trippé sur l’humour. Mon idole, c’était Céline! Finalement, c’est peut-être une humoriste malgré elle! Blague à part, si je m’arrête à y penser, je peux dire que j’aimais beaucoup plus les politiciens quand j’étais jeune. J’ai une fascination pour Pauline Marois. Les femmes au pouvoir m’ont toujours fasciné, tout comme les femmes d’action.

    JOCELYN : Oui! Il trippe sur Lady Di! Moi, parmi les humoristes qui m’ont inspiré, y’a Dominique Michel dans les Bye Bye qui me faisait mourir de rire. J’adore aussi Jim Carey, car il est capable de me faire rire dans le rôle d’Ace Ventura et de m’émouvoir dans ses films sérieux. C’est un peu moi ça, le clown triste. Un autre artiste que j’aime, c’est Fred Pellerin. Il raconte ses histoires et, à la fin, tu pleures alors que t’as ri tout le long avant. Cette frontière m’intéresse beaucoup.

    Quels sont vos projets?

    JOCELYN : Dernièrement, on a fait huit épisodes de l’émission humoristique « Ça fait un bye ». On est en attente de savoir si on aura une deuxième saison. Aussi, on compte bien refaire, pour une troisième année consécutive, notre revue de l’année « Dans le tordeur ».

    MARTIN : On a tellement d’idées! C’est certain qu’on va proposer d’autres projets. Et pourquoi pas faire du stand-up dans le Village? Je suis convaincu que ça marcherait!

    « Ça fait un bye » Première saison disponible gratuitement sur ICI Tou.TV.

    ICI ARTV présentera le format de 30 minutes les dimanches du 27 mars au 17 avril à 22 h.

    Le 16 heures : le16heures.telequebec.tv

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