Vendredi, 12 juillet 2024
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    Michel Robidas, l’infatigable créateur

    Pendant de nombreuses années, il a créé des costumes extravagants pour la télé et la scène. Il a habillé les plus grandes personnalités dont Diane Dufresne et Julie Snyder. Aujourd’hui, il accepte de se mettre à nu et de parler de lui. Portrait de Michel Robidas, un créateur pas comme les autres.

    Attablé à la foire alimentaire de la Place Versailles, il me raconte toutes ces années à créer des costumes avant de s’arrêter et de résumer son parcours ainsi : « Quand je travaille, je suis encore le p’tit gars qui veut bricoler. C’est fou comme je suis pas loin de ce p’tit gars-là! »

    À 73 ans, Michel Robidas n’a pas fini de nous impressionner. Ses créations pour Julie Snyder et Diane Dufresne font l’objet d’expositions cet été et cet automne. Il sera aussi styliste pour le spectacle Beau Dommage symphonique, mis en scène par Michel Poirier. « Je pense que je vais arrêter quand je vais être malade ou trop fatigué ». Michel Robidas: l’infatigable créateur!

    L’enfant
    Déjà enfant, il adorait le bricolage. Il aimait créer des poupées pour les sœurs de ses amis, m’avoue-t-il. Il se rappelle du temps qu’il passait, avec sa mère, à magasiner tissus et patrons. « Quand j’étais petit, je m’asseyais à côté d’elle quand elle cousait. je la regardais faire. J’aimais cette idée de voir quelque chose de plat qui se transforme en trois dimensions, qui bouge, qui vit. C’était de la magie à mes yeux ! J’ai appris ça de ma mère, de bien travailler », me dit-il en me montrant une photo récente de lui et sa mère, maintenant âgée de 95 ans.

    L’aîné d’une famille de cinq enfants se rappelle des célébrations de l’Halloween dans le quartier de son enfance, Rosemont: « J’aimais pas ça passer l’Halloween. Je préférais décorer chez moi et donner des bonbons. Et t’avais intérêt à avoir un beau costume si tu voulais que je te donne des bonbons! » s’exclame-t-il en riant.

    À l’école ? « J’étais bon dans tout ce que j’aimais mais poche… dans tout ce que j’haïssais! Ça faisait des bulletins très moyens. » Amoureux de littérature, des arts, de géographie et d’histoire, Michel détestait les mathématiques et la science. « Mon père était un gars de sport et j’avais moins d’affinités avec lui » se souvient-il. J’étais beaucoup plus près de ma mère parce qu’on avait des intérêts communs, comme la littérature. »

    C’est à l’âge de 18 ans que Michel annonce à ses parents qu’il désire aller étudier en couture. L’orienteur scolaire le décourage. Mais voilà qu’après une année de cégep en sciences
    et lettres, Michel décroche et s’inscrit… en couture. « Je voulais être Yves Saint Laurent. »
    C’est le début de sa vie professionnelle.

    Vie amoureuse
    Alors qu’il commence son premier emploi dans une compagnie de vêtements pour enfants à Dorion, il se fait montrer la porte de la maison familiale. La raison? Sa mère avait découvert des lettres d’amour dans son bureau. « Elle était fâchée. Elle m’a dit: “Tu vas devoir quitter la maison” ». Et de qui provenait ces lettres? De son amoureux qu’il avait rencontré à Montréal: Douglas Léopold. « C’était avant qu’il soit connu, qu’il se fasse appeler Coco Léopold. Il était beaucoup plus jeune. Il était vice-recteur du département de musique à l’Université McGill. »

    Michel ne s’en cache pas, à cette époque, il avait des chums, des blondes. C’était dans l’air du temps! « Je suis de la génération faites l’amour, pas la guerre. » La chanson qui illustre bien ça, c’est celle de Jean-Pierre Ferland: Swingnez votre compagnie. Michel chantonne: Les hommes aux hommes, les femmes aux femmes. Les hommes aux deux, les femmes aux trois. Quand j’dirai go,mélangez-vous et puis swingnez votre compagnie.

    En 1973, il se marie avec son amoureuse du moment. Sa mère lui demande le matin des noces: « Pourquoi tu te maries? », connaissant le passé de son fils. Michel ne regrette pas sa décision. De cette union, naîtront deux filles. Aujourd’hui, Michel est fier de dire qu’il est grandpapa de cinq petits-enfants.En 1980, le couple se divorce. Aujourd’hui, il est en couple depuis plus d’un an avec son amoureux, Danny. C’est d’ailleurs en voyant une photo du couple sur Facebook que l’idée m’est venue d’approcher Michel pour lui proposer cette entrevue. Question de faire un retour sur sa vie personnelle et professionnelle.

    Habiller les stars
    « Ce qu’on entendait vers la fin des années 80, c’est que c’était un signe de réussite pour un chanteur ou une chanteuse au Québec d’avoir été habillé par Michel Robidas » avoue-t-il sans fausse modestie.
    Michel fait ses débuts comme habilleur et ensuite assistant puis finalement dessinateur à Radio-Canada, de 1974 à 1996. Il travaille sur différentes séries (Duplessis, Laurier, Montréal P.Q.), sur des variétés musicales (avec Diane Dufresne, Céline Dion et bien d’autres) et aussi pour les revues de fin d’année, les fameux Bye! Bye!

    « Mon métier a pu combiner mes trois passions: la littérature, les arts visuels et la mode. Faire des costumes, c’est un mélange de tout ça! Parce qu’ au départ, tu travailles sur des textes qui t’inspirent. Ensuite, tu dessines les maquettes des costumes, ce sont comme des tableaux. Finalement, tu fais le vêtement. Cette partie, c’est le métier de la mode pour moi », explique-t-il avec autant de passion qu’il avait à se remémorer les moments passés à côté de sa mère qui cousait.

    En 1996, les coupures budgétaires à Radio-Canada l’incitent à quitter son poste : « J’avais 46 ans, et là, tout ce qu’on m’offrait à Radio-Canada, c’était d’habiller des lecteurs de nouvelles pour les 20 prochaines années. »

    Julie Snyder
    En 1997, il retrouve Julie Snyder à l’émission Le Point J (TVA), animatrice pour qui il avait créé plusieurs costumes alors qu’elle animait L’enfer c’est nous autres (Radio-Canada). « T’as beau avoir des idées, ça prend des gens qui vont les mettre en valeur ». Julie est une de ces muses.

    D’ailleurs, une exposition de la collaboration entre Michel et Julie se tient au Centre d’art Diane-Dufresne à Repentigny jusqu’au 29 septembre 2024. « Il y a un certain temps, Julie m’a donné un coup de fil, car elle voulait se débarrasser des costumes qu’elle avait encore. Et presque au même moment, la directrice du Centre d’art Diane-Dufresne me demandait si j’aimerais faire une exposition sur le thème des costumes de Julie. »

    Au moment de l’entrevue, Michel travaillait à mettre la touche finale à l’exposition Michel
    Robidas pour Julie Snyder – 30 ans de costumes fous se veut ludique, drôle et créative.
    Replonger dans ses anciennes créations comporte une part de surprise: « Je l’avais habillée comme un feu de la Saint-Jean à L’enfer c’est nous autres. Julie portait une robe de feu et de bûches. Quand j’ai revu le costume, je me suis dit, que ca faisait … Jeanne d’Arc au bûcher. Mais au moment de la création, personne n’a jamais pensé à ça. » Cette robe lui a même inspiré un atelier qu’il animera durant l’exposition: comment restaurer un costume. Attendez-vous à recréer des bûches en feu!

    Diane Dufresne
    En parallèle de cette exposition, le créateur collabore à une autre expo qui plonge dans la carrière de Diane Dufresne, la grande dame de la musique et de la scène qui célébrera du même coup son 80e anniversaire en 2024: Diane Dufresne : L’exposition immersive Aujourd’hui, hier et pour toujours.

    La première fois qu’il travaille avec la diva québécoise, c’est pour l’émission musicale Follement vôtre, diffusée en 1986. Par la suite, de nombreux projets ont réuni les deux artistes. « On a vécu une fusion ensemble, un amour professionnel. Je l’étonnais, elle m’étonnait. On a vraiment eu des années de folie ensemble! » L’exposition commencera le 13 septembre à l’Arsenal, à Montréal. Michel revisitera, entre autres, la robe théâtre qu’il avait créé pour le spectacle Top secret. La robe symphonique deviendra quant à elle un décor. Michel Robidas parle de cette exposition comme une expérience immersive à ne pas manquer qui soulignera les 65 ans de carrière de la diva.

    La suite
    L’infatigable designer avoue avoir ralenti son rythme de travail depuis qu’il a emménagé en 2011 dans sa maison sur le bord d’un lac à Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière. « J’ai diminué en partant de Montréal. C’était ça le but : ne plus faire de séries où je dois être sur un plateau tous les jours. Je voulais juste faire des trucs ponctuels, au théâtre et à la télévision parfois. »

    Et c’est dans son coin de pays qu’il a découvert une grande et belle communauté artistique qui s’est développée autour de la galerie Yves Louis-Seize, à Saint-Gabriel. Le créateur a aussi développé une autre passion avec les années: la peinture. Le p’tit Michel bricoleur n’est pas loin encore une fois… « Ce que j’aime le plus de ma vie, c’est de toujours être dans des univers différents. Ça, j’adore ça! »


    INFOS | Exposition « Michel Robidas pour Julie Snyder – 30 ans de costumes fous »
    Du 18 juin au 29 septembre 2024, le Centre d’art Diane-Dufresne, Repentigny

    Diane Dufresne : L’exposition immersive Aujourd’hui, hier et pour toujours
    Du 13 septembre au 13 octobre 2024, l’Arsenal, Montréal

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