Mardi, 19 octobre 2021
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    Le printemps florissant de Samuel Larochelle

    Printemps hautement excitant pour l’auteur Samuel Larochelle qui, coup sur coup, publie un roman jeunesse (Combattre la nuit une étoile à la fois), un récit poético-autobiographique (J’ai échappé mon cœur dans ta bouche) sans toutefois être ni un recueil de poésie ni une autobiographie (il aime ça, nous surprendre!) et aussi, un troisième bouquin, biographique celui-ci, sur un politicien québécois (François Gendron: 42 ans de passion pour le Québec et ses régions). Et ça, ce n’est qu’une partie des projets sur lesquels il travaille. C’est le printemps. Ça bourgeonne fort. Samuel est un arbre en pleine éclosion. Rencontre avec un talentueux hyperactif de qui je suis jaloux! C’est vraiment pas fair d’être si doué.

    Si vous lisez Fugues, je ne vous annonce rien en affirmant que Samuel écrit régulièrement dans le magazine que vous avez entre les mains. Lui et moi, on se connaît justement parce qu’on se voit une fois par année au party de Noël de Fugues. Je lui ai déjà dit à quel point je trouve ses chroniques formidables. Ses réflexions, sa finesse dans l’art de raconter, sa facilité à jouer avec les mots, à livrer des messages forts tout en demeurant accessible.

    Je suis jaloux de son, pardon, de «ses» talents. Il y a plusieurs semaines, il m’a annoncé qu’il lançait plusieurs bouquins ce printemps. «Aimerais-tu ça m’interviewer pour Fugues?». Et comment! Devant nos écrans respectifs (c’est ça, faire des entrevues en temps de pandémie), on a jasé ensemble pendant une heure. Une heure à découvrir ce gars talentueux. Merci pour l’opportunité, Samuel!

    Je suis toujours ébloui par tes chroniques dans Fugues. Tant pour le fond que pour la forme. À quel moment as-tu réalisé que tu avais une si belle plume?
    C’est la première fois qu’on me demande ça! (Rires. Pause. Moment de réflexion.) Hum… Un peu après le début de la vingtaine, je me disais que ma vie est comme un roman, ma vie est comme un film et qu’un jour, je vais devoir l’écrire. Pendant des années, avec mes amis, chaque fois que je racontais mes anecdotes, d’une fois à l’autre, j’essayais de rendre l’histoire plus drôle, plus punchée, plus le fun à entendre. Et je voyais que j’avais leur attention. Je voyais que je les faisais rire. Je voyais aussi que je les touchais. J’ai essayé de rendre ça avec un style écrit, très proche de l’oral. Je pense que je réponds à moitié à ta question, mais quand j’ai réalisé que j’avais une façon intéressante de raconter des histoires, c’était à l’oral. Puis, je me suis botter les fesses pour éventuellement écrire mon premier roman et ça s’est enchaîné.

    Écrire, c’est raconter sans avoir de public devant soi. Ça te manque?
    C’est vraiment toute l’expérience acquise qui s’est peaufinée avec les années. Maintenant, je sais c’est quoi une phrase punchée. Je sais comment créer une émotion. J’imprègne tous mes mots de ce que je suis. Les deux bouquins que tu as lus (Combattre la nuit une étoile à la fois et J’ai échappé mon cœur dans ta bouche), c’est ça, fois un million parce que ce n’est pas de la fiction. Ce sont mes histoires à 99%.

    Est-ce la première fois que tu parles autant de toi dans tes fictions?
    Le personnage d’Émile de mes deux premiers romans, c’est l’essence de qui j’étais à 19-20 ans. Malgré ça, pour moi, c’est le jour et la nuit par rapport aux projets que je viens de lancer, de juste me baser sur mon vécu, sur mes émotions. J’avais jamais fait ça, mais j’étais rendu là. Quand j’ai terminé la trilogie pour ados LILIE, au printemps 2019, j’avais aucun gros projet devant moi, j’avais du temps. J’ai décidé de sortir de ma zone de confort en essayant d’écrire de la poésie. Mais rapidement, j’ai vu que j’étais poche à tenter de correspondre à tous les codes et aux règles que j’imaginais être associées à la poésie. J’écrivais comme un enfant de quatre ans. C’est en échangeant de textos avec un gars avec qui je flirtais qu’on s’est mis à faire du romantico-poétique! (rires) C’était vraiment beau! Et c’est là que je me suis dit: ok, n’essaie pas de correspondre à ce que tu penses être de la poésie. Fuck off les codes!


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    J’ai échappé mon cœur dans ta bouche ne respecte aucun code. Sinon de nous faire plonger dans l’univers personnel de Samuel. À coup de petits textes allant d’une ligne à quatre pages, il nous raconte des pans de sa vie, ses relations amoureuses, ses déceptions, ses joies.
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    Je pense que pour la majorité des gens, ça peut être difficile de se révéler, de lever le voile sur quelque chose de très intime. Pour moi, ce sont des sujets avec lesquels j’ai beaucoup d’aisance. Je peux en parler très facilement: mon intérieur, mon intimité, c’est trois ou quatre étages plus bas! J’avais besoin d’en parler. Au final, c’est très touchant, très vulnérable. C’est aussi très drôle et très bitch. C’est tout ce qu’on ne dit pas, tout ce qu’on raconte pas, tout ce qu’on garde dans notre tête, pis dans notre cœur, moi j’avais envie de mettre ça dans deux œuvres.

    Je suis épaté de voir à quel point tu es un livre ouvert quand tu parles de tes
    relations personnelles avec tes parents, la relation toxique avec ton frère, et aussi toutes ces histoires avec les gars avec qui tu as été en relation.

    Ça ne me dérange pas, que les gars se reconnaissent!

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    Samuel ouvre une parenthèse me promettant de ne pas commencer l’article en le citant : «Si tous les gars que j’ai datés ou avec qui j’ai parlé achetaient mes livres, ça serait des best-sellers à la chaîne! (rires)
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    Disons que les passages où je suis bitch, ça me fait affreusement rire! Je pense que j’ai réussi à pas être méchant, à seulement être vrai. Pour ce qui est de ma relation avec ma famille, faut retourner dans le temps. À 17 ans, je quitte la maison familiale et ma région natale, l’Abitibi-Témiscamingue. Je débute des études dans ma passion avec des gens qui me ressemblent. Je fais mon coming-out. Tout ça a fait un point de bascule qui a aidé à améliorer ma relation avec mes parents. À l’époque, ils n’avaient probablement pas les outils pour empêcher la guerre entre mon frère et moi.

    Ton personnage aborde la question du surplus de poids. C’est quelque chose que tu
    as vécu?

    Oui. Mais comme je suis très, très grand, c’est pas la chose qui saute aux yeux. Mais dis-toi qu’à 19 ans, j’ai perdu environ 40 livres. Depuis l’âge de 5 ans, j’ai d’énormes complexes par rapport à mon poids. Plus tard, quand je suis arrivé dans le milieu gai, je voyais que tout était axé sur l’apparence, les muscles, le corps ultra-tonifié. Ça a fucké complètement ma perception de moi. Encore aujourd’hui, malgré tout le travail que j’ai fait sur moi, je ne pense pas que je souffre d’un trouble alimentaire, mais je vis une anxiété alimentaire par rapport à ce que je mange, par rapport à ce dont j’ai l’air. Je sais que j’ai toujours été à un cheveu de tomber du côté du trouble alimentaire. Quand j’explique dans le livre que je me suis toujours empêché de me faire vomir parce que je sais que ça détruit la gorge et que ça va nuire au chanteur amateur que je suis, ça reste un des arguments qui me retient de le faire. Même à 34 ans, j’y pense encore.


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    Samuel me fascine. En entrevue, on passe d’une anecdote sur un acteur porno rencontré à l’épicerie «entre le houmous et les chips au ketchup» pour ensuite parler de trouble
    alimentaire. Sans jamais tomber dans le mélodramatique. Toujours dans cette aisance à raconter, à maintenir son interlocuteur en haleine. Même quand ce n’est pas un sujet hop la vie! Comme pour parler de sexe et de non-consentement.

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    À la fin du livre J’ai échappé mon cœur dans ta bouche, il y a un texte à propos d’une expérience de non-consentement. J’en avais déjà parlé dans une chronique du Fugues. J’avais envie d’aller un cran plus loin en faisant ressentir de l’intérieur ce qui se passe quand on se fait agresser, quand on n’a pas offert notre consentement, même quand on mesure 6 pieds 4. On peut être tétanisé, avoir extrêmement peur et geler dans cette situation-là. J’avais envie de raconter ce qui s’était passé cette nuit-là car le consentement est encore trop peu compris, particulièrement dans la communauté gaie. C’est comme si cette idée que les hommes sont des bêtes sexuelles et qu’entre hommes, c’est correct qu’ils ne fassent pas vraiment attention les uns aux autres et qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Alors que ce n’est pas la réalité…


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    Combattre la nuit une étoile à la fois, nous transporte ailleurs. Il l’appelle son «livre jeunesse». Faut croire que j’ai l’âme jeune, car j’ai plongé avec grand plaisir dans ce bouquin.
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    J’ai adoré ce livre, cette histoire. Et en plus, visuellement, c’est graphiquement éclaté! C’est ton idée?
    Non, ça vient avec la collection UNIK (éditions Héritage) d’avoir des jeux avec la forme
    des lettres, la disposition des phrases. Tout ça vient décupler le sens du texte. Ça crée du mouvement, ça accroche l’attention. Je trouve ça fabuleux ce que le graphiste a fait.


    Et après avoir écrit la biographie de Peter MacLeod, tu lances maintenant celle du politicien François Gendron. Pourquoi lui?
    Quand j’étais président d’honneur en 2019 du Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue, j’ai lunché avec ma prof de théâtre qui m’a parlé de François Gendron. De fil en aiguille, j’ai découvert un politicien pas comme les autres, colorié, réputé pour son authenticité, son franc-parler. Il a siégé 42 ans à l’Assemblée nationale, il a été ministre de 11 ministères, a été vice-premier ministre, président de l’Assemblée nationale. Il a vécu de l’intérieur les grands changements sociaux des cinquante dernières années. En discutant avec lui, j’avais l’impression que c’était mon grand-père qui me racontait des aspects de l’histoire du Québec et qui me racontait sa vie en même temps.

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    Samuel enchaîne ensuite la discussion sur ses multiples autres projets d’écriture: série télé, documentaires, théâtre, textes de chansons…
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    Faisons un retour dans le temps: enfant, est-ce que tu t’imaginais un jour faire tout ce que tu fais en ce moment?
    Non! Parce que j’avais aucune idée que je deviendrais, ni journaliste ni écrivain. J’ai eu le déclic pour le journalisme en quatrième secondaire, celui pour l’écriture de fiction en cinquième secondaire. Je savais que je voulais écrire au moins un roman dans ma vie. Je savais aussi dans mes études en journalisme que moi, je voulais faire de la chronique, puis de l’animation radio, télé.

    Je me suis beaucoup établi comme journaliste et chroniqueur à l’écrit depuis bientôt neuf ans. Et là, en janvier dernier, j’ai commencé à faire de la chronique radio à Radio-Canada Abitibi, une chronique littéraire mensuelle. Je me sens comme un poisson dans l’eau. J’ai toujours su que ça m’appelait, que je serais naturel.

    Samuel, c’est un arbre qui bourgeonne, un communicateur né qui carbure aux projets, aux défis. Le printemps te va à ravir, Samuel!


    INFOS | J’ai échappé ton cœur dans ma bouche de Samuel Larochelle, Stanké, 2021

    Combattre la nuit une étoile à la fois de Samuel Larochelle, Héritage (collection Unik), 2021


    François Gendron: 42 ans de passion pour le Québec et ses régions de Samuel Larochelle, Druide, dès le 4 mai 2021.

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