Jeudi, 28 octobre 2021
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    Just a bit bossy (Straight guys)

    Dans la veine des séries littéraires sentimentales qui pullulent présentement, il serait difficile de ne pas évoquer l’univers créé par Alessandra Hazard, qui a la particularité de dresser les tensions de ses personnages sur la corde raide des jeux de pouvoir, qu’ils soient en lien avec leurs personnalités, leurs valeurs ou – surtout – leurs désirs sexuels.

    La série Straight Guys, dont chaque titre commence par Just a Bit (si je voulais faire un jeu de mots facile, je suggérerais le titre français de «Juste une bite hétéro») en est présentement à son douzième opus. Bien que chaque titre mette à l’avant-scène deux nouveaux protagonistes, ils évoluent tous dans le même univers et les croisements avec de précédents personnages sont donc fréquents. Un autre élément fondamental est qu’au moins un des deux hommes se définit comme hétérosexuel et n’a généralement jamais remis en question cet état. Jusqu’à la rencontre avec le second personnage, qui vient brouiller les cartes. Afin d’illustrer plus concrètement la série, le dernier titre – Just a Bit Bossy – fera office d’étalon-or permettant d’en illustrer la structure, les forces et les enjeux.

    Suite à un concours de circonstances, Nate Parrish accepte de devenir l’assistant personnel de Raffaela Ferrara, le directeur d’une grande corporation. L’enjeu est simple : il doit tenir six mois, réaliser un travail de qualité et, surtout, ne pas démissionner. S’il réussit, Raffaela retirera les modifications apportées à un jeu vidéo dont Nate, qui est programmeur vidéo, est un fan absolu. Les deux hommes se détestent avec intensité (Nate surnomme d’ailleurs Raffaela «Satan») et chacun veut remporter le pari.

    Nate réalise cependant un travail hors pair et bat même des records après à peine deux mois en poste. De son côté, Raffaela est sur les charbons ardents puisque Nate lui tient tête, mais il y a également plus : une malédiction afflige en effet le bouillant directeur doté d’une très forte libido. Nate se voit donc contraint de gérer les escortes féminines de son patron qui, s’il ne se décharge pas régulièrement, devient incapable de réfléchir (je sais, ça n’a aucun sens et même Nate le fait remarquer). Afin d’inciter Nate à démissionner, Raffaela exige bientôt que celui-ci lui enfile son condom, présumant que Nate refusera; ceci dit l’assistant s’exécute, en apparence imperturbable, mais impressionné par la taille massive de l’engin. En réaction à un commentaire de Nate à l’effet qu’il lui en faudrait bien plus pour démissionner, Raffaela pousse le bouchon plus loin et exige une masturbation – après tout, il est son assistant personnel –; Nate s’exécute encore. Un peu plus tard, on passe à l’étape logique subséquente : la fellation.

    Entendons-nous, les deux hommes s’identifient comme parfaitement hétérosexuels, et c’est uniquement le pari qui génère une escalade des pratiques et, éventuellement, une découverte de fantasmes dont ils ignoraient complètement l’existence. Psychologiquement et physiquement, les scènes sont à la fois torrides et fort bien amenées. Le lecteur ne peut s’empêcher de suivre avec fascination l’évolution de la relation «de travail» des deux hommes et la langueur qui se développe bientôt de part et d’autre sans qu’ils veuillent l’admettre. Aucun n’est cependant plus en mesure de travailler sans ce gouter quotidien et comme les vannes sont maintenant bien ouvertes, chacun désire bientôt plus.

    Sauront-ils admettre leurs véritables sentiments et aller au-delà du simple contact physique? Poser la question est y répondre. La prémisse est relativement transparente, mais pour citer l’adage populaire, l’important n’est pas la destination, mais le voyage. En ce sens, les romans sont généralement bien menés, bien que l’autrice verse quelquefois dans le travers assez agaçant où l’un des deux hommes, généralement le plus petit gabarit (merci le cliché), se transforme éventuellement presque en chatte en chaleur se languissant du moindre contact avec son partenaire (c’est particulièrement présent dans le volume 11, Just a Bit Wrecked). Cet élément survient souvent en fin de récit et n’est pas sans évoquer les clichés de la mauvaise porno hétéro des années 70-80. Nonobstant cette faille exaspérante, mais qui plaira peut-être à d’autres, la lecture de la série est fort distrayante. Ce dernier opus remporte d’ailleurs sans doute la palme en termes de tensions sexuelles et psychologiques entre les deux protagonistes.

    INFOS | Just a Bit Bossy / Alessandra Hazard. [É-U.] :
    Independently published, 2021. 308 p. (Straight Guys, no 12)

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