Samedi, 25 juin 2022
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    L’œuvre de Léa Pool s’affiche à la cinémathèque

    Du 17 au 31 mai, la cinémathèque québécoise sera l’hôte d’une rétrospective portant sur l’œuvre de Léa Pool. Une occasion unique de découvrir ou de redécouvrir la filmographie d’une grande cinéaste pionnière quant à la représentation des images de nous-mêmes.


    Si le nom de Léa Pool évoque, dans le contexte des dernières années, un cinéma sur l’histoire du Québec et des femmes, notamment par le film La passion d’Augustine, encensé par la critique et le public en 2015, en plus de fracasser des records au box-office, la cinéaste d’origine suisse demeure une pionnière dans le cinéma québécois quant à la mise en images d’un cinéma des femmes. Après Strass Café en 1980, Léa Pool signe deux longs-métrages pionniers en ce qui a trait à l’homosexualité féminine, soit La Femme de l’hôtel (1984) et Anne Trister (1986). La Femme de l’hôtel met en scène Andréa Richler (Paule Baillargeon), une cinéaste qui tourne un film à Montréal. Ce film qui porte sur la création, par le biais de l’histoire d’une chanteuse (Marthe Turgeon) qui craque à un moment clef de sa carrière, semble intrinsèquement lié à l’histoire d’Estelle David (Louise Marleau), une femme sortie de l’asile qui vient se réfugier dans l’hôtel où Andréa tourne son film. Lorsque Andréa rencontre Estelle, tout bascule : cette femme est plus troublante et fascinante que le tournage et le personnage de son propre film.

    Ainsi, elle devient sa source d’inspiration première, sa muse. La Femme de l’hôtel effleure le lesbianisme davantage par sous-entendus et non-dits, que par une représentation concrète de deux femmes vivant une relation amoureuse. Anne Trister change la donne avec l’histoire d’Anne, une jeune suisse d’origine juive qui, après la mort de son père, immigre au Québec. La jeune peintre s’installe chez Alix, une amie psychologue. Pour se reconstruire, Anne entreprend un projet de peinture démesuré et une relation impossible avec Alix, alors en couple avec son copain. Néanmoins, l’exploration du désir entre Anne et Alix se fera possible. Si la mise en scène du désir lesbien dans le film passe davantage par des configurations triangulaires symboliques et une bisexualité latente que par un lesbianisme assumé et nommé, il n’en demeure pas moins que Anne Trister demeure un film pionnier, un classique du cinéma lesbien québécois, puisqu’il sera parmi les premiers à imprimer sur pellicule des images de l’amour entre femmes.

    Faisant office de pionnière, Léa Pool sera la première réalisatrice à mettre en scène les réalités saphiques dans le cinéma québécois de fiction et à s’y intéresser au fil de ses productions subséquentes. Mentionnons notamment Emporte-moi, en 1999, avec une jeune Karine Vanasse qui crève l’écran, dans le rôle d’Hanna, treize ans, en plein coming of age en 1963. Entre un père juif apatride, poète tourmenté et inconnu, une mère catholique, fragile et éteinte, un frère aîné tendre et complice, une amie douce et différente et son professeur d’école à la troublante ressemblance avec Nana (Anna Karina) dans le film Vivre sa vie, Hanna s’éveille au monde, en pleine découverte identitaire et sexuelle et se cherche, tentant de devenir une jeune femme libre. Quelques années plus tard, en 2001, les thèmes de la découverte identitaire et sexuelle se transposent dans le contexte contemporain, dans un pensionnant pour jeunes filles avec Lost and Delirious. L’histoire est racontée du point de vue de Mouse (l’actrice américaine Misha Barton) qui vient juste d’arriver au pensionnat, laissant derrière elle le petit village où elle a grandi. Elle sera rapidement prise sous l’aile de ses deux compagnes de chambre plus âgées, la battante à l’esprit vif Paulie (l’actrice américaine Piper Perabo) et la charmante et magnifique Tory (l’actrice canadienne Jessica Paré). Ces trois jeunes femmes ont un lien commun: la perte. Mouse a perdu sa mère, Paulie, adoptée, a perdu ses parents et Tory, amoureuse de Paulie, est en train de se perdre elle-même pour répondre aux attentes sociales. Sous le couvert de l’amitié, les trois jeunes femmes deviennent inséparables et Mouse soutient Paulie et Tory dans leur histoire d’amour à la fois naissante et tragique.

    Ce cinéma du regard féminin avec une préoccupation constante pour la mise en scène du Québec de l’époque, se transpose également dans ses plus récentes productions de Maman est chez le coiffeur (2008) à Et au pire on se mariera (2016). Le cinéma de Léa Pool est avant tout un cinéma qui met au premier plan les désirs et les réalités des femmes, vues par une réalisatrice de talent. Riche d’une vingtaine de longs-métrages acclamés au Québec et primés dans les festivals internationaux, la filmographie de Léa Pool témoigne d’une démarche cinématographique unique. À n’en point douter, la cinémathèque vous offre la chance de voir ou de revoir sur grand écran, des films marquant de la cinématographie québécoise, et ce, en présence de la réalisatrice!  

    INFOS | Programmation complète et heures des projections : www.cinematheque.qc.ca

    Liste des films présentés :

    • 17 mai / STRASS CAFÉ [Canada : Québec, 1980]
    • 18 mai / LA FEMME DE L’HÔTEL [Canada : Québec, 1984]
    • 19 mai / ANNE TRISTER [Canada : Québec, 1986]
    • 21 mai / À CORPS PERDU [Canada : Québec/Suisse, 1988]
    • 22 mai / LA DEMOISELLE SAUVAGE [Canada : Québec/Suisse, 1991]
    • 23 mai / MOUVEMENTS DU DÉSIR [Canada : Québec/Suisse, 1994]
    • 24 mai / EMPORTE-MOI [France/Canada : Québec/Suisse, 1999]
    • 25 mai / LOST AND DELIRIOUS [Canada : Québec, 2001]
    • 27 mai / THE BLUE BUTTERFLY [Canada : Québec/Royaume-Uni, 2004]
    • 28 mai / MAMAN EST CHEZ LE COIFFEUR [Canada : Québec, 2008]
    • 29 mai / LA DERNIÈRE FUGUE [Luxembourg/Canada : Québec, 2010]
    • 30 mai / LA PASSION D’AUGUSTINE [Canada : Québec, 2015]
    • 31 mai / ET AU PIRE ON SE MARIERA [Canada : Québec/Suisse, 2016]

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