Mercredi, 29 juin 2022
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    Quelques nouveautés à la programmation de Fierté Montréal cette année

    Chris Ngabonziza est directeur de la programmation de Fierté Montréal depuis peu. L’ancien musicien, chargé de production et agent artistique, a dévoilé cette année une programmation colorée, c’est-à-dire diversifiée et plurielle, que Fierté Montréal juge à l’image de ses festivalier.ère.s. C’est à quelques semaines du Festival, avec un agenda débordant de tous bords, tous côtés, que Chris Ngabonziza a répondu aux questions de Fugues.

    Quelle vision aviez-vous, toi et ton équipe, pour la programmation de cette année ?
    Je suis arrivé chez Fierté Montréal l’année passée, juste avant le festival en version hybride. Notre slogan était « Ensemble pour toustes », chose qui reste quand même beaucoup cette année aussi. Ça ne s’est pas démodé du tout et je pense que ça va rester notre slogan pendant longtemps. Même qu’on a un podcast qu’on est en train de monter, qui reprend ce même titre. Cette année, je voulais une programmation qui est vraiment inclusive. Je voulais que, quand on traverse la programmation, on trouve quelque chose pour tout le monde. Qu’on sente que quelqu’un a pensé « à nous ». Donc on a conçu la programmation en mode inclusion totale par rapport à toutes les communautés qui se retrouvent sous le parapluie de 2SLGBTQIA+. On veut vraiment que tout le monde s’y retrouve.


    Un gros changement pour cette édition sera le lieu des grands spectacles, qui sera désormais l’Esplanade du Parc olympique. C’est un gros changement, comment a-t-il été reçu ?
    À date, le feedback est très positif [il faut se rappeler que plusieurs spectacles se sont tenus à pleine capacité dans l’ancien lieu et que Fierté Montréal avait dû refuser certains soirs des centaines, voire des milliers de personnes à l’entrée, à la demande des autorités, entre autres pour la soirée Drag Superstar et le T-Dance, NDLR]. Pour nous, c’est excitant cette idée d’avoir un nouveau site qui est immense, où on a un gros terrain de jeu dans lequel on peut jouer, grandir et présenter toutes sortes de trucs. On a fait énormément de consultations avant de décider, parce que c’est quand même un très gros move. Mais le feedback a été très positif au sein des organismes communautaires avec lesquels on collabore, au sein des artistes même, et même auprès du public sondé. Alors on se sent vraiment à l’aise et backé par nos communautés.

    Après, c’est sûr que ça vient avec d’autres enjeux. Après tout, c’est une nouvelle place. En termes d’espace, c’est presque le double de ce qu’on avait ! Alors on y va avec énormément d’optimisme, on a essayé de faire une programmation qui va faire en sorte que les gens vont vraiment vouloir venir voir nos grands spectacles, pas seulement les gens de la communauté, mais aussi nos allié.e.s et tout le monde, parce qu’on veut vraiment introduire les gens à ce nouveau site. On se dit que, après la pandémie, probablement que le flot des touristes ne va pas être exactement le même qu’une année normale. Et on voulait vraiment faire une programmation assez ouverte et assez large pour que le monde vienne nous voir. À date, ça s’annonce très bien niveau logistique, alors on est très contents. Après, on va voir si ça va vraiment se traduire comme on le veut !


    Le Festival Metro Metro a eu lieu au même emplacement et a eu des problèmes de sécurité. Avez-vous appris certaines choses de ce Festival ?
    Pendant Metro Metro, on avait une mini délégation de Fierté Montréal. On est tous allés là-bas pour étudier le lieu, pour voir comment c’est un peu en mode action. Donc on a pris énormément de notes. Nous, ça va être encore plus grand parce qu’on va avoir deux scènes. On a la scène principale, qui sera à la même place où était la scène de Metro Metro, mais on a une autre scène aussi, qui est presque aussi grande, qui sera de l’autre côté. Donc, pour nous, les enjeux vont être un peu plus gros. Surtout que nous c’est du mercredi jusqu’à dimanche ! Bref, la vibe est bonne.


    La programmation contient de nombreux.ses allié.e.s. Je pense notamment à Diane Dufresne, Corneille… Y a-t-il une réflexion qui s’effectue au sein de Fierté Montréal sur la sélection des allié.e.s ?
    Pour Diane Dufresne, c’est quand même une personne qui est chouchou et très aimée de la communauté et c’est complètement intergénérationnel. Donc on s’est dit : « Oh my god, ça serait tellement l’fun de ramener Diane Dufresne ». D’ailleurs elle était bookée pour 2020. Mais bon, on sait tous ce qui s’est passé… en 2020. Diane, c’est comme Céline ! Quand je lui parlais pour le show qu’on va préparer ensemble, je lui disais : « Quand tu vas dans des soirées queer et qu’on entend Oxygène, tout le monde chante ensemble », et ce même si un grand nombre n’était pas encore né quand la chanson est sortie ! Diane, c’est une valeur sûre, un no brainer. Je suis complètement choyé qu’elle ait accepté.

    Pour ce qui est de Corneille, c’est un vrai allié de la communauté. Et le spectacle dans lequel il sera s’appelle ImmiX. Ça sera un show rassembleur où il y aura beaucoup d’artistes d’ici qui sont nos allié.e.s. On trouvait que c’était une manière de mettre de l’avant des artistes de la relève — la relève dans le style 500 followers sur Instagram. On voulait que cette relève se retrouve sur la même scène que Cœur de Pirate, Corneille, Hubert Lenoir… C’est un spectacle qui aura lieu le 5 août et où on retrouvera des gens qui autrefois ne se seraient jamais retrouvés sur la même scène. C’est un spectacle très ambitieux, mais vraiment l’fun, il y a environ 12 musiciens là-dessus, tout le monde fera deux chansons chacun. Je suis très fier qu’on puisse monter ce show-là. On veut vraiment montrer l’exemple aux autres. Dans le futur, c’est comme ça que les spectacles devraient être : les allié.e.s et les ami.e.s qui se retrouvent ensemble pour fêter la diversité.


    As-tu un spectacle coup de cœur ?
    J’aimerais qu’ImmiX. devienne une signature au sein de Fierté. C’est un truc qui se veut très rassembleur. Et il y a aussi évidemment l’incontournable spectacle Drag Superstar, qui regroupe les drags vedettes de la franchise RuPaul, du Canada, des États-Unis et de l’Europe.

    Chris Ngabonziza au lancement de la programmation du Jardin du Monastère
    – photo Marc Landreville

    Mais y en a un, en particulier, qui me tient vraiment à cœur. Cette année, on a un petit peu thématisé notre programmation avec la Conférence qui va se tenir à Montréal sur le VIH, qui aura lieu du 27 juillet au 2 août. Alors, comme ça chevauchait de deux jours notre Festival — nous, c’est du 1er au 7 août — on a dit : « Écoutez, le VIH, c’est quelque chose qui a énormément affecté notre communauté, donc on va thématiser en partie le Festival avec ça ». On a donc monté un spectacle avec la collaboration de Dave St-Pierre, qui s’appelle Rapture (vous pouvez lire notre entrevue en P. 44). C’est un spectacle de danse qui s’inspire librement d’Angels in America, une pièce de théâtre sur la crise du sida, qui a été créée en 1991 et a connu de nombreuses adaptations, dont une minisérie et un opéra. Et qui est considérée par plusieurs comme étant une œuvre majeure de la fin du XXᵉ siècle. Rapture va être présenté au Monastère, au centre-ville, plusieurs soirs. Ça s’inscrit dans le cadre de la tenue à Montréal de la Conférence internationale, mais c’est aussi un événement important de notre programmation cette année. C’est le premier projet sur lequel j’ai travaillé, quand j’ai pris mes fonctions en tant que directeur de la programmation.

    Dave St-Pierre, c’est quelqu’un que je respecte beaucoup, donc j’étais vraiment content qu’il accepte d’entrer dans cette folie-là. J’aimerais que tout le monde aille voir ce spectacle. L’équipe créative qu’il a rassemblée est hallucinante et ultra inclusive. Il y aura sur scène des personnes latinx, noires, blanches, trans… et je pense que ça va plaire à beaucoup.

    Ça, c’est mon coup de cœur aujourd’hui, mais si tu me demandes encore demain matin, ça sera peut-être autre chose (rires), la programmation a vraiment beaucoup à offrir cette année.


    La formule de la fameuse « parade » avait été modifiée l’année dernière. Allez-vous
    conserver cette formule ?

    Je ne peux pas dire combien de temps on a dû débattre cela dans des réunions. Il y a eu un vraiment bon feedback de la communauté par rapport à la marche de l’année dernière. C’était vraiment une marche et non une parade. On en a parlé avec la Pride de Toronto, et pour eux aussi c’était exactement la même chose. Il y avait vraiment un questionnement intense par rapport à ça. Après, tu sais, on est un OBNL, on travaille avec des commandites, donc il faut quand même donner de la visibilité à nos commanditaires. On a essayé de trouver un juste milieu où on peut trouver un peu des deux et que ce soit une marche-parade. On va vraiment essayer de faire les deux.


    Te verra-t-on en spectacle durant le festival ?
    Je suis content d’avoir l’opportunité d’être le directeur de la programmation. Je reste dans le même monde, mais je porte un autre chapeau. Honnêtement, ça m’amuse tellement et ça me nourrit énormément en tant qu’artiste, donc pour le moment je me concentre pour livrer ma première programmation ! Le seul truc un peu plus artistique que je ferai, c’est de signer la direction artistique du spectacle d’ouverture avec Diane Dufresne et Pierre Kwenders, le 3 août.

    INFOS | Fierté Montréal, du 1er au 7 août 2022 www.fiertemtl.com

    Ne manquez pas, dès le 27 juillet, l’édition spéciale du Fugues d’août dont une grande portion du contenu sera consacrée à la programmation de Fierté Montréal — avec entrevues, reportages et points de vue. C’est à ne pas manquer.

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