Samedi, 18 mai 2024
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    Démystifier le TDAH chez l’adulte

    À l’occasion du mois de sensibilisation au TDAH (Trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), la Fondation Santé Urbaine vous propose une discussion avec le docteur Alexander Moreno afin de démystifier le trouble neurodéveloppemental qui touche 4 % des adultes au Québec. Souvent libellé à tort comme un trouble qui ne se manifeste que chez l’enfant, le TDAH non diagnostiqué peut causer stress, anxiété et incompréhension chez les adultes, justifiant toute l’importance d’obtenir l’heure juste. Discussion.


    Docteur Moreno, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre spécialité précisément?
    Alexander Moreno : Je suis psychologue et neuropsychologue au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et professeur associé au Département de psychologie de l’Université de Montréal. Je dirige également le laboratoire Innovation, technologie et cognition au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, en plus d’agir à titre de clinicien à l’Hôpital Notre-Dame.

    Pouvez-vous nous expliquer ce qui caractérise le trouble déficitaire de l’attention avec
    (ou sans) hyperactivité?
    Alexander Moreno : Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui se produit en lien avec le développement différent dans la connectivité du cerveau. Il entraîne des défis d’automodulation, c’est-à-dire la capacité à contrôler et à freiner les idées. Le trouble peut aussi se manifester par une difficulté à réguler les mouvements physiques ainsi que par une impulsivité dans les gestes et les actions. Il s’accompagne également d’une difficulté de régulation des émotions, ce que l’on appelle l’hyperréactivité émotionnelle.

    On entend parfois que les personnes adultes vivant avec un TDAH sont créatives, vives,
    novatrices. Qu’en est-il vraiment?

    Alexander Moreno : Effectivement, lorsque la structure de pensée est en arborescence, plutôt que linéaire, cela peut aider à créer des liens plus facilement, ce qui peut se traduire par une grande créativité.

    On associe souvent le TDAH aux enfants. Quel est le portrait chez les adultes?
    Alexander Moreno : On a beaucoup médiatisé le TDAH chez les enfants, mais environ les deux tiers de ceux-ci continuent de rencontrer des difficultés importantes à l’âge adulte. Le taux de prévalence chez les enfants au Québec est ainsi de 5 à 7 %, et d’environ 4 % chez les adultes. Ces personnes sont souvent très confuses quant aux raisons de leurs problèmes dans la vie. Elles peuvent être amenées à croire qu’elles sont paresseuses ou incapables, mais leurs difficultés sont liées à un TDAH non diagnostiqué. Il y a une transmission génétique des parents aux enfants dans environ 75 % à 80 % des cas, c’est donc souvent en recevant un diagnostic pour leur enfant que les adultes réalisent qu’ils sont aussi touchés.

    Vous mentionnez plusieurs difficultés. Quels sont ces signes qui pourraient indiquer un TDAH chez l’adulte?
    Alexander Moreno : Certains des signes les plus fréquents sont les comportements perturbateurs et impulsifs, la difficulté à prêter attention et la difficulté d’organisation, dont la gestion du temps et de l’horaire. Chez l’adulte, ça peut se traduire par une incapacité à garder un emploi ou à compléter ses projets. On note aussi des problèmes conjugaux ainsi qu’une difficulté à gérer son argent. Finalement, on voit souvent des cas d’abus de substances, plus précisément la caféine, l’alcool et le cannabis.

    Ces symptômes sont-ils spécifiques au TDAH chez l’adulte?
    Alexander Moreno : Non. Le TDAH chez l’adulte se manifeste par plusieurs symptômes, qui ne sont pas nécessairement exclusifs à celui-ci, ce qui le rend très complexe à diagnostiquer. Par ailleurs, il se présente rarement seul. Il est souvent accompagné de troubles de l’humeur comme la dépression ou de troubles anxieux qui peuvent compliquer le diagnostic et le traitement.

    Existe-t-il des mythes en lien avec le TDAH chez l’adulte?
    Alexander Moreno : L’une des fausses perceptions très répandues est que la médication peut guérir le TDAH. C’est faux puisque le TDAH n’est pas une infection que l’on traite avec un antibiotique. Les médicaments utilisés dans les cas de TDAH fonctionnent comme des lunettes : ils normalisent la situation lorsqu’on les utilise, mais la condition revient dès qu’on cesse de les prendre.

    Il est donc impossible de guérir un TDAH?
    Alexander Moreno : Il est possible de traiter le TDAH. Chez certains enfants, les symptômes disparaitront avec la maturation du cerveau. Toutefois, pour la majorité, l’impression que le TDAH est guéri vient des mécanismes de compensation qu’ils développent en grandissant. Les adultes peuvent apprendre à comprendre les codes sociaux, à mieux s’organiser et à mieux planifier. Les symptômes peuvent donc passer inaperçus, mais le TDAH est un trouble chronique.

    Est-ce que les adultes vivant avec un TDAH doivent absolument utiliser la médication?
    Alexander Moreno : Il y a toujours une solution pour aider les personnes vivant avec le trouble. Pour plusieurs, la médication peut faire une différence énorme et les aider à accomplir leurs études ou leur carrière, par exemple. D’autres personnes ne sont pas à l’aise à utiliser les interventions pharmacologiques. Pour ces personnes, les avenues centrées sur les thérapies psychologiques ou la méditation pleine conscience, par exemple, seront peut-être à prioriser. La clé est de respecter les valeurs de la personne, et d’orienter l’approche à partir de là.

    Quel professionnel peut-on consulter si l’on veut avoir l’heure juste?
    Alexander Moreno : Au Québec, le diagnostic se fait en première ligne par le médecin de famille, un psychologue ou un neuropsychologue. Une fois le diagnostic établi, ceux-ci référeront ou collaboreront potentiellement par la suite avec d’autres professionnels complémentaires comme des travailleurs sociaux, des ergothérapeutes, des pharmaciens, des orthopédagogues, etc.

    Que doit-on faire quand on reçoit un diagnostic de TDAH à l’âge adulte?
    Alexander Moreno : Le fait de trouver enfin réponse à leurs questions enlève habituellement un poids énorme sur les épaules des gens. Certaines personnes ont pensé toute leur vie qu’elles étaient incompétentes, et on leur indique finalement que ce n’est pas le cas. Le diagnostic apporte donc un aspect rassurant. La possibilité de traitement amène généralement beaucoup d’espoir également. Par la suite, la première chose à faire est de s’éduquer et d’aider ses proches à comprendre, puisque c’est une condition qui impacte aussi grandement les proches de la personne.

    Existe-t-il des trucs pour mieux vivre avec un TDAH?
    Alexander Moreno : Tout passe par le contrôle des stimulations! L’idée est d’essayer de créer un environnement libre de distraction. Pour les étudiants, par exemple, il est préférable de s’assoir devant la classe, et loin des fenêtres. Au travail, on pourrait tenter d’aménager un poste un peu plus isolé pour limiter le bruit, ou d’utiliser un casque antibruit. L’utilisation d’agendas électroniques de façon assidue ou la création de listes de tâches fragmentées en petites tâches sont également de bons outils pour mieux vivre avec la condition.

    Quel message envoyez-vous aux personnes ou aux familles qui vivent avec le TDAH?
    Alexander Moreno : Le TDAH est un trouble, mais ça ne signifie pas qu’il vous définit!
    En mettant en place les bonnes stratégies, il est possible d’avoir une vie accomplie, épanouie et complètement satisfaisante malgré le diagnostic. Ce n’est donc pas uniquement un
    mauvais pronostic, en ce sens-là.


    Cet article est rendu possible grâce au soutien de la Fondation Santé Urbaine. Pour en connaître davantage à propos de la mission de la Fondation ou pour faire un don, rendez-vous au www.fondationsanteurbaine.com

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