Le visage de cette maladie a bien changé depuis les années 1980 et 1990 — heureusement, d’ailleurs —, alors que des milliers de personnes LGBTQ+ mouraient des suites de cette infection. Il est vrai que la science a fait un bond du tonnerre depuis ces décennies-là, mais aucun vaccin n’existe à ce jour, et beaucoup de gens — notamment de jeunes — n’en apprennent l’existence qu’au moment où ils en sont eux-mêmes infectés.
Mais comment les personnes séropositives vivent-elles aujourd’hui avec ce virus ? Comment adaptent-elles leur mode de vie ? Comment ont-elles vécu ou anticipé les conséquences de la maladie ? Autant de questions abordées dans le cadre du panel « Dialogue intergénérationnel : nos mémoires du VIH », présenté par Fierté Montréal, en collaboration avec les Archives gaies du Québec (AGQ), le dimanche 3 août, de 13 h à 15 h.
Parmi les moments de réflexions et d’échanges proposés durant le festival Fierté Montréal, les Archives gaies du Québec proposent un moment de réflexion : une discussion intergénérationnelle entre un animateur et trois panélistes séropositifs. L’objectif de la rencontre est de partager le vécu des panélistes de façon libre et authentique. Ce dialogue, riche en histoires et en expériences, nous rappelle que le sida n’est pas qu’un sujet médical : c’est un enjeu social, humain et intergénérationnel. L’écoute et la transmission sont des clés essentielles pour construire une conscience collective, encore aujourd’hui.
Ne pas oublier
« Avec chaque génération qui sort des cégeps, on dirait qu’il y a un oubli des luttes précédentes, explique Simon Gamache, directeur général de Fierté Montréal. La recherche scientifique permet à des gens de vivre plus longtemps avec le VIH, de vieillir. Mais où en est-on rendu aujourd’hui ? Les Archives nous présentent ici des panélistes de deux ou trois générations, qui ont vécu le VIH de différentes façons, à différentes époques. On s’apercevra aussi que la bataille est loin d’être gagnée. Pour Fierté Montréal, cette discussion est aussi — et surtout — un devoir de mémoire. »
«Bien sûr que c’est un devoir de mémoire, ajoute Pierre Pilotte, coordonnateur des AGQ. Cela fait partie de notre mandat, dans un cadre historique. Il y a deux ans, nous avions présenté une exposition sur ACT UP Montréal. Avant cela, lors de la 24e Conférence internationale sur le sida à Montréal (en 2022), nous avions aussi monté une exposition dans l’Espace Desjardins du Quartier latin, avec une sélection d’affiches sur le sida. L’année précédente, plusieurs de ces affiches avaient été exposées dans le hall du Cinéma du Parc. Il était donc tout naturel pour nous de proposer un panel sur cette question.»
« Les Archives amènent leur expertise dans l’organisation d’événements touchant le VIH-sida », renchérit Simon Gamache.
Hugues Lefebvre Morasse, animateur
Designer, artiste et doctorant en aménagement à l’Université de Montréal, Hugues Lefebvre Morasse s’intéresse aux liens entre corps, temporalités et espaces dans une perspective queer. Séropositif, il est impliqué depuis dix ans dans le milieu communautaire VIH, notamment comme pair-aidant à la Maison Plein-Cœur, animateur du balado Droits positifs (COCQ-Sida), et formateur à l’Institut de développement du leadership positif. Sa pratique, à la croisée de la recherche-création et de l’engagement social, explore la mémoire comme matériau : ce qui persiste, ce qui résiste, ce qui mérite d’être transmis. Il cherche à faire apparaître les continuités entre passé et futur, et à réhabiliter des récits trop souvent laissés dans l’ombre.
Panélistes : Denis Caron et Denis Cormier-Piché
Denis Caron, designer de costumes et couturier, a créé des personnages pour les événements de Circo de Bakuza et pour des productions du Cirque du Soleil et du Cirque Éloize. En parallèle, il collabore avec des costumières pour la télévision, des galas et des événements caritatifs. Diagnostiqué au stade sida, il entreprend un processus de rétablissement et s’implique au CPAVIH (Comité des personnes vivant avec le VIH-sida, aujourd’hui disparu), puis à la Maison Plein-Cœur. Quelques années plus tard, il reprend son parcours professionnel, qu’il choisit d’interrompre en 2019 pour se consacrer à sa santé.
Denis Cormier-Piché, gouverneur de la Fondation Émergence depuis 2016, œuvre également sur des projets liés aux réalités 2SLGBTQ+ à l’Université de Montréal, à Concordia, à Laval, à l’INRS et à l’INESS/Table de santé numérique. Il est le premier patient à avoir reçu, au CHUM, une greffe d’organe entre personnes séropositives en Amérique du Nord. Aujourd’hui à la retraite, il s’investit comme patient partenaire au sein de plusieurs projets et comités de recherche.
À travers leurs récits, ces panélistes — ainsi qu’un troisième qui se joindra à eux — incarnent la douleur, la résilience, et l’évolution du regard social sur le VIH. Chacun, à sa manière,
témoigne des transformations vécues — autant dans les traitements médicaux que dans les perceptions collectives. Ce panel ne se contente pas de revisiter le passé : il l’ancre dans le présent, pour éclairer les enjeux contemporains et nourrir la mémoire.
Le combat n’est pas fini
« Peu de gens savent que la criminalisation du VIH existe encore : si tu ne dévoiles pas ton statut sérologique à ton conjoint, c’est criminel », rappelle Simon Gamache. « Il y a quelques années, le gouvernement fédéral voulait corriger cette situation, mais le dossier est tombé dans l’oubli. Donc, oui, il y a eu des avancées en matière de traitements, mais il ne faut pas oublier le combat contre la criminalisation. Pour cela, il faut continuer à sensibiliser les jeunes générations, pour qu’elles puissent, avec le temps, persévérer et poursuivre la lutte — parce qu’elle n’est pas terminée. »
« Nous sommes très contents que Fierté Montréal ait fait appel à nous pour appuyer l’organisation de ce panel très enrichissant, couvrant plusieurs décennies grâce à la voix de chacun des panélistes et de l’animateur », indique Pierre Pilotte. Depuis plus de quatre décennies, le sida façonne nos sociétés. Il a tué, stigmatisé, mais aussi mobilisé. Il a poussé des communautés à s’organiser, à revendiquer, à transmettre.
Malgré les avancées médicales et sociales, des défis majeurs subsistent : accès aux soins,
stigmatisation persistante, effacement des luttes passées. Écouter les voix de celles et ceux qui ont vécu — et vivent encore — avec le VIH, c’est refuser l’amnésie. C’est bâtir un pont entre les générations. Car discuter du VIH aujourd’hui, c’est bien plus que parler d’un virus : c’est affirmer une mémoire vivante, un devoir collectif de reconnaissance, de vigilance et d’espoir.
INFOS | Dimanche 3 août, de 13 h à 15 h
MEM – Centre des mémoires montréalaises, 1210, boul. Saint-Laurent, Montréal
Langues : français, anglais et langue des signes québécoise (LSQ)

