Mercredi, 29 avril 2026
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    « L’allégorie du placard » pour démystifier le coming out

    Jusqu’au 15 mars, à la Galerie d’art du Parc de Trois-Rivières, l’artiste Alexandre P. (Poulin) nous propose un parcours, une exposition en quatre volets portant sur un geste souvent lourd de conséquence dans les communautés LGBTQ+, soit le coming out. L’artiste nous propose donc cette exposition-installation «L’allégorie du placard» qui s’ancre dans une démarche autoethnographique et explore la notion de coming out, emblème historique et politique des communautés LGBTQIA2S+. (L’entrée est gratuite.)

    «On le voit encore avec la série très connue maintenant Heated Rivalry, au-delà du sexe, du sport et de l’amour, c’est une histoire de coming out des joueurs, explique Alexandre Poulin. Un peu comme l’avait fait historiquement Harvey Milk aux USA ou, près de nous ici encore, Michel Girouard à l’époque.

    Lorsque j’ai fait mon propre coming out à ma grand-mère, c’était une femme très ouverte pour cette époque-là, elle m’a demandé pourquoi je ne l’avais pas dit plus tôt ? Mais le coming out est complexe comme processus, on n’est pas toujours à l’aise de le faire même si la personne est ouverte. »

    Du placard à la lumière
    D’ailleurs, l’artiste précise dans le préambule de l’exposition : « Cette notion se révèle ici à travers une pluralité de récits et de constructions sociales en constante mutation. Le placard, dans sa matérialité et sa symbolique, se veut un espace de seuil : un lieu où se négocient identités, genres et appartenances, mais aussi un territoire traversé par la tension entre visibilité et protection, révélation et silence. L’exposition propose d’appréhender le coming out non comme un geste uniforme, mais comme un ensemble de récits pluriels—des histoires situées ou mouvantes. Le placard devient métaphore d’une construction sociale en transformation constante, un dispositif qui façonne les manières dont les individus se racontent, se présentent et se perçoivent eux-mêmes ».

    Des étapes personnelles
    Chaque pièce reflète un placard. Dans le 3e segment, on passe dans un placard dans lequel le poète Gérald Godet, un ami de Jean-Paul Daoust, lit les 13 étapes telles que le proposait un groupe newyorkais, c’était en 1979. « C’est un placard en plexiglass, mais c’est aussi quelque chose d’intime, poursuit Alexandre Poulin. Que de voir des gars hétéros entrer dans le placard et entendre ces 13 étapes-là, et ce n’est pas nécessairement une recette, je pense que cela peut influencer les gens hétéros, leur donner une certaine idée de ce que vivent les personnes LGBTQ+ et que, encore une fois, ce n’est pas facile. »

    Les papillons de la liberté ?
    Dans un autre bloc, on retrouve des papillons qui représentent, encore ici, l’allégorie de la transformation. De chenille, elle passe par des stades de larve, de chrysalide, puis enfin le papillon. « Cette idée m’est venue d’une réflexion avec le professeur Alex Noël de l’Université de Montréal [du Département des littératures de langue française]. Ça paraît simple cette transformation du papillon, mais encore là, c’est complexe aussi. C’est la même chose pour le coming out, on passe du temps dans le placard, mais cela se transforme. J’ai passé un an à faire de la recherche ici avec un entomologiste pour qu’il y ait des papillons de jour et des papillons de nuit. Combien de gars ont une personnalité durant le jour, puis se transforment presque la nuit lorsqu’ils sortent dans des bars, des partys, etc. Cela demeure une forme de placard », de préciser Alxandre Poulin qui est, également, le directeur général de la Biennale nationale de sculpture contemporaine (BNSC), depuis juin 2025.

    Un placard qui brûle
    Le 4e espace nous fait découvrir la vidéo du placard en feu. Cela fut presque un exploit pour l’artiste et son équipe d’aller monter ce vrai placard en bois de 8 pi de hauteur, dans un champ, durant la nuit puis, de l’incendier vers 6h du matin, à l’aube. « Le placard est, oui, un rite de passage pour les personnes LGBTQ+, ici c’est le symbole de l’intangible mais qui devient tangible par la force du symbolisme du feu, de mettre le feu au placard, indique Alexandre Poulin. Trop de fois on doit encore rentrer dans le placard, comme des ainé.e.s qui vont dans des résidences pour personnes âgées (RPA) et qui doivent taire ce qu’ils sont. Ce n’est pas facile. Mais on constate aussi des reculs un peu partout dans le monde, on n’a qu’à voir ce qui se passe au sud de la frontière et même ici au Québec où il y a parfois des recoins où ce n’est pas facile de vivre ouvertement. C’est une expression du placard, encore une fois. »

    Alex P.

    Des témoignages de coming out vécus
    « Cette exposition est tirée de riches témoignages autour du coming out s’inscrit parmi les belles propositions culturelles queer en région », indique François Vanier, le directeur général du GRIS-Mauricie/Centre-du-Québec. L’exposition est aussi basée, justement, sur divers témoignages recueillis par les gens du GRIS-Mauricie/Centre-du-Québec. « J’ai été chercher aux Archives gaies du Québec (AGQ) s’il y avait quelque chose sur le coming out et, curieusement, il n’y a pas grand-chose sur ce sujet-là alors que c’est important pour la communauté. J’ai été à la rencontre de plusieurs personnes au GRIS pour recevoir leurs témoignages sur leur coming out et, avec le GRIS nous sommes en train de concevoir de telles archives », d’expliciter l’artiste.

    Cela fait 16 mois qu’Alex P. œuvre sur la conception de cette exposition-ci et ce projet a reçu un appui financier dans le cadre du Programme de partenariat territorial de la Mauricie du Conseil des arts et des lettres du Québec, de la Ville de Trois-Rivières, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et Culture Mauricie. « Même si comme je l’ai dit, on observe des reculs de nos droits, Trois-Rivières est une ville pas mal ouverte envers les communautés LGBTQ+, nous sommes chanceux ici», termine Alexandre Poulin.

    Autres expositions à voir prochainement
    Pour ce qui est de la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières, du 27 juin au 13 septembre 2026, Alexandre Poulin mentionne qu’il y aura deux artistes des communautés LGBTQ+, soit Christos Pantieras (Ottawa, Ontario) et Kablusiak (Edmonton, Alberta). La thématique de cette année sera « Accumuler/Classer ». À signaler qu’Alex P. a été sélectionné par le Centre des arts actuels Skol de Montréal pour son exposition d’avril prochain sur les artistes queers en régions. Pour rappel que Skol nous offre, jusqu’au 11 avril, l’exposition « Réveiller l’Androgyne » sur la maintenant disparue librairie féministe et queer.

    INFOS | À la Galerie d’art du Parc
    864, rue des Ursulines, Trois-Rivières.
    T. 819-374-2355 ou www.galeriedartduparc.qc.ca

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