Lundi, 14 septembre 2026
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    Vaste opération en Turquie contre les militants LGBTQ+ au nom de la «protection de la famille»

    Au moins 50 militant·es LGBTQ+ auraient été interpellé·es ou visé·es par des procédures judiciaires en Turquie dans le cadre d’une vaste opération menée simultanément dans plusieurs villes du pays. Présenté par les autorités comme une opération destinée à protéger « les enfants, l’institution familiale et l’ordre social », le coup de filet vise notamment Kaos GL, l’une des principales organisations LGBTQ+ turques.

    Perquisitions à domicile, bureaux d’associations fouillés, militant·es interpellé·es et comptes bloqués sur les réseaux sociaux : la pression exercée sur les communautés LGBTQ+ en Turquie vient de franchir une nouvelle étape. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, les forces de l’ordre ont lancé des opérations simultanées dans plusieurs grandes villes du pays, notamment Istanbul, Ankara, Izmir, Aydın et Mersin.

    Baptisée Ailem Güvende — « Ma famille est en sécurité » —, l’opération est officiellement menée au nom de la protection des enfants, de la famille et de « l’ordre social ». Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, a indiqué que des procédures judiciaires avaient été engagées contre 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises réparties dans 15 provinces.

    Kaos GL directement dans la mire

    Parmi les organisations visées figure Kaos GL, l’un des plus anciens et importants organismes de défense des droits LGBTQ+ en Turquie. Plus d’une dizaine de ses membres auraient été arrêté·es à leur domicile et les bureaux de l’organisation ont été perquisitionnés. Kaos GL indique également faire l’objet d’une enquête pour « obscénité ». Selon l’organisme, au moins 50 militant·es LGBTQ+ ont été interpellé·es ou sont visé·es par des procédures dans le cadre de l’opération. Les autorités ont pour leur part confirmé 26 arrestations à Istanbul.

    Les enquêteurs évoquent différentes infractions présumées, allant de la prostitution à la diffusion de contenus jugés obscènes et à l’exposition de mineur·es à de tels contenus. Les autorités s’intéresseraient également aux sources de financement étrangères de certaines organisations.

    Ces accusations surviennent alors que les groupes de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années l’utilisation de notions comme « l’obscénité » ou la « protection de la famille » pour restreindre les activités et la visibilité des communautés LGBTQ+.

    Erdoğan et la défense de la « famille traditionnelle »

    L’offensive s’inscrit dans une politique beaucoup plus large du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan. Depuis plusieurs années, le président turc multiplie les déclarations hostiles aux personnes LGBTQ+ et oppose régulièrement leur existence à sa conception de la famille traditionnelle. Cette rhétorique s’accompagne désormais d’un discours sur la démographie, alors que la Turquie connaît une importante baisse de sa natalité. Le gouvernement a d’ailleurs désigné la période 2026-2035 comme la « Décennie de la famille et de la population ».

    C’est dans ce contexte que le ministre de la Justice a justifié les opérations du 13 septembre par la nécessité de protéger « nos enfants, l’institution familiale et l’ordre social ».

    Pour les organisations LGBTQ+, derrière ces formules se dessine cependant une réalité beaucoup plus concrète : interdictions de manifester, arrestations, perquisitions, enquêtes judiciaires et réduction constante des espaces où elles peuvent s’exprimer et s’organiser.

    Les réseaux sociaux bloqués avant les perquisitions

    La chronologie des événements est également préoccupante. La veille des arrestations, le 12 septembre, l’accès à plusieurs comptes de Kaos GL et d’autres organisations LGBTQ+, militant·es et défenseur·es des droits humains avait été bloqué en Turquie. Plusieurs sites Web et comptes sur les réseaux sociaux auraient également été rendus inaccessibles. Moins de 24 heures plus tard débutaient les perquisitions.

    Cette succession de mesures fait craindre aux défenseur·es des droits humains une offensive coordonnée visant non seulement les organisations elles-mêmes, mais également leur capacité à communiquer, à documenter les arrestations et à mobiliser leurs réseaux.

    Une répression qui s’intensifie

    L’homosexualité n’est pas illégale en Turquie. Dans les faits, toutefois, l’espace accordé aux personnes LGBTQ+ et à leurs organisations s’est considérablement rétréci.

    La Marche des Fiertés d’Istanbul est interdite depuis 2015 et les autorités procèdent régulièrement à des arrestations lorsque des militant·es tentent malgré tout de se rassembler.

    En juin dernier, au moins 50 personnes avaient encore été interpellées lors d’une Pride organisée malgré l’interdiction. Quelques semaines plus tard, une croisière transportant quelque 2 000 passager·ères LGBTQ+ avait été empêchée d’accoster à Kuşadasi.

    Les événements du 13 septembre marquent toutefois une escalade différente : cette fois, les autorités ne sont plus seulement intervenues pour empêcher une manifestation dans l’espace public. Elles sont allées chercher des militant·es jusque chez eux et ont perquisitionné les locaux d’organisations établies de longue date.

    Et le nom même donné à l’opération — « Ma famille est en sécurité » — résume peut-être le plus inquiétant changement de discours : présenter désormais les personnes LGBTQ+ non simplement comme des citoyen·nes dont on souhaite limiter la visibilité, mais comme une menace dont il faudrait protéger les familles.

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