Adopté à sa naissance par des parents acadiens, Peter, un jeune autochtone gai, voit sa vie prendre un tournant inattendu lorsqu’il découvre une lettre écrite par sa mère biologique 20 ans plus tôt, peu de temps avant son décès. Ce message éveille en lui de multiples questions sur ses racines et son appartenance culturelle. Est-il cependant prêt à y faire face ?
En compagnie de son copain, Darren (Shayne Michael), Peter (Félix Perkins) entreprend un voyage à travers le Nouveau‑Brunswick dans l’espoir de retracer ses origines et de renouer avec un héritage wolastoqey qu’il connaît à peine. Il ne dispose cependant que de maigres indices : une lettre rédigée dans une langue qui lui est incompréhensible et un foulard aux couleurs chatoyantes. Demeure également une crainte persistante : celle de ne rien découvrir ou, pire encore, d’être confronté à une vérité trop douloureuse à affronter. Cette recherche le pousse également à se colleter à des parts de lui-même qui sont demeurées en suspens : une culture autochtone qu’il connaît à peine, mais aussi une honte liée à son orientation sexuelle, venant redoubler celle associée à son identité autochtone.
Un sentiment nourri par la banalisation des insultes et des préjugés à caractère homophobe ou raciste, qu’il entend trop souvent autour de lui et vis-à-vis desquels il ne sait comment réagir. La relation entre
Peter et Darren forme le cœur affectif du récit, même si elle reste traversée de tensions : Peter hésite à s’y investir pleinement et à affronter le regard des autres. Ces réticences se trouvent renforcées par le mystère qui entoure la lettre de sa mère : certains refusent de la traduire, d’autres n’en révèlent qu’un fragment.
Quel secret unit le passé de sa mère au sien, et ce refus d’en dévoiler le contenu cache-t-il une fêlure en lui ? Le scénario combine de multiples références issues des cultures autochtones traditionnelles et de la culture occidentale contemporaine, allant jusqu’à évoquer, par exemple, une citation de Buzz l’Éclair tirée du film Histoire de jouets. Le périple des deux hommes fera par ailleurs émerger une vérité qui fait écho aux zones d’ombre de l’histoire coloniale canadienne, tout en ouvrant la voie sur un avenir pleinement dégagé.
Composée de huit épisodes d’une dizaine de minutes, la minisérie, écrite par Shayne Michael et réalisée par André Roy, se distingue par un équilibre singulier entre réalisme et lyrisme, soutenu par une musique envoutante. Portée par une distribution néo-brunswickoise, l’interprétation, bien que parfois inégale, dégage toujours une conviction irrésistible. Le titre, Enfant de méduse, se prête à de multiples interprétations symboliques.
À l’image du personnage de Peter, l’interprétation peut ainsi puiser dans plusieurs références culturelles. Le titre renvoie donc tout autant à un conte autochtone évoquant une femme nommée Méduse qui accompagne l’envol d’hommes-aigles, qu’à la figure mythologique grecque : victime devenue monstre, dotée d’un pouvoir de pétrification et pouvant incarner un homme marqué par un passé figé qui l’empêche d’avancer. L’absence de majuscule suggère également la méduse marine, créature fascinante et insaisissable, aussi dangereuse que fragile. Elle devient alors le symbole de vérités enfouies qui, une fois révélées, peuvent à la fois libérer et blesser le jeune homme.
INFOS | Les huit épisodes sont disponibles, en français, sur TOU.TV.

