Mercredi, 22 avril 2026
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    Le centre des arts actuels SKOL : L’art pour tisser des liens

    Cet hiver, le centre des arts actuels SKOL proposait Réveiller l’Androgyne, en hommage à la librairie mythique LGBTQ+ de Montréal. Ce printemps, du 23 avril au 13 juin, il ouvre ses portes à quatre artistes queers provenant de différentes régions du Québec, sous le titre Les espaces que l’on crée. Spaces We Make. Une invitation à se rencontrer, à partager et à transformer nos réalités par l’art. Une façon de dépasser les frontières des étiquettes identitaires, de laisser coexister le présent et le passé, et d’aller à la rencontre de l’autre.

    Pourquoi mettre de l’avant des artistes queers en région ?
    Florent To Lay : Parce qu’il existe autant de réalités que d’identités. On utilise parfois le mot « queer » comme une grande bannière inclusive qui gomme les aspérités. Or, les besoins diffèrent énormément selon les contextes. Être queer à Montréal n’est pas la même chose qu’être queer en région. Et même là, qu’est-ce qu’on appelle « région » ? Trois-Rivières, ce n’est pas la Côte-Nord. Les Îles-de-la-Madeleine, ce n’est pas l’Estrie. Chaque territoire a ses spécificités. Quand on ajoute la dimension artistique, les réalités se complexifient encore davantage.

    On oublie les queers des champs ?
    Florent To Lay : Parce qu’on a longtemps raconté une seule histoire : celle du départ. La personne queer qui quitte son village pour la grande ville afin de se libérer. C’est le récit classique, comme on le retrouve dans la chanson Smalltown Boy de Jimmy Somerville.

    Historiquement, beaucoup ont quitté un milieu perçu comme oppressant pour trouver un espace de liberté en ville. Mais depuis une vingtaine d’années, on observe aussi un mouvement inverse : des personnes queer quittent la ville pour s’installer en région.

    Par choix de vie, par contraintes économiques, pour créer autrement, pour vivre différemment. On voulait sortir d’une vision misérabiliste de la région. Ce n’est pas uniquement un lieu de manque, c’est aussi un espace de possibilités.

    Être artiste en région, c’est plus difficile ?
    Florent To Lay : Difficile, mais pas impossible. Il y a d’abord la question de l’éloignement : l’accès aux réseaux, aux centres de diffusion, à la reconnaissance. Quand on habite en région et qu’on n’a pas de contacts à Montréal, entrer dans ces circuits peut être complexe. À notre échelle, on essaie d’offrir cette passerelle, de permettre à des artistes qui vivent et travaillent en région de diffuser leur travail ici. Mais il y a aussi quelque chose de plus fondamental : quand on est queer en région, on doit souvent créer ses propres espaces. Des espaces sécuritaires, de création, de rencontre — d’où le titre de l’exposition, Les espaces que l’on crée.

    L’exposition joue donc aussi sur l’intersectionnalité : artiste et queer, ou l’inverse ?
    Florent To Lay : Être queer, c’est une chose. Être artiste, c’en est une autre. Habiter en région, encore une autre. Être racisé·e, trans ou issu·e d’une minorité dans la minorité ajoute des couches supplémentaires. Ces réalités se croisent et produisent des expériences spécifiques. Il faut les considérer sans les simplifier.

    En région, la diversité culturelle est parfois moins visible que dans les grands centres, simplement en raison de la densité démographique. Cela crée d’autres dynamiques. Certain·e·s n’ont jamais exposé à Montréal, et c’est important pour nous. L’exposition sera installative et pluridisciplinaire : photo, vidéo, son, objets. Nous travaillons beaucoup dans l’interdisciplinarité.

    SKOL va au-delà du simple lieu d’exposition…
    Florent To Lay : Nous voulons élargir la réflexion : créer des espaces, ce n’est pas seulement exposer des œuvres. C’est aussi créer des réseaux, des lieux de partage, des formes de solidarité. Les artistes auront carte blanche pour proposer des discussions, des ateliers, des performances. Nous accueillerons aussi une performance autour de la figure du Bigfoot, ainsi qu’un projet porté par une maraîchère lesbienne des Cantons-de-l’Est, qui a lancé une marche régionale, et un balado sur les réalités queer rurales. Nous collaborons également avec d’autres organismes.

    En juin prochain, par exemple, l’ensemble Montréal Baroque présentera des œuvres contemporaines écrites dans un style baroque. Ce dialogue entre tradition et création actuelle nous intéresse beaucoup. Il en sera de même avec les expositions et les événements que nous préparons pour cet été et cet automne.

    Une vision presque philosophique ?
    Florent To Lay : Nous croyons profondément à la collaboration. Nous n’existons pas sans les autres, et nos identités prennent sens dans la relation. Nous croyons donc aux échanges entre disciplines, générations, régions et métropoles. Il s’agit de reconnaître que des espaces se créent partout et qu’ils méritent d’être visibles. Créer, c’est déjà résister — et créer ensemble, c’est transformer.

    Artistes : Alex P. (Trois-Rivières) • Laurence Leness (Sept-Îles) • Gabriel Dionne (Saguenay–Lac-Saint-Jean) • Rose Desrosiers (Gaspésie)

    INFOS | Les espaces que l’on crée. Spaces We Make, du 23 avril au 13 juin 2026,
    au Centre des arts actuels SKOL, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal. http://www.skol.ca

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