Mercredi, 20 mai 2026
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    Kevins-Kyle Lambert, le plus flamboyant des hommes forts

    En participant à Loft Story en 2006, Kevins-Kyle Lambert a marqué l’imaginaire des Québécois qui n’avaient pas l’habitude de voir des homosexuels au petit écran. Vingt ans plus tard, il a surpris tout le monde avec sa force, sa débrouillardise en forêt et son leadership dans l’émission Hors Réseau (CRAVE). Une façon pour lui de faire éclater les stéréotypes associés aux gais et… de déposer les armes.

    À quel point Loft Story a-t-il impacté ta vie?
    Kevins-Kyle Lambert : Dans le temps, mon coming out n’était même pas fait officiellement! On ne savait pas qu’Éric Salvail et Joël Legendre étaient gais. Je n’avais jamais vu de gais à la télévision, alors je n’étais pas porté à le dire publiquement. Quand je suis sorti du Loft, les gens avaient compris mon orientation sexuelle sans que j’en aie parlé et je n’étais pas conscient de l’ampleur de la popularité de l’émission. Je pensais aller dans le Village et qu’on y verrait que du feu!

    Ce fut tout le contraire!
    Kevins-Kyle Lambert : Ça s’est ramassé dans les radios et dans les manchettes à Flash. On avait vu mon profil Gay411 de l’époque… Donc, je n’ai pas eu le choix de faire un coming out précipité. Ça s’est ramassé sur les couvertures des magazines. La réponse a été super positive en général. Ensuite, j’ai eu besoin de m’exprimer en sortant mon côté le plus flamboyant, après des années à me restreindre dans ma jeunesse. Le public a été témoin de cette explosion-là. Comme j’avais un personnage fort et apprécié dans Loft Story, plusieurs personnes ont accepté ma flamboyance parce qu’elles m’aimaient. Par contre, ça n’a pas fait l’unanimité. Ça a choqué des gens, mais ça a fait avancer la cause.

    Comment ta vie a-t-elle changé depuis 20 ans?
    Kevins-Kyle Lambert : Après ma période d’exubérance, je suis revenu à quelque chose de plus terre à terre. Je viens du Lac-Saint-Jean et j’ai été élevé dans une famille super traditionnelle avec des valeurs familiales. C’était clair que je voulais devenir papa. J’ai rencontré mon conjoint il y a bientôt 17 ans. On a vécu notre première grossesse en gestation pour autrui en 2011 pour avoir mon plus vieux, qui a 15 ans. On a répété l’expérience en 2013 et on a eu des jumeaux. Je suis devenu le Kevins calme, papa de soccer et de volleyball qui fait le taxi partout.

    Et tu es devenu homme d’affaires.
    Kevins-Kyle Lambert : Oui, parce que les gestations pour autrui ont coûté très cher. Je n’avais pas le budget pour ça, mais je suis un gars qui gère son budget de manière spéciale : je me demande combien ça coûte et combien il faut qu’il en rentre. J’avais besoin d’argent pour repayer tout ça et maintenir notre rythme de vie en famille. Ça m’a poussé à devenir entrepreneur. J’ai participé à des championnats canadiens et mondiaux pour bâtir ma réputation. J’ai plus de 30 employés sous ma bannière de produits de coiffure et dans mon salon. On est très renommés sur la Rive-Nord de Montréal.

    Pourquoi voulais-tu participer à Hors Réseau?
    Kevins-Kyle Lambert : C’était tellement pas dans mon personnage! Sur mes réseaux sociaux, on me reconnaît pour Loft Story, mon travail en mode et en coiffure. J’ai un côté flamboyant que j’assume totalement, mais je viens du Lac-Saint-Jean et j’ai été élevé en forêt. Je passais mes étés dans le pit de sable à construire des cabanes en bois. Quand j’ai été approché par un membre de la production, qui savait d’où je venais et que je serais sous-estimé, j’ai aimé la storyline. Je voulais arriver le plus « gai » possible pour que Roger, devant sa TV, se dise que je ne ferais pas long feu. Je trouvais que c’était mon devoir de faire avancer les choses et que la perception qu’on a des gais change. J’avais envie de montrer qu’il y a plusieurs styles d’homosexuels. Ils sont tous corrects, mais ce n’est pas parce que t’es gai que tu n’es pas fort et que tu ne peux pas te débrouiller dans le bois.

    Pourquoi les gens ont-ils été si surpris par tes performances?
    Kevins-Kyle Lambert : Ça veut dire qu’il y a encore du travail à faire. Certains amis de mes gars sont surpris que leurs pères n’aient « pas l’air gais ». Mais quessé que ça veut dire, ça? Ça veut dire que les gens pensent encore qu’un homosexuel, ça ressemble à un stéréotype, alors que ça représente une partie de l’éventail. Quand on analyse ma vie, c’est très hétéronormatif. Étant donné que les gens m’acceptent plus à cause de ça, il faut que je me serve de cette réalité-là pour aider les autres gais et ouvrir les portes aux futures générations.

    À quel point l’expérience était-elle exigeante?
    Kevins-Kyle Lambert : Écoute… ça a l’air facile dans les émissions si on compare à ce qu’on a vécu! On était bien encadrés et la sécurité était au maximum, mais parfois, on marchait pendant cinq heures pour passer du point A au point B, mais dans l’émission, ça durait cinq secondes. Donc, quand on arrivait à une épreuve, on avait énormément marché pour s’y rendre à travers les branches. J’étais grafigné de partout. On se faisait piquer par les mouches sans arrêt. J’avais des piqûres sur les fesses et même dans les mains! On avait mal partout. J’ai perdu 12 livres en 10 jours pendant le tournage.

    Qu’as-tu compris sur toi?
    Kevins-Kyle Lambert : Depuis que je suis jeune, je suis habitué à me battre dans la vie, à ne pas faire l’unanimité et à déranger. Je suis un guerrier. Pour moi, c’est la norme. Mais Hors Réseau a généré une
    immense vague d’amour. Je ne m’attendais pas à ça. J’ai appris que j’ai le droit de savourer ce positif-là. En plus, les jeunes qui participaient à l’émission m’ont donné tellement d’amour que j’ai compris que je peux déposer mes gants de boxe de temps en temps. Je dois me garder de l’énergie pour moi et ma famille.

    Tes enfants ont-ils découvert quelque chose sur toi?
    Kevins-Kyle Lambert : Honnêtement, non. Ils ne comprenaient pas pourquoi les gens étaient surpris de me voir performer. Ils connaissent mes compétences et mon tempérament. Ils savent que je suis
    généreux : j’aide toujours plein d’organismes et je mets sur pied des levées de fonds. Ils ont été épatés de voir que le public était aussi étonné. Ça leur a fait comprendre à quel point les gens voient les gais comme une seule affaire.

    Quelles amitiés de Hors Réseau sont restées les plus fortes?
    Kevins-Kyle Lambert : On a presque tous des liens forts. Je suis surtout resté en contact avec Antoine Olivier Pilon, Sam-Éloi Girard, Marylène Gendron, Éléonore Lagacé, Pascale de Blois et Brandon Mikan : tous ceux qui se sont rendus en finale. Une nuit, quand j’étais seulement avec Sam, Antoine et Marylène, on était dans le froid total et il nous mouillait sur la tête. On essayait de se réchauffer, mais je ne savais pas si Antoine était un peu homophobe ou pas. Finalement, c’est lui qui m’a dit : « Colle-toé, j’ai frette. » Sam et lui ne se sentaient pas du tout confrontés dans leur hétérosexualité en présence d’un gai. Ça m’a fait du bien d’être avec des gars hétéros positifs comme ça.

    INFOS | POUR VISIONNER en raffale la série HORS RÉSEAUX : https://www.crave.ca
    Pour suivre Kevins Kyle Lambert sur instagram: https://www.instagram.com
    Web : https://kevinskyle.com

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