Jeudi, 13 août 2026
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    Pete Buttigieg en 2028 : « plus enclin que non » à se présenter

    Pete Buttigieg n’est toujours pas officiellement candidat à la présidence des États-Unis en 2028. Mais l’ancien secrétaire aux Transports de Joe Biden n’a probablement jamais semblé aussi près de dire oui. Après des mois de spéculations, des sondages encourageants et plusieurs clins d’œil soigneusement calculés, il reconnaît désormais être « plus enclin que non » à briguer de nouveau la Maison-Blanche. Une décision qu’il affirme toutefois vouloir prendre autant comme père de famille que comme politicien.

    Pete Buttigieg sait très bien ce qu’on veut lui demander. Depuis plusieurs mois, presque chacune de ses apparitions publiques se termine tôt ou tard par la même question : sera-t-il candidat à la présidence en 2028?

    Jusqu’ici, l’ancien maire de South Bend et ex-secrétaire aux Transports s’est gardé de donner une réponse définitive. Mais son langage a changé. Lors d’une récente entrevue au balado The Diary of a CEO, animé par Steven Bartlett, on lui a demandé de situer son degré d’intérêt pour une nouvelle campagne présidentielle : très intéressé, plutôt intéressé, plutôt pas intéressé ou pas intéressé du tout?

    Sa réponse a été suffisamment claire pour relancer instantanément les spéculations. « Je suis plus enclin que non », a-t-il répondu.

    Ce n’est évidemment pas une déclaration de candidature. Mais à plus de deux ans des primaires démocrates, c’est beaucoup plus qu’un simple « on verra ». Buttigieg reconnaît désormais publiquement qu’une deuxième tentative pour la Maison-Blanche constitue une véritable possibilité.

    « Gardez-moi une place »

    Les signes s’accumulent depuis le printemps. Le 10 avril, Buttigieg participait à la 35e convention annuelle du National Action Network, à New York, lorsqu’Al Sharpton lui a rappelé un épisode devenu célèbre de sa campagne présidentielle de 2020.

    À l’époque, les deux hommes avaient déjeuné au restaurant Sylvia’s, à Harlem, alors que Buttigieg tentait notamment d’améliorer ses relations avec l’électorat noir, auprès duquel sa candidature éprouvait de grandes difficultés.

    Sharpton lui a donc demandé, avec humour, s’il devait réserver de nouveau une table pour 2028. Buttigieg a souri. « Gardez-moi une place. Je serai là. » La salle a applaudi.

    Dans le vocabulaire extrêmement codifié des campagnes présidentielles américaines, la réponse ressemblait moins à une plaisanterie qu’à une façon particulièrement élégante de maintenir toutes les portes ouvertes.

    Et les sondages commencent à le placer devant

    Il y a aussi une raison très pragmatique pour laquelle la question refuse de disparaître : Buttigieg est déjà compétitif dans les premières enquêtes d’opinion portant sur 2028.

    Un sondage national d’Emerson College publié à la fin de mai plaçait l’ancien secrétaire aux Transports en tête des candidat·es démocrates potentiels avec 18 % des intentions de vote. Il devançait alors le gouverneur de Californie Gavin Newsom, à 16 %, ainsi que la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, à 11 %. Josh Shapiro et l’ancienne vice-présidente Kamala Harris obtenaient chacun 10 %, tandis qu’Andy Beshear recueillait 9 %.

    À ce stade-ci, ces chiffres ne constituent évidemment pas une prédiction électorale. Les primaires sont encore lointaines et aucun véritable champ de candidatures n’est formé. Mais ils confirment au moins une chose : Buttigieg demeure l’une des personnalités démocrates les plus visibles du pays malgré son départ du gouvernement.

    De candidat prodige à père de famille

    Une éventuelle candidature en 2028 ne ressemblerait toutefois pas à celle de 2020. Lorsque Buttigieg s’était lancé une première fois dans la course présidentielle, il avait 37 ans, venait de terminer son deuxième mandat comme maire de South Bend, dans l’Indiana, et était encore pratiquement inconnu à l’échelle nationale.

    Sa campagne avait déjoué les attentes. Il était notamment devenu le premier homme ouvertement gai à remporter une primaire ou un caucus présidentiel d’un grand parti américain avant d’intégrer, sous Joe Biden, le cabinet fédéral comme secrétaire aux Transports.

    Aujourd’hui, sa réalité personnelle est différente. Lui et son mari, Chasten Buttigieg, sont les pères de jumeaux âgés de quatre ans. Et Buttigieg affirme que la paternité a profondément modifié sa façon d’évaluer ce qu’exige une campagne présidentielle.

    Lors de son entrevue avec Steven Bartlett, il a reconnu qu’avant d’avoir des enfants, il ne saisissait pas pleinement ce que l’exposition politique pouvait imposer à une famille. Cette dimension est maintenant incontournable dans sa décision.

    Une fausse dénonciation qui a visé ses enfants

    Cette préoccupation n’est pas théorique. En juin, la famille Buttigieg a vécu un épisode particulièrement troublant lorsqu’une dénonciation anonyme et complètement fausse a été transmise aux services de protection de l’enfance du Michigan.

    La personne derrière la plainte prétendait que Buttigieg représentait un danger pour ses propres enfants. La police de l’État du Michigan et les services de protection de l’enfance ont finalement déterminé que les allégations étaient sans fondement. Mais pendant environ 24 heures, Pete et Chasten Buttigieg ont dû se séparer temporairement de leurs jumeaux pendant que les autorités vérifiaient les accusations.

    Buttigieg a décrit cette période comme l’une des plus sombres de sa vie publique et a comparé le procédé à une forme de swatting utilisant cette fois les services de protection de l’enfance plutôt qu’une équipe policière d’intervention.

    L’incident donne évidemment un poids particulier à ses réflexions sur une future campagne. Se présenter à la présidence ne signifie plus seulement accepter les attaques dirigées contre lui. Cela signifie aussi décider jusqu’à quel point il souhaite exposer Chasten et leurs enfants à la violence qui accompagne désormais certaines formes de vie politique américaine.

    La question qu’il dit devoir résoudre

    Mais ce n’est pas la seule interrogation qui retient Buttigieg. Lors du balado, il a expliqué qu’avant de se lancer, il doit répondre à une question fondamentale : a-t-il quelque chose de suffisamment différent à proposer?

    Autrement dit, l’ambition personnelle et sa notoriété ne suffisent pas. Buttigieg dit vouloir savoir s’il pourrait apporter une vision qui ne serait pas simplement une version légèrement différente de celles de Gavin Newsom, Kamala Harris, Alexandria Ocasio-Cortez, Josh Shapiro ou des autres personnalités susceptibles de participer à une primaire démocrate déjà annoncée comme très compétitive.

    Cette réflexion est intéressante parce qu’elle rejoint un message politique que Buttigieg développe de plus en plus ouvertement. Selon lui, les démocrates ne peuvent pas se contenter de promettre un retour à l’Amérique d’avant Donald Trump.

    Pas simplement revenir à « avant Trump »

    Le 2 août, Buttigieg se trouvait à Provincetown, l’une des destinations LGBTQ+ les plus emblématiques des États-Unis, afin de participer à une activité de financement pour la gouverneure du Massachusetts, Maura Healey. Son message allait beaucoup plus loin qu’un simple appel à battre les républicains.

    Selon Buttigieg, la tâche des démocrates ne consiste pas uniquement à « reconstruire les morceaux brisés du statu quo précédent ».

    « Quand on parle de quelque chose de mieux, cela ne signifie pas seulement mieux qu’aujourd’hui. Cela signifie mieux qu’avant », a-t-il déclaré.

    Le raisonnement est important. Si les conditions politiques, économiques et sociales qui existaient avant le retour de Trump au pouvoir ont contribué à rendre possible son ascension, restaurer exactement ce même système ne suffirait pas nécessairement à empêcher le trumpisme de revenir sous une autre forme. Buttigieg semble ainsi vouloir se positionner comme le candidat d’un après-Trump qui ne serait pas simplement un retour en arrière.

    Une candidature historiquement importante, mais pas suffisante

    Pour les communautés LGBTQ+, une deuxième campagne de Buttigieg comporterait évidemment une dimension historique considérable. Il a déjà brisé plusieurs plafonds de verre politiques aux États-Unis.

    Sa campagne de 2020 avait marqué la première fois qu’un candidat ouvertement gai devenait réellement compétitif dans une course à l’investiture présidentielle d’un grand parti. Son entrée dans le cabinet Biden avait ensuite fait de lui le premier homme ouvertement gai confirmé par le Sénat à diriger un ministère fédéral. Une candidature crédible en 2028 — et éventuellement une victoire — ouvrirait évidemment une nouvelle page de cette histoire.

    Mais Buttigieg semble lui-même comprendre que cette dimension symbolique ne suffirait plus. En 2020, le simple fait qu’un homme gai puisse remporter le caucus de l’Iowa avait quelque chose de révolutionnaire. En 2028, les électeur·rices démocrates voudront d’abord savoir ce qu’il propose sur le coût de la vie, le logement, la santé, l’économie, l’immigration, les institutions démocratiques et la place des États-Unis dans le monde. Son orientation sexuelle fera partie de son histoire, mais elle ne pourra pas constituer son programme.

    Un candidat sans campagne… pour l’instant

    Pour le moment, Pete Buttigieg demeure donc dans cette zone politique particulièrement pratique où l’on peut agir comme un candidat sans avoir à en devenir officiellement un.

    Il voyage. Il prononce des discours. Il participe à des campagnes pour d’autres démocrates. Il apparaît régulièrement dans les médias. Il critique l’administration Trump. Il réfléchit publiquement à l’avenir de son parti. Et il répond aux questions sur 2028 avec juste assez d’enthousiasme pour empêcher quiconque de fermer le dossier.

    Après avoir parcouru une grande partie du pays depuis son départ de l’administration Biden, Buttigieg continue également de tester un argument qui pourrait facilement devenir celui d’une campagne présidentielle : les démocrates doivent parler non seulement à leur base, mais aussi aux indépendant·es et à ceux qu’il aime appeler les « futurs ex-républicains ».

    La décision officielle peut encore attendre. À plus de deux ans du début véritable de la course à l’investiture, Buttigieg n’a aucun avantage évident à se déclarer immédiatement. Il peut continuer à faire campagne pour les élections de mi-mandat, à développer son message, à mesurer ses appuis et — surtout — à déterminer si une deuxième course présidentielle vaut ce qu’elle imposerait à sa famille. Mais son vocabulaire laisse de moins en moins de place au doute.

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