Mardi, 29 novembre 2022
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    On dirait qu’il va neiger

    Les Français adorent publier leurs journaux personnels : en fait, je me demande parfois si un seul autre peuple sur la planète en publie un volume comparable.

    C’est dans ces pages que le lecteur peut suivre les pensées ô combien transcendantes, de l’auteur. Certains exploitent le genre avec grand succès et réalisent un produit original qui va au-delà de l’anecdote.

    Hervé Guibert en est un bon exemple mais, hélas!, il n’est pas donné à tout le monde d’être Hervé Guibert. Voici donc le troisième volet du journal intime de Pascal Sevran, animateur de télévision de l’émission de variétés La Chance aux chansons. Le lecteur a d’ailleurs l’ineffable plaisir de pouvoir contempler une photographie de l’auteur en dos de jaquette, affichant une expression de grande réflexion, un doigt appuyé sur la tempe (probablement pour contenir les flots de son intellect).

    Le lecteur est donc convié à suivre, au jour le jour, les événements qui traversent sa vie ainsi que ses réflexions, toutes plus creuses les unes que les autres, sur l’existence. Quoi de plus fascinant que ce passage où, simplement heureux d’être à Montréal, sous la neige, à lire quelques pages du Bonheur de Barbezieux, il déclare :

    “Ni les tourments de la chair ni ceux de l’âme ne m’ont encore abattu ; peut-être en effet, est-il invraisemblable d’aimer la neige et les garçons.”

    Peut-être suis-je en effet particulièrement réduit du bulbe, mais la phrase m’apparaît toujours aussi creuse et prétentieuse à chaque nouvelle lecture. Bref, un ouvrage de peu d’intérêt, mis à part les pages 38-39 où notre explorateur français, ne reculant devant rien, jette un œil sur le club Bolo et ses danseurs et émet pour se faire la réflexion suivante :

    “Les gens de ce pays sont heureux par principe. Juste avant que la séance ne devienne pathétique, ces hommes-là si laids, si barbus, si ventrus, sourient de tout leur cœur et s’abandonnent à leurs désirs.”

    Comme on le constate, l’esprit colonialiste gonflé de commisération n’est pas mort chez certains. D’autres passages sont également révélateurs de l’attitude générale de l’auteur qui semble pétri de son importance et de sa supériorité mais qui, en fait, chaque fois s’enfonce un peu plus dans les profondeurs abyssales du ridicule.

    Amusant, dans un certain sens.

    On dirait qu’il va neiger / Pascal Sevran. Paris : Albin Michel, 2002. 248p.

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