Mardi, 28 septembre 2021
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    À Nice, un prêtre, victime présumée d’un aumônier, sort du silence

    Le père Schoepff, 64 ans, «Jean-Marc» comme l’appellent encore les jeunes et les familles qui ont côtoyé cet aumônier et curé à la personnalité charismatique, a été arrêté et brièvement incarcéré.

    «Ma parole peut peut-être donner à d’autres le courage de parler» : l’un des neuf plaignants accusant le père Jean-Marc Schoepff d’agressions sexuelles dans leur adolescence à Nice sort pour la première fois du silence. Signe particulier : il est prêtre lui aussi.

    «Je souhaite faire entendre ma voix auprès des personnes qui doutent encore de ce qu’elles ont pu entendre dans les médias. Je me dis que ma parole aura, comme je suis prêtre, peut-être un peu plus de poids», témoigne le père Cédric, 42 ans. Son prénom a été modifié pour préserver la paroisse où il officie depuis son ordination en 2016.

    Le but pour moi n’est pas de me venger mais de faire la vérité, en me disant que ça va aussi lui faire du bien à lui. Je suis resté longtemps assez proche de lui, je l’ai invité à mon ordination. Ce sont les premières plaintes qui m’ont fait cheminer.

    La plupart des faits sont prescrits 
    Le père Schoepff, 64 ans, Jean-Marc comme l’appellent encore les jeunes et les familles qui ont côtoyé cet aumônier et curé à la personnalité charismatique, a été mis en examen et brièvement incarcéré. Il ne devrait pas être jugé avant 2022.

    «On attend que la procédure démontre son innocence. Ensuite, on se réserve le droit de déposer des plaintes pour dénonciations calomnieuses», ont indiqué ses avocats Mes Michel Cardix et Tina Colombani. «Il conteste totalement les faits et considère qu’il y a eu une cabale».

    La plupart des faits allégués, sauf ceux contenus dans deux plaintes, sont prescrits. «C’est vraiment dommage. Il reste les médias et les psys pour parler et faire un chemin de guérison», regrette le père Cédric qui a déposé une plainte en avril 2019, «un processus assez douloureux».

    Si le procès a lieu, il pourra être cité comme témoin et raconter ce qu’il appelle les «câlins», qu’il trouvait à l’époque «excessifs mais pas délictueux» et qu’il situe à partir de ses 14 ans jusqu’à ce qu’il dise stop.

    «Ça s’est arrêté quand j’avais 17 ans. Avant d’avoir pu en parler à quelqu’un, je n’avais pas conscience de subir une agression sexuelle, je pensais que c’était sa manière de me témoigner son affection […]. Une fois la lumière éteinte, il se rapprochait de moi et faisait un câlin. Il pouvait toucher mes jambes, mes fesses, ça lui arrivait de mettre un doigt dans ma bouche, de jouer avec ma langue, de m’embrasser, et il me disait qu’il m’aimait, que j’étais beau. À moi, il ne m’a pas touché le sexe.»

    «Les choses se sont produites à chaque fois que je dormais dans la même pièce avec lui, autant dire assez souvent», dit-il car, selon lui, le prêtre l’hébergeait les veilles de randonnées, de camps, partageait parfois la même tente et l’invitait dans son chalet pour skier.

    «Vraie réflexion» de l’Église 
    «Impensable» aujourd’hui, convient-il : «Tout n’est sans doute pas parfait [dans l’EÉglise] mais il y a une vraie réflexion. On met des portes vitrées aux locaux accueillant des jeunes. On laisse la porte ouverte quand on confesse un enfant et, quand on fait des camps, on n’a pas le droit de dormir avec les jeunes, même pas celui d’aller dans les chambres !»

    Issu d’une famille croyante qui le laissait parfois sécher la messe pour regarder Téléfoot, il a rencontré le père Jean-Marc, aumônier à Stanislas, fleuron de l’enseignement privé catholique niçois, à une rencontre diocésaine.

    « De fil en aiguille, j’ai fait beaucoup de camps avec lui et je suis devenu un de ses chouchous, le premier des chouchous […] Ça a été comme un second père et il disait que j’étais son filleul », dit-il. L’aumônier financera même ses études en école de commerce.

    Quand l’affaire éclate en 2017, le père Cédric se tait d’abord : «J’avais peur.» À Noël, il évoque le passé en tête-à-tête avec le père Jean-Marc qui, selon lui, demande pardon, affirme qu’il n’a plus jamais recommencé et s’est fait soigner, même si des plaintes ultérieures semblent infirmer ses dires.

    Concernant le diocèse, «on a de bonnes raisons de penser qu’un signalement a été fait dans les années où il était aumônier à Stanislas». Ce n’est qu’à la rentrée 2017 que le père Jean-Marc, curé de la paroisse du Port, sera écarté du dernier établissement scolaire où il intervenait encore.

    Rédaction avec AFP

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