Mercredi, 7 Décembre 2022
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    Valérie Plante répond à 5 de nos questions

    Entrevue avec la mairesse de Montréal

    Malgré la pandémie, c’est en présentiel que nous avons pu rencontrer Valérie Plante. Au moment où le secteur du Village vit une crise avec la fermeture des bars, des restaurants et des cafés due aux mesures sanitaires, celui-ci, bien malgré lui, est plongé au cœur de la problématique de l’itinérance, sans oublier les développements immobiliers en cours, soit autant de thématiques que nous avons abordés avec la mairesse Plante.

    Pour relancer l’économie et une vie commerciale, est-ce qu’il n’y aurait pas la nécessité de multiplier les terrasses et les placottoirs dans toutes les rues perpendiculaires à la rue Sainte-Catherine ou d’augmenter le nombre de rues piétonnières même partiellement?
    Pour la piétonisation comme celle sur Sainte-Catherine entre Saint-Hubert et Papineau, c’est évalué en fonction de l’achalandage, quand on sait qu’il y a une forte proportion de personnes qui fréquentent une rue. Pour les terrasses, bien sûr nous sommes ouverts à leur multiplication car ce serait une bonne façon «de renflouer les coffres des commerçants puisqu’on le sait, qu’ils ont été les plus touchés par la pandémie.» Les propriétaires de bars, de restaurants et de cafés qui le souhaitent peuvent demander et décider avec l’arrondissement de retirer des places de stationnement. Nous avons déjà diminué toute la paperasse pour rendre plus facile le processus administratif, et le prix du permis demandé ne sera pas plus élevé que l’année dernière, environ une cinquantaine de dollars, un montant qui couvre à peine les frais d’ouverture du dossier.

    Avant la pandémie, on voyait des commerces fermés et remplacés par des grandes bannières ou encore rester vacants en raison des loyers trop élevés. La situation s’est aggravée avec la pandémie. Quelles solutions prévoyez-vous?
    Il faut savoir que contrairement à d’autres artères commerciales, la plupart des commerçants du Village ne sont pas propriétaires mais locataires. Et contrairement à la Régie des logements, nous n’avons pas de registres des baux commerciaux pour qu’un futur commerçant puisse se renseigner et comparer. Mais nous travaillons à la création de ce registre avec la collaboration de l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM), dont la SDC du Village. Nous avons une superbe collaboration avec les SDC, et c’est important parce que ce sont elles qui sont sur le terrain, qui ont une très bonne connaissance des problématiques. Avec la SDC du Village, nous regardons comment attirer des commerces différents pour assurer une bonne mixité.

    Une rue commerciale qui fonctionne bien est une rue où l’on peut bien sûr trouver des bars, des cafés, mais aussi des boulangeries, etc. […] D’autant que les projets immobiliers qui s’en viennent vont sûrement contribuer à une plus grande diversité de commerces. Je pense aussi, pour aider à la relance économique, qu’il faudra créer un programme accès-commerce, comme il existe un programme accès-logement, qui permette à des commerçants d’acheter ou de louer des locaux plus facilement et moins coûteux. Il faut voir aussi les exemples qui existent ailleurs dans le monde, car il y a des expériences intéressantes. […] Je pense que l’on tend vers cela avec le Projet particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs: l’Avenir du Village.

    Avec le développement de grands projets immobiliers, comment embarquer les promoteurs à être plus engagés dans la vie de quartier ?
    Nous avons souvent des rencontres avec les promoteurs et nous avançons nos exigences tout en étant conscients que leur objectif est la rentabilité, on discute avec les promoteurs en leur rappelant que la population a de plus en plus d’exigences, et donc qu’ils doivent penser en termes d’espaces verts, d’espaces communautaires, d’écoles, etc. Et que ce serait une meilleure image pour eux d’embarquer dans ces exigences-là.

    On obtient petit à petit des gains qui changent les cadres de la construction à Montréal. L’objectif 20/20/20 (20% de logements sociaux, 20% de logements abordables, 20% de logements familiaux), cela ne se verra peut-être pas demain, mais dans 5 ans, dans 10 ans.

    La pandémie a mis en lumière des problématiques qui durent depuis des décennies, comme l’itinérance dont les derniers chiffres nous apprennent que 43% de tous les itinérant.es à Montréal se retrouvent dans Ville-Marie et sont une source de problèmes et d’inquiétudes.
    Je crois qu’il faut rappeler à la population de Ville-Marie que l’itinérance n’est pas de compétence municipale mais provinciale. On a tendance à l’oublier. La décision d’ouvrir comme refuge l’hôtel de la Place Dupuis a été prise par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal avec le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux [Lionel Carmant]. Compte tenu de la situation, il était urgent de pouvoir trouver des lits pour les personnes itinérantes avec la fermeture d’un certain nombre de refuges mais j’ai rappelé au ministre que la réquisition de l’hôtel de la Place Dupuis ne pouvait être que temporaire.

    La pandémie a entraîné une augmentation de cette population vers le centre-ville car elle savait qu’elle y trouverait des services qui n’existent pas ailleurs sur l’île. Mais cela met une pression indue pour les résidents et les commerçants du Village, c’est pourquoi il faut distribuer de tels services dans d’autres quartiers et qu’il ne faut pas arrêter les ressources accordées par le gouvernement pour l’itinérance avec la fin de l’hiver, ni même de la pandémie. On ne peut pas laisser la Ville, l’arrondissement et les organismes communautaires qui sont en première ligne avec cette problématique, une problématique qui date de bien avant la pandémie. Il faut trouver des solutions qui tiennent compte des besoins des personnes itinérantes, comme la santé mentale, la toxicomanie, ou encore un simple problème de logement qui ne date pas d’aujourd’hui, ni même de la pandémie. Mais soulignons-le encore, la question du logement social est de compétence provinciale et qu’il n’y a eu aucun investissement lors des deux derniers budgets provinciaux. Mais il faut une vision à long terme et concertée.

    Il y a de plus en plus de femmes à la tête de grandes métropoles, est-ce qu’il est facile pour une femme d’occuper un poste encore traditionnellement réservé à un homme?
    Il est certain que les gens, et parmi lesquels beaucoup de femmes, vont moins pardonner à une femme en politique qu’à un homme. Tant qu’il n’y aura pas plus de femmes en politique avec des postes de responsabilité, il y aura encore comme perception que ces femmes qui osent doivent être parfaites.

    Il reste encore cette perception qu’une femme ne doit pas déroger à certains critères. Entre autres, si on regarde du côté des hommes en politique, qu’ils aient des qualités et des défauts, qu’ils fassent ou non des erreurs, on considère qu’ils font la job. Pour une femme faire la job, ce n’est pas suffisant. Et quand elle tombe, elle tombe de plus haut. Et en plus il existe ce qu’on appelle la malédiction du second mandat pour les femmes. Aucune femme en politique ayant eu un mandat avec de très hautes responsabilités n’a été réélue au Canada, que ce soit au municipal, au fédéral et au provincial. Sachant cela, je vais aborder la campagne électorale avec la même humilité. Je fais la job, je ne suis pas parfaite, je continue d’apprendre, je vais continuer à m’améliorer, mais je ne me changerai jamais pour être quelqu’un que je ne suis pas.

    André C. Passiour ET Denis-Daniel Boullé

    INFOS | montreal.ca

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