Mardi, 24 mai 2022
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    Heartstopper et le frémissement des amours adolescentes

    Basé sur une bande dessinée en ligne (disponible sur webtoons.com) dont la popularité n’a cessé de croître depuis sa parution initiale en septembre 2016, Heartstopper met en scène les amours de plusieurs membres des communautés LGBTQ, mais plus particulièrement celles de deux garçons de 15 et 16 ans : Charlie et Nick. Depuis le 22 avril, Netflix en propose une adaptation télévisuelle, à la fois pétillante et émouvante, qui conserve tout le cachet de l’œuvre originale tout en n’hésitant pas à en approfondir certains aspects.


    Rien de plus périlleux que de bien rendre un univers fictif que des centaines de milliers de lecteurs et lectrices ont déjà imaginé, en particulier lorsque celui-ci est issu d’une bande dessinée. Le dessin imprègne immanquablement l’esprit et des détails qui peuvent sembler insignifiants aux profanes se révèlent parfois d’une importance fondamentale pour les fidèles. S’en écarter peut donc se révéler un pari risqué. C’est ce qui explique que l’autrice, Alice Oseman, s’est impliquée de très près dans le projet d’adaptation, tant au regard de la scénarisation que du choix des interprètes ou des costumes. Et force est d’admettre que le résultat final ne pourra que séduire les plus difficiles!


    Bien que portant l’étiquette de série pour ados, cette dernière est à mille lieues des Euphoria, Riverdale et autres variations qui pullulent sur les écrans : pas de toxicomanie, de crimes scabreux ou de scènes lascives. L’action se déroule dans une école secondaire tout ce qu’il y a plus banales et met simplement en scène des jeunes qui s’apprivoisent et cherchent à se définir. Il faut par ailleurs souligner que, contrairement à la tradition américaine, les protagonistes sont interprétés par des acteurs situés dans la même tranche d’âge (autour de 18 ans) que leurs personnages plutôt que dans la fin vingtaine. Âgé de 15 ans, Charlie (excellent Joe Locke) est d’un naturel solitaire : il est souvent pris à parti par les autres écoliers et, à l’exception d’un petit cercle d’amis, il hésite donc à se mêler aux autres. La série s’amorce alors qu’il réalise n’être qu’un exutoire pour son « petit copain secret » qui le cantonne à des rencontres en catimini. C’est dans la mouvance de cette réalisation qu’il se retrouve à partager des classes avec Nick (fantastique Kit Connor), un athlète de rugby pour lequel il a immédiatement le béguin.

    Les incertitudes que nourrissent Nick et Charlie sont fort bien amenées et développées et c’est de manière progressive que l’on assiste au passage de ce qui semble être une relation hétéro-amicale vers bien autre chose. Nick est incertain quant à la nature de ce qu’il ressent pour Charlie, mais avant tout de ce que ses élans du cœur impliquent au niveau identitaire. Charlie, de son côté, craint d’être à nouveau blessé et n’ose parfois même croire qu’il puisse mériter un regard autre qu’amical de son compagnon de classe. Fort de son statut d’athlète, qui l’a toujours préservé de la critique, ce n’est par ailleurs que progressivement que Nick mesure ce qu’implique de vivre dans la différence. La série ne se cantonne cependant pas à ces deux personnages puisqu’on y suit également certains des proches de Charlie. C’est notamment le cas d’Elle (interprétée par l’actrice trans, Yasmin Finney), une jeune étudiante qui a intégré un collège pour filles afin de mieux y vivre sa transition : un personnage complexe qui vient toucher une corde sensible et dont on suit les moindres mouvements avec ferveur. Difficile également de ne pas souligner la performance de William Gao, dans le rôle de Tao, un étudiant doté d’un esprit à la fois rebelle et sardonique qui se languit d’Elle et de leur complicité. Mais n’y a-t-il pas plus dans cette relation? Finalement, Tara (Corinna Brown) et Darcy (Kizzy Edgell), un couple d’adolescentes qui vit au grand jour ses amours et qui, malgré les vicissitudes rencontrées, exulte de bonheur.

    Il faut souligner l’excellence dans la réalisation d’Euros Lyn qui fait preuve d’une grande
    nuance dans son traitement des personnages et parvient à générer des moments d’émotions extrêmement tangibles. Nombreux se reconnaitront sans doute dans leurs maladresses, les messages Instagram effacés-modifiés-remodifiés afin de ne pas trop se révéler, les sourires difficilement réprimés, les frémissements propres aux premiers baisers ou encore l’angoisse de lire un regard différent à son endroit chez l’autre. L’aspect graphique de la bande dessinée est habilement intégré à la réalisation par l’intermédiaire de scènes de transition qui évoquent le passage d’une case à une autre. De même pour des moments à fleur de peau où, à l’instar de la BD, des tourbillons d’étoiles ou de feuillages s’intègrent soudainement à l’image. Bien que l’intrigue soit articulée autour d’amours à première vue impossibles, de conflits identitaires ou d’affrontements parfois belliqueux, la série se distingue par un cocktail extrêmement bien dosé où se côtoient naïveté, joie de vivre et une irrésistible tendresse.

    Il s’avère impossible de garder les yeux secs, mais également de ne pas sourire devant
    l’effervescence, les émois et la fragilité ainsi dépeinte à l’écran. La série est disponible en anglais ainsi que dans un excellent doublage français. Petit bémol cependant sur ce dernier élément puisque le personnage d’Elle (Ella, en français) est doublée par Jessica Monseau, une actrice cisgenre à la voix très féminine : une pratique courante en France, mais qui ne me semble pas respecter la nature trans du personnage et qui, au début, fait même parfois un peu décrocher. Disponible sur Netflix. Les quatre premiers volumes de la série des bandes dessinées sont également disponibles en anglais et en français.


    INFOS | netflix.com

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