Mercredi, 28 septembre 2022
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    Pour l’écrivain cubain Anton Arrufat, le mariage des couples de même sexe est une avancée positive

    Cuba organise dans quelques jours un référendum sur un nouveau Code de la famille incluant l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe.

    Le dramaturge cubain Anton Arrufat avait 35 ans lorsqu’il a été marginalisé pour ses écrits et son orientation sexuelle. Vingt ans plus tard, il a collaboré au film Fraise et Chocolat (1993) qui a mis l’homosexualité sur le devant de la scène à Cuba. Aujourd’hui, il soutient la légalisation du mariage des couples de même sexe.

    L’écrivain, maintenant  âgé de 87 ans, convoque ses souvenirs des années 1960 et 1970, période marquée par la mise au pas des artistes et des intellectuels lorsque l’île communiste avait adopté le modèle soviétique. «Oui, nous avons été paramétrés selon le terme qui était utilisé à l’époque», raconte Anton Arrufat «dans son appartement du centre de La Havane aux murs couverts de livres et de tableaux». 

    Quelques années après la révolution menée en 1959 par Fidel Castro, les autorités avaient établi des «paramètres» moraux pour définir les travailleurs auxquels on pouvait faire confiance, notamment les révolutionnaires et hétérosexuels. Parmi ceux qui déviaient de l’orthodoxie socialiste, figuraient les homosexuels. 

    Pour Anton Arrufat, les problèmes débutent avec sa pièce Les sept contre Thèbes, une allégorie du Cuba politique des années 1960. L’œuvre reçoit en 1968 un Prix de l’Union des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC), mais est immédiatement censurée car considérée comme contre-révolutionnaire. 

    Anton Arrufat est alors interdit de publication et on l’envoie travailler comme manutentionnaire pendant «14 ans dans une bibliothèque» municipale d’une lointaine banlieue de la capitale. «Je me suis accroché, accroché comme un cheval», se souvient le dramaturge, un des rares artistes à avoir décidé de rester à Cuba malgré la stigmatisation.

    «Je ne pense pas qu’il y ait eu quoi que ce soit d’érotique dans la persécution à notre égard», mais «certaines personnes m’ont dit que si, que c’était parce que nous étions tous homosexuels», confie l’écrivain né en 1935 à Santiago de Cuba (est). 

    Ceux qui divergeaient de la ligne officielle pour leurs idées politiques, religieuses ou leurs préférences sexuelles étaient assignés à des tâches subalternes ou envoyés dans des Unités militaires d’aide à la production (UMAP), des camps de travaux agricoles créés pour ceux qui accomplissaient leur service militaire.

    «Plus les mêmes»
    D’autres écrivains de premier plan, José Lezama Lima (1910-1976) et Virgilio Piñera (1912-1979), amis d’Arrufat, furent également interdits de publication et marginalisés pour leurs écrits et leur orientation sexuelle. 

    Mais «nous n’avons jamais cessé d’aller au théâtre, au cinéma (…) Nous étions des provocateurs, non pas pour faire du mal, mais parce que nous souhaitions pouvoir rester dans le pays où nous étions nés», dit-il. 

    «J’ai traversé vents et marées, mais je suis resté. Cela a été difficile, mais en même temps enchanteur car j’aime beaucoup les choses difficiles dans la vie culturelle d’un pays», lance-t-il bravache. 

    L’écrivain est peu à peu réhabilité. Dans les années 1990, il participe à l’aventure du film à succès Fraise et chocolat de Tomas Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabio, qui met en scène pour la première fois dans un film cubain un personnage homosexuel. 

    «J’ai un peu travaillé sur ce film», raconte Anton Arrufat, dont le nom est cité dans les remerciements du générique. Selon lui, le film, nominé aux Oscars, «a contribué à (changer) quelque chose dans ce pays». «Après ce film, nous n’étions plus les mêmes», constate-t-il. 

    En 2000, Anton Arrufat reçoit le Prix national de littérature. En 2007, sa pièce Les sept contre Thèbes est jouée pour la première fois à Cuba, quarante ans après son interdiction. 

    Désormais les Cubains vont se prononcer sur un nouveau Code de la Famille qui, entre autres mesures, autorise le mariage homosexuel et l’adoption d’enfants par les couples de même sexe.

    Anton Arrufat estime qu’il s’agit d’«une avancée positive» pour Cuba. Au départ, les gens «s’imaginaient des horreurs sur ce (nouveau) Code et n’en voulaient absolument pas, mais ensuite progressivement ils l’ont accepté». «Cela va amener un grand changement», estime-t-il.

    Rédaction avec des infos de L’AFP.

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