Dimanche, 14 juillet 2024
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    La jeunesse autochtone queer dans l’œil de Moira-Uashteskun Bacon

    Dans une ville où les Innus sont rares, Mikun se sent différente, inadéquate, inintéressante. Encore plus quand elle apprend que ses amies blanches ont perdu leur virginité durant l’été, à l’aube de la 4e secondaire. Soudainement convaincue qu’elle doit trouver un gars avec qui coucher pour leur ressembler, elle se lance dans une suite d’expériences qui lui révéleront que les réponses se trouvent ailleurs, soit dans une forme de queerness et dans un processus de réconciliation avec ses racines. Envole-toi, Mikun est le premier roman de Moira-Uashteskun Bacon.

    Peux-tu me présenter ton parcours ?
    Moira-Uashteskun Bacon : J’ai 24 ans. Je fais partie de Pekuakamiulnuatsh, la nation des Innus de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean. J’ai grandi là-bas jusqu’à 12 ans, avant de
    déménager au Saguenay, où j’ai fréquenté l’école secondaire et le cégep. Je réside à Montréal depuis cinq ans. En plus d’écrire, je donne des ateliers d’écriture dans un organisme à but non lucratif, Ruelle de l’avenir, aux jeunes de 5e et 6e année.

    Pourquoi as-tu choisi d’offrir cette histoire en premier ?
    Moira-Uashteskun Bacon : Après mes études en droit, qui prenaient le plus clair de mon temps, j’ai pu explorer la littérature autochtone. Ce qui me passionne depuis toujours, c’est la littérature jeunesse et les romans young adult, mais quand je lisais de la littérature autochtone dans ce créneau-là, je voyais surtout des personnages fiers de leur culture. Je trouvais ça beau à lire, mais je ne me reconnaissais pas. Plus jeune, j’essayais de me détacher de mon bagage culturel, parce que ça me distinguait des autres. J’ai donc voulu écrire cette histoire pour présenter cette réalité.

    Que voulais-tu illustrer à travers le sentiment de Mikun en posture de minorité ?
    Moira-Uashteskun Bacon : La région n’est pas nommée, mais on peut imaginer que c’est une région québécoise majoritairement allochtone et blanche. Et, contrairement à une personne autochtone qui a toujours vécu en milieu urbain, Mikun a connu la vie en communauté, un univers où elle était semblable aux autres. Donc, quand elle est en ville, elle se sent comme une intruse dans la normalité.

    Elle dit préférer le français à la langue innue. Elle a adopté le surnom de Mika, car il est passe-partout. Elle croit que « tout le monde se fout de l’Innue qui n’a pas grand-chose à dire ». Elle est certaine que ses amies font une bonne action en l’accueillant, tels des white saviors, mais sans réel intérêt envers elle. Est-ce que sa perception est teintée de ses expériences face aux allochtones et d’un désamour d’elle-même ?
    Moira-Uashteskun Bacon : Absolument. Le livre est écrit du point de vue de Mikun. Est-ce que les gens la trouvent non intéressante ? On ne peut pas le savoir, car c’est elle qui raconte l’histoire. Son manque d’estime vient à la fois d’éléments extérieurs qui ont fait en sorte qu’elle a développé un désamour d’elle-même. Au début, elle parle d’Océane, une autre fille arrivée à l’école en même temps qu’elle. Océane s’est fait des amis tout de suite, contrairement à elle, car Océane ressemblait plus à la majorité. Ça peut impacter beaucoup l’estime d’une jeune fille.

    Est-ce qu’elle exprime une forme de mépris envers son peuple ?
    Moira-Uashteskun Bacon : Clairement. Dans un passage où elle se déteste, elle dit se sentir « coincée avec la peau d’un peuple qui a été assez con pour se laisser berner par les colons ». C’est une grosse manifestation de haine envers son peuple. Quand je l’ai écrit, j’avais le goût de pleurer tant c’est horrible. Tout de suite après, elle est envahie par la culpabilité, parce que ça fait partie d’elle, de son bagage et de sa famille.

    La vie fait comprendre à Mikun que le spectre des orientations sexuelles et des identités est plus large qu’elle le croyait. Une personne de sa famille s’identifie two-spirit, un concept qu’elle ne connaissait pas du tout. Pourquoi ?
    Moira-Uashteskun Bacon : Avant la colonisation, les personnes two-spirits étaient les gardiens spirituels, mais à partir du moment où les missionnaires ont imposé la binarité des genres, les Autochtones ont de moins en moins parlé des two-spirits par crainte d’exclusion ou de persécution. C’est un concept qui a fini par refaire surface de façon plus affirmée au cours des 30 dernières années. Durant ma jeunesse, je ne savais pas ce que c’était. Il faut préciser que les two-spirits appartenaient plus à certaines nations, comme aux Anishnabés. C’était moins présent chez les Innus. Ça dépend des cultures propres à chaque nation et des légendes qui les ont façonnées.

    En montrant l’influence réconfortante d’un retour dans sa communauté, que voulais-tu exprimer ?
    Moira-Uashteskun Bacon : Le retour à la réz lui fait du bien, sans régler tous les problèmes rencontrés en milieu urbain. Ça lui permet de voir que plusieurs personnes lui ressemblent et qu’elles sont bien comme elles sont, même si elles sont différentes de la majorité
    en ville. 

    INFOS | Envole-toi, Mikun, de Moira-Uashteskun Bacon, HANNENORAK, 2023.

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